vendredi 15 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2310836 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | TRAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 8 décembre 2023 et 15 décembre 2023, M. A C, représenté par Me Cardon, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 21 août 2023 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un certificat de résident algérien sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de l'expiration du délai de quinze jours suivant la notification de la décision à intervenir, ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation, sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de l'expiration du délai de quinze jours suivant la notification de la décision à intervenir ;
3°) d'enjoindre au préfet du Nord de procéder à l'effacement de son signalement au fichier du système d'information Schengen (SIS) et au fichier des personnes recherchées (FPR) ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement entre ses mains de la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- Sa requête est recevable ;
En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :
- elles sont insuffisamment motivées ;
- elles ont été prises par une autorité incompétente ;
- elles ne lui ont pas été notifiées dans une langue qu'il comprend ;
- elles sont entachées d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- elles sont entachées d'un vice de procédure en l'absence de l'avis de la commission du titre du séjour, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elles ont été prises en méconnaissance de la procédure contradictoire telle qu'instituée par les principes généraux de l'Union européenne et garantie par les articles 41 et 51 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
En ce qui concerne la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour :
- elle est entachée d'une erreur de fait ;
- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 6, 5) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
En ce qui concerne la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale, par voie d'exception de l'illégalité de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;
- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision relative au délai de départ volontaire :
- elle est illégale, par voie d'exception de l'illégalité de la décision faisant obligation de quitter le territoire français ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale par voie d'exception de l'illégalité de la décision faisant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est illégale par voie d'exception de l'illégalité de la décision faisant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce que sa durée n'est pas justifiée au regard des liens dont il dispose en France.
La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas présenté de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Bonhomme en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bonhomme, magistrate désignée ;
- les observations de Me Cardon, avocat de M. C, qui conclut aux mêmes fins que la requête ; il soutient que la requête présentée par M. C est recevable et demande au tribunal d'écarter la fin de non-recevoir opposée en défense ; il maintient les moyens soulevés dans la requête qu'il développe ;
- les observations de Me El Haïk, représentant le préfet du Nord, qui conclut au rejet de la requête de M. C au motif que la requête, qui a été enregistrée après l'expiration du délai de recours contentieux, est tardive et par suite, irrecevable ; en tout état de cause, Me El Haïk soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés ;
- et les observations de M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant algérien né le 6 mai 1979, a sollicité le 26 mai 2023 son admission exceptionnelle au séjour ainsi que la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié ". Par un arrêté en date du 21 août 2023, le préfet du Nord a rejeté la demande de titre de séjour présentée par M. C, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Le 25 novembre 2023, M. C a été interpellé dans le cadre d'une procédure de violences aggravées. A la suite de son placement en garde à vue, il a fait l'objet d'un arrêté en date du 26 novembre 2023 du préfet du Nord le plaçant en rétention. M. C demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 21 août 2023 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. Aux termes de l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le tribunal administratif est saisi dans le délai de trente jours suivant la notification de la décision. / () ". Aux termes de l'article R. 421-5 du même code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".
3. Il incombe à l'administration, lorsqu'elle oppose une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté d'une action introduite devant une juridiction administrative, d'établir la date à laquelle la décision attaquée a été régulièrement notifiée à l'intéressé.
4. Le préfet du Nord soutient que l'arrêté litigieux a été notifié par lettre recommandée à M. C le 15 septembre 2023, ainsi qu'en atteste l'accusé de réception signé, de sorte que la requête enregistrée au greffe le 8 décembre 2023, soit après l'expiration du délai de recours de trente jours, est tardive. Toutefois, M. C soutient, d'une part, que la signature apposée sur l'accusé de réception ne correspond pas sa signature et d'autre part, que l'adresse située à Tourcoing à laquelle a été notifié l'arrêté attaqué correspond à une ancienne adresse et n'est pas celle qu'il avait indiquée aux services de la préfecture du Nord lorsqu'il a fait ses démarches tendant à la délivrance d'un titre de séjour. Le requérant produit à l'appui de ses dires une attestation de Mme D qui indique avoir accompagné le requérant dans la constitution de son dossier de régularisation et qui témoigne de ce que l'adresse indiquée par M. C se situait 79 rue de Malsence à Lille. Le préfet du Nord, invité lors de l'audience à produire le dossier de demande de titre de séjour déposé par l'intéressé afin de s'assurer de l'adresse indiquée par M. C, a indiqué ne pas être en mesure de présenter cette pièce. Dans ces conditions, le requérant doit être regardé comme apportant des éléments suffisants de nature à démontrer que l'adresse à laquelle a été notifiée l'arrêté en litige ne correspond pas à l'adresse qu'il avait indiquée à l'administration et que dans ces conditions, la présentation à cette adresse du pli recommandé n'a pas été de nature à faire courir à son encore le délai de recours contentieux. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense doit être écartée.
Sur l'étendue du litige :
5. Il appartient au magistrat désigné par le président du tribunal administratif, dans le cadre du présent litige, de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation des décisions faisant obligation de quitter le territoire français, accordant un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement et faisant interdiction de retour sur le territoire français, ainsi que sur les conclusions accessoires dont elles sont assorties. En revanche, il ne lui appartient pas de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation d'une décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour. Dès lors, il y a lieu de renvoyer les conclusions à fin d'annulation de la décision du 21 août 2023 par laquelle le préfet du Nord a refusé de délivrer à M. C un titre de séjour, ainsi que les conclusions à fin d'injonction qui en sont l'accessoire, à une formation collégiale du présent tribunal, seule compétente pour en connaître.
Sur le surplus des conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision faisant obligation de quitter le territoire français :
S'agissant du moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour :
6. En premier lieu, par un arrêté en date du 27 novembre 2023, publié le jour même au recueil n° 2023-343 des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Nord a donné délégation à M. B E, adjoint à la cheffe du bureau du contentieux et du droit des étrangers, à l'effet de signer, notamment, les décisions relatives au refus de délivrance des titres de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision refusant à M. C la délivrance d'un titre de séjour doit être écarté.
7. En deuxième lieu, le préfet du Nord, qui n'avait pas à faire reprendre, de façon exhaustive, l'ensemble des éléments de la situation de M. C, a mentionné, avec une précision suffisante, les considérations de droit et de fait sur lesquelles il s'est fondé pour refuser à l'intéressé de lui délivrer un titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de ce que cette décision serait insuffisamment motivée doit être écarté.
8. En troisième lieu, les conditions d'une décision sont sans incidence sur la légalité de celle-ci. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour à M. C n'aurait pas été notifiée dans une langue qu'il comprend doit être écarté.
9. En quatrième lieu, M. C a sollicité son admission au séjour en invoquant sa situation personnelle et notamment son statut de travailleur salarié. Il a donc été mis à même de faire valoir, avant l'intervention de la décision qui lui a refusé l'admission au séjour, tous les éléments d'information ou arguments de nature à influer sur le contenu de cette décision. Par suite, la garantie consistant dans le droit à être entendu préalablement à la mesure de refus de séjour, telle qu'elle est notamment protégée par le droit de l'Union, en particulier par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, n'a pas été méconnue.
10. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / () / ; 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1 ". Aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 435-1 de ce code : " Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 ".
11. Il ressort des pièces du dossier que M. C déclare être entré en France en décembre 2017, soit moins de dix ans avant que ne soit prononcée la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré du défaut de consultation de la commission du titre de séjour doit être écarté.
12. En sixième lieu, si M. C soutient que, contrairement à ce qu'a retenu le préfet du Nord, il justifie d'une présence continue en France depuis son arrivée en décembre 2017, les éléments qu'il produit aux débats, ne permettent pas d'établir qu'il aurait résidé en France de façon continue depuis cette date. En effet, il ne justifie, au titre de l'année 2018, que d'un bulletin de paie portant sur la période du mois d'aout 2018. S'agissant de l'année 2019, les bulletins de paie qu'il verse aux débats, seules pièces attestant de sa présence en France, concernent les seuls mois de juillet à octobre. De la même manière, il n'établit pas, en communiquant ses bulletins de paie pour les mois d'août à décembre 2020, d'une présence en France au début de l'année 2020. S'il expose à l'audience ne pas avoir travaillé au début de l'année 2020 en raison de la crise sanitaire et du confinement, il ne produit aucun autre élément de nature à démontrer qu'il résidait au cours de cette période sur le territoire français. En outre, si M. C soutient que le préfet du Nord ne pouvait lui opposer le caractère intérimaire de son emploi, il est cependant établi et non contesté que les bulletins de paie transmis par le requérant au soutien de sa demande de titre de séjour concernent toutes des missions effectuées en intérim, de sorte que le préfet du Nord n'a commis aucune erreur de fait sur ce point. Par suite, ce moyen doit être écarté.
13. En septième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ".
14. Il ressort des pièces du dossier que M. C indique être entré en France en décembre 2017. S'il se prévaut de la durée de sa présence sur le territoire français, les éléments qu'il produit ne permettent toutefois pas de démontrer, ainsi qu'il a été dit au point 9, qu'il résiderait de manière continue en France depuis cette date. En tout état de cause, cette durée de présence est limitée et découle, en partie, du non-respect par l'intéressé d'une précédente mesure d'éloignement dont il a fait l'objet le 22 juin 2020, de sorte que la durée de présence de M. C sur le territoire français ne peut constituer, en elle-même, un motif exceptionnel. De la même manière, si M. C justifie avoir travaillé dans le cadre de missions intérimaires en tant que manœuvre dans le bâtiment en août 2018, pendant trois mois en 2019 (du mois de juillet au mois d'octobre), pendant cinq mois en 2020 (du mois d'août au mois de décembre), pendant toute l'année 2021, au cours des mois de mars, mai, juin, juillet, septembre, octobre, novembre et décembre de l'année 2022, sur des périodes allant d'un à plusieurs jours par mois selon les mois, ainsi que pendant deux jours au mois de janvier 2023, ces éléments, s'ils attestent des efforts déployés par l'intéressé et sans que ne puisse lui être reprocher la nature intérimaire de ses missions, ne sauraient constituer des motifs exceptionnels. Enfin, si M. C indique avoir quitté son pays d'origine en 2011, il dispose encore de liens familiaux étroits en Algérie où résident ses parents, ses frères et sœurs, et l'intéressé ne démontre pas qu'il aurait noué, sur le territoire français, où il est célibataire et sans enfant, des liens privés et familiaux intenses. A cet égard, il ne justifie ni qu'il aurait des oncles et tantes en France ni qu'il entretiendrait avec ces derniers des liens particulièrement étroits. Dans ces conditions, le préfet du Nord n'a pas, en refusant d'admettre M. C exceptionnellement au séjour, entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 doit être écarté.
15. En huitième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
16. Compte tenu de la situation de M. C telle qu'énoncée au point 14, le préfet du Nord n'a pas, en refusant à M. C la délivrance d'un titre de séjour, porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, au regard des buts poursuivis pas cette mesure. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
17. En neuvième lieu, M. C, qui n'a pas sollicité son admission au séjour sur le fondement des stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Nord aurait, en refusant de délivrer à l'intéressé un titre de séjour, méconnu ces stipulations. En tout état de cause, compte tenu de la situation de M. C telle qu'énoncée au point 14, la décision par laquelle le préfet du Nord a refusé de délivrer au requérant un titre de séjour ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, ce moyen doit être écarté.
18. En dernier lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de la décision attaquée que le préfet du Nord n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation de M. C. Par suite, ce moyen doit être écarté.
19. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision du 21 août 2023 par laquelle le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour.
S'agissant des autres moyens dirigés contre la décision faisant obligation de quitter le territoire français :
20. En premier lieu, par un arrêté en date du 27 novembre 2023, publié le jour même au recueil n° 2023-343 des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Nord a donné délégation à M. B E, adjoint à la cheffe du bureau du contentieux et du droit des étrangers, à l'effet de signer, notamment, les décisions faisant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.
21. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. (.) ".
22. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que la décision par laquelle le préfet du Nord a fait obligation à M. C de quitter le territoire français fait suite au refus de titre de séjour qui lui a été opposé. Cette décision n'avait pas, conformément aux dispositions précitées, à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour, laquelle est, ainsi qu'il a été dit au point 7, suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision faisant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
23. En troisième lieu, les conditions d'une décision sont sans incidence sur la légalité de celle-ci. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision faisant obligation à M. C de quitter le territoire français n'aurait pas été notifiée dans une langue qu'il comprend doit être écarté.
24. En quatrième lieu, M. C ne peut utilement soutenir, à l'encontre de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français, que celle-ci serait entachée d'un vice de procédure en l'absence d'avis de la commission du titre de séjour, les dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoyant la saisine pour avis d'une telle commission ayant trait aux demandes de titre de séjour et ne régissant pas les mesures d'éloignement.
25. En cinquième lieu, M. C, qui a sollicité la délivrance d'un titre de séjour, ne pouvait, du fait même de l'accomplissement de cette démarche tendant à son maintien en France, ignorer qu'en cas de refus, il ne pourrait légalement se maintenir sur le territoire français et serait susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement. Il a été mis à même, ainsi qu'il a été dit au point 9, de présenter, pendant la procédure d'instruction de sa demande de titre de séjour, tous éléments d'information ou arguments de nature à influer sur le contenu des décisions administratives concernant non seulement son droit au séjour en France, mais aussi son possible éloignement du territoire français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe général du droit de l'Union européenne d'être entendu préalablement à l'édiction d'une décision défavorable doit être écarté.
26. En sixième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de la décision attaquée que le préfet du Nord ne se serait pas livré à un examen sérieux de la situation de M. C. Par suite, ce moyen doit être écarté.
27. En septième lieu, compte tenu de la situation de M. C telle qu'énoncée au point 14, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
28. En dernier lieu, si M. C soutient que la décision par laquelle le préfet du Nord lui a fait obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur d'appréciation, il n'assortit ce moyen d'aucune précision d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, ce moyen doit être écarté.
En ce qui concerne la décision relative au délai de départ volontaire et la décision fixant le pays de destination :
29. En premier lieu, par un arrêté en date du 27 novembre 2023, publié le jour même au recueil n° 2023-343 des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Nord a donné délégation à M. B E, adjoint à la cheffe du bureau du contentieux et du droit des étrangers, à l'effet de signer, notamment, les décisions relatives au délai de départ volontaire et fixant le pays de destination. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de ces décisions doit être écarté.
30. En deuxième lieu, les décisions attaquées mentionnent, avec une précision suffisante, les considérations de droit et de fait sur lesquelles elles se fondent. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de ces décisions doit être écarté.
31. En troisième lieu, les conditions d'une décision sont sans incidence sur la légalité de celle-ci. Par suite, le moyen tiré de ce que les décisions attaquées n'auraient pas été notifiées dans une langue qu'il comprend doit être écarté.
32. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux indiqués au point 25, le moyen tiré de la méconnaissance du principe général du droit de l'Union européenne d'être entendu doit être écarté.
33. En cinquième lieu, ainsi qu'il a été dit au point 24, M. C ne peut utilement se prévaloir à l'encontre des décisions fixant à trente jours le délai de départ volontaire et fixant le pays de destination, de ce que ces décisions auraient été prises en méconnaissance des dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui concernent la procédure relative aux décisions distinctes tendant à la délivrance de titre de séjour. Par suite, ce moyen doit être écarté.
34. En sixième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes des décisions attaquées que le préfet du Nord, lorsqu'il a accordé à M. C un délai de départ volontaire de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement, ne se serait pas livré à un examen sérieux de la situation de l'intéressé. Par suite, ce moyen doit être écarté.
35. En septième lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux points 6 à 28, le moyen tiré de l'illégalité de la décision faisant obligation à M. C de quitter le territoire français doit être écarté.
36. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
37. M. C soutient qu'il craint pour sa vie en cas de retour dans son pays d'origine, qu'il a quitté en 2011, en raison de son ancienne carrière de militaire dans l'armée de ce pays. Toutefois, en se bornant à se prévaloir des demandes d'asile qu'il a présentées en Allemagne et en France, où il est établi que l'Office français des réfugiés et des apatrides ainsi que la Cour nationale du droit d'asile ont rejeté sa demande, M. C ne produit aucun élément de nature à démontrer qu'il serait exposé, en cas de retour en Algérie, à un risque personnel et actuel de subir des traitements inhumains ou dégradants. Par suite, ce moyen doit être écarté.
En ce qui concerne la décision faisant interdiction de retour sur le territoire français sur le territoire français :
38. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. /Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".
39. Il ressort des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit au point 12, que M. C déclare être arrivé en France en 2017. S'il n'établit pas avoir résidé de manière continue depuis cette date en France, il justifie néanmoins de sa présence en France au cours de plusieurs mois en 2019 et il démontre résider de manière continue sur le territoire national depuis le mois d'août 2020. En outre, si le requérant, célibataire sans enfant, ne justifie pas entretenir des liens familiaux ou amicaux intenses sur le territoire français, il travaille régulièrement et de façon déclarée dans le domaine du bâtiment. Enfin, s'il est établi que M. C a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 22 juin 2020 à la suite d'un précédent refus de délivrance d'un titre de séjour, et que le recours qu'il a formé contre ces décisions a été rejeté par une décision du 14 septembre 2020 de ce tribunal, la présence de l'intéressé ne constitue pas une menace à l'ordre public. Dans ces conditions, en prononçant à l'encontre de M. C une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, soit pendant la durée maximale prévue par les dispositions précitées de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet du Nord a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation. Dès lors que le principe d'une interdiction de retour sur le territoire français n'est pas divisible de sa durée, l'erreur d'appréciation ainsi commise par le préfet du Nord entache la décision attaquée d'une illégalité totale et doit entraîner son annulation.
40. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens dirigés contre cette décision, que M. C est fondé à demander l'annulation de la décision du 21 août 2023 par laquelle le préfet du Nord lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.
41. Il résulte de tout ce qui précède que M. C est uniquement fondé à demander l'annulation de la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
42. D'une part, l'annulation de la décision faisant interdiction à M. C de retour sur le territoire français implique uniquement que l'intéressé ne fasse plus l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système Schengen. Il y a dès lors lieu d'enjoindre le préfet du Nord de faire procéder à l'effacement de son signalement.
43. D'autre part, il ne ressort ni de l'arrêté attaqué ni des pièces du dossier que M. C ait fait l'objet, dès l'adoption de cet arrêté, d'une inscription sur le fichier des personnes recherchées. Ainsi, les conclusions à fin d'injonction du requérant tendant au retrait de son signalement sur ce fichier ne peuvent, en tout état de cause, qu'être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
44. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante pour l'essentiel dans la présente instance, le versement de la somme que M. C demande au titre des frais qu'il a exposés.
DÉCIDE :
Article 1er : Les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision du 21 août 2023 par laquelle le préfet du Nord a refusé à M. C la délivrance d'un titre de séjour ainsi que les conclusions à fin d'injonction qui en sont l'accessoire sont renvoyées à une formation collégiale du présent tribunal.
Article 2 : La décision du 21 août 2023 par laquelle le préfet du Nord a fait interdiction à M. C de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au préfet du Nord de faire procéder à l'effacement du signalement de M. C aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Olivier Cardon et au préfet du Nord.
Lu en audience publique le 15 décembre 2023.
La magistrate désignée,
Signé,
F. BONHOMMELa greffière,
Signé,
F. JANET
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026