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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2310061

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2310061

mercredi 24 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2310061
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantALPHA AVOCATS - BONNET & BAUDUIN ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 novembre 2023, M. B A, représenté par Me Bauduin, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 16 novembre 2023 par lesquelles le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le Maroc comme pays de destination de la mesure d'éloignement et a interdit son retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer, dans un délai de 15 jours à compter de la notification du présent jugement et sous astreinte de 150 euros par jour de retard, une autorisation provisoire de séjour ou, à défaut, de procéder à un nouvel examen de sa situation, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

xxx

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle a été édictée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle souffre d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle contrevient aux dispositions du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- et elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision de refus d'un délai de départ volontaire :

- elle est fondée sur une obligation de quitter le territoire français qui est elle-même irrégulière.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est fondée sur une obligation de quitter le territoire français qui est elle-même irrégulière.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est fondée sur une obligation de quitter le territoire français qui est elle-même irrégulière.

La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales amendée, signée à Rome le 4 novembre 1950 ;

- la convention internationale des droits de l'enfant, signée à New-York le 20 novembre 1989 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret 2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Larue en application de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

M. A n'était ni présent, ni représenté.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Larue, magistrat désigné

- et les observations de Me Khan, représentant le préfet du Nord, qui a conclu au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant marocain né le 25 septembre 1998, déclare être entré irrégulièrement en France en 2018, plus précisément au vu de son dossier informatisé étranger, le 1er décembre 2018. Il a obtenu un titre de séjour valable du 18 janvier 2022 au 17 janvier 2023. Il a été interpellé, le 15 novembre 2023, à l'occasion d'un contrôle d'identité opéré gare Lille Flandres à Lille à 14h20. N'étant pas à même de justifier de son droit à circuler ou séjourner en France, M. A a fait l'objet d'une mesure de retenue administrative aux fins de vérification de ce droit. Après qu'il est apparu qu'il s'était maintenu sur le territoire français sans avoir sollicité le renouvellement de son titre de séjour, M. A s'est vu notifier, le lendemain de son interpellation, une obligation de quitter, sans délai, le territoire français à destination du Maroc, assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par la présente requête, M. A sollicite l'annulation de l'ensemble de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, par un arrêté du 20 septembre 2023, publié le même jour au recueil n° 253 des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Nord a donné délégation à Mme C, attachée d'administration de l'Etat, cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, signataire de l'arrêté en litige, à effet de signer notamment la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée manque en fait et doit donc être écarté.

3. En deuxième lieu, le préfet du Nord énonce avec suffisamment de précisions les considérations de fait et de droit sur lesquelles il fonde sa décision. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision attaquée ne peut être accueilli.

4. En troisième lieu, si M. A soutient que la décision attaquée souffrirait d'un défaut d'examen sérieux de sa situation, il ne se prévaut à l'audience, à laquelle il était absent, ou dans son recours, d'aucun élément qu'il n'a pas été en mesure de faire valoir au cours de son audition par les services de police et qui aurait été de nature à modifier le sens de la décision attaquée. Ce moyen doit donc être écarté.

5. En quatrième lieu, l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () / 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans ; / () ".

6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. A est père d'un enfant français né le 21 janvier 2022. Toutefois, alors que la contribution due par les parents pour l'entretien et l'éducation de leur enfant est proportionnelle aux ressources de chacun d'eux et aux besoins de l'enfant, il n'établit pas par les pièces produites, aucune des factures relatives aux frais qu'il aurait engagé pour l'entretien de son enfant n'étant postérieure au mois d'avril 2022, qu'au jour de la décision attaquée il contribuait effectivement à l'entretien de son fils. En outre, il n'établit pas plus, par les quelques SMS produits, contribué à l'éducation de son enfant. A cet égard, M. A n'établit ni, par la seule production d'un SMS de son ex-femme, que cette dernière refuserait de lui laisser voir son fils, dont elle a la garde, ni, par la seule production d'une demande d'aide juridictionnelle devant le tribunal judiciaire et le tribunal de commerce, au surplus frappée de caducité si l'intéressé n'adresse pas les documents exigés avant le 26 juillet 2022, qu'il aurait, comme il l'affirme, engager des procédures judiciaires en vue de pouvoir rencontrer son enfant. Il suit de là que M. A, qui n'établit pas contribuer à l'éducation ou à l'entretien, à proportion de ses moyens, de son fils, n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaît les dispositions précitées du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En dernier lieu, l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

8. En l'espèce, M. A déclare être entré irrégulièrement en France le 1er décembre 2018, à l'âge de 20 ans. Il y résidait donc, majoritairement de façon irrégulière, depuis un peu moins de 5 ans à la date d'adoption de la décision attaquée. Toutefois, nonobstant cette durée très significative de séjour, compte tenu de son jeune âge, M. A est célibataire et, ainsi qu'il a été dit au point 6 du présent jugement et qu'il l'a lui-même spontanément mentionné lors de son audition par les services de police, il n'a pas d'enfant à charge. En outre, il n'établit pas ne plus avoir d'attaches familiales au Maroc. Enfin, nonobstant sa durée de séjour, M. A, qui ne travaille plus depuis la fin de l'année 2022 en France, ne se prévaut d'aucun élément de nature à établir qu'il disposerait en France du centre de ses intérêts privés. Il n'est donc fondé à soutenir qu'en l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet du Nord aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. A, à fin d'annulation de l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre ne peuvent qu'être rejetées.

En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :

10. Compte tenu de ce qui a été dit au point précédent, le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision obligeant M. A à quitter le territoire français, doit être écarté.

11. Il suit de là que les conclusions de M. A, à fin d'annulation de la décision, par laquelle le préfet du Nord a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire, ne peuvent être accueillies.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

12. Compte tenu de ce qui a été dit au point 9 du présent jugement, le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision obligeant M. A à quitter le territoire français, doit être écarté.

13. Il suit de là que M. A n'est pas fondé à solliciter l'annulation de la décision par laquelle le préfet du Nord a fixé le Maroc comme pays de destination.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre l'interdiction de retour sur le territoire français :

14. Compte tenu de ce qui a été dit au point 9 du présent jugement, le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision obligeant M. A à quitter le territoire français, doit être écarté.

15. Il suit de là que les conclusions de M. A, à fin d'annulation de la décision, par laquelle le préfet du Nord a interdit son retour sur le territoire français pour une durée d'un an, ne peuvent être accueillies.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

16. Le présent jugement n'impliquant aucune mesure d'exécution, les conclusions à fin d'injonction de M. A ne peuvent être accueillies.

Sur les conclusions au titre des frais exposés et non compris dans les dépens :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Bauduin et au préfet du Nord.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 janvier 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

X. LARUE

La greffière,

Signé

L. CAMAU

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2310061

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