mercredi 24 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2310423 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | PERINAUD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 28 novembre 2023 et le 12 avril 2024, M. B E, représenté par Me Perinaud, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 28 juillet 2023 par lequel le préfet du Nord a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;
2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer le titre de séjour qu'il sollicite ou, à défaut, de procéder à un nouvel examen de sa demande, en toute hypothèse, sous astreinte de 155 euros par jour de retard et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Perinaud, avocat de M. E, de la somme de 1 500 euros, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
- il n'est pas établi que cette décision ait été signée par une autorité habilitée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation et d'une erreur de fait, dès lors qu'il était en situation régulière au moment de son entrée en France ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en l'absence de menace suffisamment grave et immédiate pour l'ordre public ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, l'article L. 424-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne prévoyant pas d'exception à l'octroi d'un titre de séjour de plein droit aux parents d'un enfant bénéficiait de la protection subsidiaire ;
- elle est entachée d'une " erreur manifeste d'appréciation " de sa situation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- il n'est pas établi que cette décision aurait été signée par une autorité habilitée ;
- elle méconnaît l'autorité absolue de la chose jugée ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, le 4° de l'article L. 424-11 prévoyant la délivrance de plein droit d'un titre de séjour, de sorte qu'aucune obligation de quitter le territoire français ne pouvait être prononcée ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours :
- il n'est pas établi que cette décision aurait été signée par une autorité habilitée ;
- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- il n'est pas établi que cette décision aurait été signée par une autorité habilitée ;
- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 février 2024, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.
M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 octobre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Fougères,
- et les observations de Me Verhaegen, substituant Me Perinaud, représentant M. E.
Considérant ce qui suit :
1. M. E, ressortissant russe d'origine géorgienne né le 20 novembre 1984 à Tbilissi (ex-Union des républiques socialistes soviétiques) et déclarant être entré sur le territoire français le 28 février 2020, a sollicité le 26 mai 2020 l'asile, demande rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 30 septembre 2021, puis par la Cour nationale du droit d'asile aux termes d'une décision du 25 février 2022, laquelle a considéré que les conditions entourant son départ de Russie demeuraient incertaines et ne permettaient pas d'établir le caractère personnel et actuel des craintes que M. E énonçait en cas de retour dans son pays d'origine. Constatant ce rejet et relevant qu'en application des dispositions de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'intéressé ne bénéficiait plus du droit de se maintenir sur le territoire français en qualité de demandeur d'asile, le préfet du Nord a, par un arrêté du 28 mars 2022, refusé de lui délivrer une carte de résident en qualité de réfugié et de renouveler l'attestation de dépôt d'une demande d'asile qui lui avait été remise, lui a fait obligation de quitter le territoire français sur le fondement des dispositions du 4° de l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a désigné, notamment, le pays dont il a la nationalité comme pays de renvoi. Par un arrêt du 5 janvier 2023, la cour administrative d'appel de Douai a rejeté la requête formée par M. E contre cet arrêté. Celui-ci a présenté le 15 février 2023 une demande tendant à la délivrance d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " membre de la famille d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire ". Par un arrêté du 28 juillet 2023, le préfet du Nord a rejeté sa demande, a abrogé l'autorisation provisoire de séjour précédemment accordé, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. Par la présente requête, M. E demande au tribunal d'annuler ces décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
3. Il ressort tout d'abord des pièces du dossier que M. E est arrivé en France le 28 février 2020, alors âgé de 35 ans, sous couvert d'un visa valable sur l'ensemble du territoire Schengen en cours de validité délivré par les autorités italiennes. Il rejoignait alors ses parents, qui se sont vus reconnaître la qualité de réfugiés aux termes de décisions de la Cour nationale du droit d'asile rendues le 31 janvier 2011 et qui ont obtenus depuis la nationalité française, ainsi que sa sœur, Mme F E épouse D, qui bénéficie d'une carte de résidente en cours de validité. Il ressort des pièces du dossier que son épouse, Mme A C, née le 23 février 1990, a déclaré avoir quitté la Russie le 27 février 2020, accompagnée de leurs deux enfants, B, né le 13 février 2008 à Moscou, et Timur, né le 25 juillet 2010 à Moscou, pour arriver en France le 31 août 2020. Séparé de son épouse depuis juillet 2021, en raison d'un contexte de violences conjugales, faits pour lesquels il a été condamné, il a obtenu par jugement du juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire de Valenciennes du 20 septembre 2022 un droit de visite et d'hébergement, s'exerçant selon des modalités classiques, à l'égard de ses enfants, vis-à-vis desquels il exerce conjointement l'autorité parentale, le juge aux affaires familiales ayant notamment relevé que Mme C avait déclaré dans son dépôt de plainte qu'aucune violence physique n'avait jamais été commise devant les enfants. Il a par ailleurs été dispensé du versement d'une pension alimentaire. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des attestations et photographies produites, que M. E contribue à l'éducation de ses enfants. Mme C et les enfants du requérant ont été admis au bénéfice de la protection subsidiaire par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 21 septembre 2021. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant, qui n'a pas d'autre enfant, ni d'autre frère ou sœur, aurait conservé des liens d'une particulière intensité en Russie ou ailleurs qu'en France. Il s'ensuit que les attaches familiales du requérant se situent désormais en France, où elles ont vocation à demeurer de façon durable.
4. Il ressort ensuite des pièces du dossier que M. E suit des cours de français écrit et parlé tant auprès de l'association Lire Ecrire Comprendre située à Roubaix qu'auprès de la Croix-Rouge française. Le requérant est par ailleurs investi dans le secteur associatif, étant animateur bénévole auprès d'enfants depuis le 1er septembre 2022 pour l'association de la Diaspora Yézidis des Hauts-de-France, et s'implique, d'après les attestations versées aux débats, à raison de deux jours par semaine au sein de la Croix-Rouge française pour assurer la distribution alimentaire et la gestion des stocks de l'association, du fait notamment de ses compétences en informatique. Enfin, il bénéficie d'une promesse d'embauche dans le cadre d'un contrat à durée déterminée à temps partiel (20h par semaine), pouvant donner lieu à un contrat à durée indéterminée ensuite, par la société d'exercice libéral unipersonnelle à responsabilité limitée RHINO, société d'avocats, afin de réaliser un travail d'archivage, de manutention et de prestations informatiques. Cette promesse d'embauche a été réitérée par une attestation de Me Gradel, versée aux débats, postérieure à la décision attaquée.
5. Enfin, il ressort des pièces du dossier que M. E a été condamné le 22 juillet 2021 par le tribunal correctionnel de Douai à une peine de cinq mois d'emprisonnement intégralement assortis du sursis et à une interdiction de contact pendant deux ans avec Mme C, la victime, pour des faits de violences conjugales sans incapacité commis le 29 avril 2021. L'interdiction d'entrer en contact, seule contestée en appel par M. E, a été confirmée par un arrêt du 25 avril 2022 de la cour d'appel de Douai. Il ne ressort cependant pas des pièces du dossier que M. E, qui s'implique dans des démarches d'insertion en France ainsi qu'il a été dit au point précédent, ait été mis en cause pour d'autres infractions depuis ces faits.
6. Dans ces circonstances, compte tenu des efforts d'insertion sociale dont fait preuve le requérant depuis la seule infraction pour laquelle il a été mis en cause, en refusant à M. E un titre de séjour, alors que tant ses deux parents que ses deux enfants ont vocation à demeurer durablement en France, le préfet du Nord a porté à son droit au respect de sa vie privée une atteinte disproportionnée aux buts d'intérêt public en vue desquels il a été pris et a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
7. Il résulte de ce qui précède que la décision refusant à M. E la délivrance d'un titre de séjour doit être annulée ainsi que, par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
8. En raison du motif qui la fonde, l'annulation de l'arrêté attaqué implique nécessairement, compte tenu de l'absence de changements de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, qu'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " soit délivré à M. E sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative. Il y a lieu d'enjoindre au préfet du Nord de délivrer à M. E cette carte dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
9. M. E a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. En conséquence, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Perinaud, conseil de M. E, d'une somme de 1 000 euros, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 28 juillet 2023 du préfet du Nord est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Nord de délivrer à M. E une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Perinaud, conseil de M. E, une somme de 1 000 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B E, à Me Claire Perinaud et au préfet du Nord.
Copie en sera adressée pour information au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 3 juillet 2024, à laquelle siégeaient :
M. Riou, président,
M. Fougères, premier conseiller,
Mme Lançon, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 juillet 2024.
Le rapporteur,
signé
V. Fougères
Le président,
signé
J.-M. RiouLa greffière,
signé
I. Baudry
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026