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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2310757

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2310757

jeudi 18 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2310757
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantDANSET-VERGOTEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 décembre 2023, Mme F A épouse D, représentée par Me Danset-Vergoten, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 mars 2023 par lequel le préfet du Nord lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa demande et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour le temps de ce réexamen ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1500 euros à verser à son conseil, sous réserve de sa renonciation au bénéfice de l'aide juridictionnelle, sur le fondement des dispositions des article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale en l'absence d'examen sérieux de sa situation par le préfet ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 6.5 de l'accord franco-algérien et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur de manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle et sur celle de ses enfants.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation du refus de titre de séjour ;

- elle est illégale en l'absence d'examen sérieux de sa situation par le préfet ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle et sur celle de ses enfants.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle devra être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance de titre de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 décembre 2023, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Féménia a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme F A épouse D, ressortissante algérienne née le 2 janvier 1988 à Skikda (Algérie), est entrée régulièrement sur le territoire français le 13 mai 2017 sous couvert d'un visa court séjour de type " C ", accompagnée de trois de ses enfants. Elle a été en possession d'une autorisation provisoire de séjour valable du 8 mars 2018 au 7 septembre 2018, renouvelée jusqu'au 2 mars 2019. Le 3 janvier 2019, elle a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence algérien mention " vie privée et familiale " en raison de l'état de santé de son fils C B, né le 2 décembre 2016 en Algérie. Par un arrêté du 13 mars 2020, le préfet du Nord a rejeté sa demande. Par un jugement n°2002963 du 14 novembre 2023, le tribunal a rejeté son recours dirigé contre cet arrêté. Le 2 mai 2022, elle a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " au titre de ses liens personnels et familiaux en France, sur le fondement de l'article 6.5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par un arrêté du 29 mars 2023 dont la requérante sollicite par la présente requête l'annulation, le préfet du Nord a refusé de lui délivrer le titre sollicité, l'a obligée à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire :

2. En premier lieu, l'arrêté litigieux mentionne, avec une précision suffisante, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement pour mettre utilement la requérante en mesure de discuter les motifs de cet arrêté et le juge d'exercer son contrôle en pleine connaissance de cause. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des décisions attaquées doit être écartée.

3. En second lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Nord n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation de Mme A avant de prendre l'arrêté contesté. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'examen sérieux de sa situation doit être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés à l'encontre de la décision portant refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () / 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; / () ". Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme A est en France depuis six ans à la date de la décision attaquée. Elle est entrée sur le territoire français en 2017, à l'âge de 29 ans, accompagnée de trois de ses enfants, le quatrième étant né à Lille, le 21 mai 2019. Il ressort également des pièces du dossier que son époux est présent sur le territoire français a tout le moins depuis 2022, sans apporter aucun élément quant à la régularité du séjour de ce dernier. Si la requérante se prévaut de la présence d'une cousine, ressortissante française, sur le territoire, qu'elle fait état de son engagement associatif et du suivi de cours de français, ces éléments ne suffisent pas à établir l'intensité de ses liens personnels et familiaux au sens des stipulations citées au point précédent. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme A serait dépourvue d'attaches en Algérie, où elle a vécu jusqu'à l'âge de vingt-neuf ans, ni qu'elle ne pourrait s'y réinsérer socialement et professionnellement. Dans ces conditions, le préfet du Nord n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris la décision attaquée et n'a, dès lors, pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation.

6. En second lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant " Dans toutes les décisions concernant les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

7. Il ressort des pièces du dossier que l'enfant de la requérante, C B, est atteint d'un myélo-méningocèle, qui correspond à une forme de malformation congénitale spina-bifida, conséquence d'une atteinte neurologique congénitale. Si par un avis du 14 juin 2019 le collège des médecins de l'OFII a considéré que l'état de santé de cet enfant nécessitait une prise en charge médicale et que le défaut d'une telle prise en charge pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, le collège des médecins a également estimé qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Dans ces conditions, la décision attaquée n'a pas pour effet d'empêcher la prise en charge médicale du fils de Mme A. De même, la décision contestée n'a ni pour objet ni pour effet de séparer la requérante de ses enfants, notamment de son fils C B. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que les enfants de la requérante ne pourraient pas poursuivre leur scolarité en Algérie. Par suite, le préfet du Nord n'ayant pas porté une atteinte disproportionnée à l'intérêt supérieur des enfants de la requérante, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations précitées de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ainsi que de l'existence d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de leur situation doivent être écartés.

8. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 29 mars 2023 par laquelle le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un certificat de résidence algérien mention " vie privée et familiale " au titre de ses liens privés et familiaux en France.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de laquelle la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise n'est pas, ainsi que cela a été exposé plus haut, entachée d'illégalité. Le moyen tiré, par la voie de l'exception, d'une telle illégalité ne peut, dès lors, qu'être écarté.

10. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés aux points 5 et 7 du présent jugement, les moyens tirés de ce que la décision attaquée méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, et de ce que la décision serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

11. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet du Nord lui a fait obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

12. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français sur le fondement de laquelle la décision fixant le pays de destination a été prise n'est pas, ainsi que cela a été exposé plus haut, entachée d'illégalité. Le moyen tiré, par la voie de l'exception, d'une telle illégalité ne peut, dès lors, qu'être écarté.

13. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés aux points 5 et 7 du présent jugement, les moyens tirés de ce que la décision attaquée méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, et de ce que la décision serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

14. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet du Nord lui a fixé le pays de destination.

15. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A épouse D n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 29 mars 2023. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter les conclusions présentées aux fins d'injonction et d'astreinte, de même que celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A épouse D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E épouse D, à Me Danset-Vergoten et au préfet du Nord.

Délibéré après l'audience du 27 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Féménia, présidente-rapporteure,

M. Bourgau, premier conseiller,

M. Horn, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2024.

La présidente-rapporteure,

Signé

J. FÉMÉNIA

Le magistrat le plus ancien dans l'ordre du tableau,

Signé

T. BOURGAU

La greffière,

Signé

S. DEREUMAUX

La République mande et ordonne au préfet du Nord, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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