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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2310832

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2310832

vendredi 15 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2310832
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantASSFAM – GROUPE SOS SOLIDARITÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 décembre 2023, M. C D demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 7 décembre 2023 par lequel le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de l'expiration du délai de quinze jours suivant la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 2 000 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles ont été prises par une autorité incompétente ;

- elles ne lui ont pas été notifiées dans une langue qu'il comprend ;

En ce qui concerne la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français :

- elle porte atteinte au respect de sa vie privée et familiale ;

En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

-elle est illégale en ce que son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public et qu'il ne présente pas de risque de fuite ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à sa durée.

La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas présenté de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Bonhomme en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bonhomme, magistrate désignée ;

- les observations de Me Djohor, avocate de M. D, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens qu'elle développe ; elle soulève en outre à l'encontre de l'ensemble des décisions attaquées les moyens tirés du défaut d'examen sérieux de la situation de M. D et de l'erreur manifeste d'appréciation ;

- les observations de Me El Haïk, représentant le préfet du Nord, qui conclut au rejet de la requête de M. D au motif que les moyens soulevés ne sont pas fondés ;

- et les observations de M. D, assisté de Mme A, interprète assermentée en langue arabe.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant algérien né le 9 septembre 1994, demande l'annulation de l'arrêté en date du 7 décembre 2023 par lequel le préfet du Nord lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

2. En premier lieu, par un arrêté en date du 27 novembre 2023, publié le même jour au recueil n° 2023-343 des actes de la préfecture, le préfet du Nord a donné délégation à Mme E B, adjointe à la cheffe du bureau de lutte contre l'immigration irrégulière, à l'effet de signer, notamment, les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige doit être écarté.

3. En deuxième lieu, les décisions attaquées comportent les considérations de droit et de fait sur lesquelles elles se fondent. Ces considérations sont suffisamment développées pour permettre à M. D de comprendre les motifs des décisions prises à son endroit et pour permettre au juge d'exercer son contrôle. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de ces décisions doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de l'arrêté attaqué que le préfet du Nord ne se serait pas livré à un examen sérieux de la situation de M. D. Par suite, ce moyen doit être écarté.

5. En dernier lieu, les conditions de notification d'une décision sont sans incidence sur la légalité de celle-ci. Au surplus, l'arrêté attaqué a été notifié à M. D par le truchement d'un interprète en langue arabe qu'il comprend. Par suite, le moyen tiré de ce que les décisions attaquées n'auraient pas été notifiées dans une langue comprise par le requérant doit être écarté.

Sur les autres moyens dirigés contre la décision faisant obligation de quitter le territoire français :

6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. D a été interpellé à Lille le 6 décembre 2023 à l'occasion d'un contrôle d'identité. Il a, lors de sa première audition par les services de police, donné une autre identité et indiqué être palestinien. A la suite de son passage à la borne visabio, il est apparu que le requérant était de nationalité algérienne, qu'il était nommé C D et qu'il avait formé une demande de visa qui avait été rejetée. Si le requérant soutient à l'audience avoir vécu quatre années en Espagne et souhaiter rejoindre l'Allemagne, il n'apporte aucun élément à l'appui de ses allégations. En tout état de cause, il ne se prévaut d'aucune attache particulière en France, où il indique n'avoir été que de passage. Enfin, s'il indique que ses parents sont décédés, qu'il n'a ni frère ni sœur, et qu'il a des amis en Allemagne et aux Pays-Bas, il n'en justifie pas et il ne démontre pas qu'il serait dans l'incapacité de se réinsérer dans son pays d'origine où il a vécu, ainsi qu'il l'indique, jusqu'à ses 25 ans. Dans ces conditions, le préfet du Nord n'a pas, en lui faisant obligation de quitter le territoire français, porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Il n'a pas davantage commis d'erreur manifeste d'appréciation. Par suite, ces moyens doivent être écartés.

Sur les autres moyens dirigés contre la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

8. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". L'article L. 612-3 du même code précise que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; /3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / 6° L'étranger, entré irrégulièrement sur le territoire de l'un des États avec lesquels s'applique l'acquis de Schengen, fait l'objet d'une décision d'éloignement exécutoire prise par l'un des États ou s'est maintenu sur le territoire d'un de ces États sans justifier d'un droit de séjour ; / 7° L'étranger a contrefait, falsifié ou établi sous un autre nom que le sien un titre de séjour ou un document d'identité ou de voyage ou a fait usage d'un tel titre ou document ; / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".

9. D'une part, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que le préfet du Nord ne s'est pas fondé, pour refuser d'accorder à M. D un délai de départ volontaire, sur la menace à l'ordre public que constituerait son comportement, mais sur le risque que l'intéressé se soustraie à la mesure d'éloignement. Dans ces conditions, le requérant ne peut utilement soutenir, pour demander l'annulation de la décision attaquée, que son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public. Par suite, ce moyen doit être écarté.

10. D'autre part, il ressort des pièces du dossier, et n'est au surplus pas contesté, que M. D, qui ne peut justifier être entré régulièrement en France, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour. En outre, il ne justifie pas d'une résidence effective en France et n'a pas été en mesure de présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité. Dans ces conditions, le préfet du Nord a pu légalement considérer que le requérant présentait un risque de soustraction à la mesure d'éloignement et refuser, sur ce fondement, de lui accorder un délai de départ volontaire.

11. En second lieu, compte tenu de la situation de M. D telle qu'énoncée au point 7, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

Sur les autres moyens dirigés contre la décision fixant le pays de destination :

12. En premier lieu, si M. D soutient que la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il n'assortit ce moyen d'aucune précision suffisante permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, ce moyen doit être écarté.

13. En second lieu, ainsi qu'il a été dit au point 7, M. D ne démontre ni qu'il serait isolé en cas de retour dans son pays d'origine ni qu'il serait dans l'incapacité de s'y réinsérer. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

Sur les autres moyens dirigés contre la décision faisant interdiction de retour sur le territoire français :

14. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". En outre, aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

15. Compte tenu de la courte durée de présence de M. D sur le territoire français, où il n'indique n'avoir été que de passage, de son absence d'attaches particulières en France, et eu égard au fait que sa présence ne constitue pas une menace pour l'ordre public et en l'absence de précédente mesure d'éloignement, le préfet du Nord n'a pas commis d'erreur d'appréciation en fixant à une année la durée de l'interdiction faite au requérant de retourner sur le territoire français. Par suite, ce moyen doit être écarté.

16. En second lieu, compte tenu de la situation de M. D telle qu'énoncée au point 7, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

17. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 7 décembre 2023 par lequel le préfet du Nord lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles relatives aux frais de l'instance.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et au préfet du Nord.

Lu en audience publique le 15 décembre 2023.

La magistrate désignée,

Signé,

F. BONHOMMELa greffière,

Signé,

F. JANET

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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