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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2311128

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2311128

mercredi 16 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2311128
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantSCHRYVE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 18 décembre 2023 et 4 avril 2024, M. C A, représenté par Me Schryve, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 26 septembre 2023 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un titre de séjour avec la mention " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement et sous astreinte de 150 euros par jour de retard, à défaut, dans le même délai et sous la même astreinte, de procéder à un nouvel examen de sa situation et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros qui sera versée à son conseil au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que le préfet ne produit pas l'avis du collège de médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration sur lequel il indique se fonder et qu'il n'établit pas que celui-ci a été réalisé en vertu d'une procédure régulière ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il ne pourra accéder effectivement au traitement que son état de santé requiert en cas de retour au Cameroun ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas établi qu'elle ait été signée par une autorité habilitée ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an :

- elle est insuffisamment motivée en droit ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 février 2024, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

L'Office français de l'immigration et de l'intégration a présenté des observations, enregistrées le 30 janvier 2024.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Goujon ;

- et les observations de Me Schryve, avocat de M. A

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant camerounais né le 21 juin 1996, est entré en France le 21 avril 2021. Il a effectué une demande d'asile qui a été rejetée le 21 octobre 2021 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), puis le 18 octobre 2022 par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Il a sollicité le 5 avril 2023 une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " pour raisons de santé. Par un arrêté du 26 septembre 2023, le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de revenir sur le territoire français d'une durée d'un an. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, il ressort des mentions de la décision attaquée que le préfet s'est prononcé au vu d'un avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 31 juillet 2023. Les pièces versées au dossier par le préfet permettent de vérifier son existence et sa régularité. L'avis est ainsi établi par les trois médecins instructeurs, au vu du rapport médical d'un autre médecin de l'établissement, et comporte les réponses à l'ensemble des questions prévues par l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 425-11, R . 425-12 et R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ".

4. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. Par ailleurs, il n'appartient pas au juge de s'assurer que les soins dans le pays d'origine seront équivalents à ceux offerts en France mais, de s'assurer, qu'eu égard à la pathologie de l'intéressé, il y existe un traitement approprié disponible dans le pays d'origine, dans des conditions permettant d'y avoir accès.

5. Pour refuser de délivrer à M. A le titre de séjour sollicité, le préfet du Nord s'est notamment fondé sur l'avis émis le 31 juillet 2023 par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui a estimé que son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'eu égard à l'offre de soin dans son pays d'origine, il peut y bénéficier d'un traitement approprié et que son état de santé lui permet de voyager sans risque vers son pays d'origine.

6. M. A souffre d'une hépatite virale B chronique avec réplication virale soignée en France par un médicament dénommé Entecavir. Le requérant, qui ne conteste pas sérieusement que le traitement nécessaire est disponible au Cameroun, soutient en revanche qu'il ne pourra pas en bénéficier effectivement compte tenu du coût élevé de ce médicament, de son absence de ressources et de l'absence de couverture maladie pour la majorité de la population. Toutefois, il ressort des pièces du dossier et notamment des observations transmises par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qu'il existe un médicament dénommé Ténofovir utilisé au Cameroun pour le traitement de l'hépatite B, dont le coût mensuel est très inférieur à celui de l'Entecavir, avec une efficacité équivalente. En outre, M. A, qui a fait des études supérieures au Cameroun et en France où il a obtenu une licence " Systèmes d'information et aide à la décision ", ne démontre pas qu'il serait dans l'impossibilité de travailler et d'acquérir les ressources nécessaires pour bénéficier de son traitement. Les seuls éléments portant sur des considérations d'ordre général, tant sur le salaire moyen au Cameroun que sur l'état de financement des soins de santé ou la prise en charge des hépatites virales dans ce pays ne permettent pas d'établir qu'eu égard à sa situation personnelle, M. A ne pourrait pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier l'ancienneté, la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

8. Il ressort des pièces du dossier que, si M. A fait valoir être membre de l'association " J'en suis J'y reste " qui a pour objet d'animer un centre " Lesbien, Gai, Bi, Trans, Queer, Intersexe et Féministe " sur la commune de Lille, avoir obtenu un diplôme de licence universitaire en 2023 et s'être inscrit en master pour l'année scolaire 2023-2024, sa présence en France depuis le 21 avril 2021 se justifie principalement par sa demande d'asile, qui s'est terminée par une décision de rejet de la CNDA le 18 octobre 2022. Célibataire et sans enfant, il n'allègue pas disposer d'attaches familiales en France, alors que sa mère et au moins deux de ses sœurs résident au Cameroun où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-quatre ans. M. A fait aussi valoir que les symptômes anxiodépressifs dont il souffre font suite aux violences et persécutions qu'il aurait subies dans son pays d'origine en raison de son orientation sexuelle. Toutefois, comme il a d'ailleurs été relevé par la CNDA, M. A n'apporte aucun élément permettant d'établir la réalité de ces faits et leur lien avec son départ du Cameroun. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

9. En quatrième lieu, pour les motifs exposés aux points 6 et 8, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. B D, adjoint à la cheffe du bureau du contentieux et du droit des étrangers à la préfecture du Nord. Par un arrêté du 20 septembre 2023, publié le même jour au recueil n° 253 des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Nord a donné dans son article 12, délégation de signature à M. D en ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée n'aurait pas été signée par une autorité compétente doit être écarté.

11. En deuxième lieu, il résulte des points 2 à 9 que la décision portant refus de titre de titre de séjour n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, M. A n'est pas fondé à se prévaloir de cette illégalité à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

12. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable à la date de l'arrêté contesté: " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. "

13. En quatrième lieu, ainsi qu'il a été dit au point 6, M. A peut bénéficier d'un traitement approprié au Cameroun. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

14. En cinquième lieu, pour les motifs exposés au point 8, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

15. En sixième lieu, pour les motifs exposés aux points 6 et 8, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement :

16. En premier lieu, il résulte des points 10 à 15 que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, M. A n'est pas fondé à se prévaloir de cette illégalité à l'encontre de la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement.

17. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L.721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

18. En l'espèce, M. A soutient qu'il serait exposé en cas de retour au Cameroun à des traitements inhumains ou dégradants en raison de son orientation sexuelle. Toutefois, la circonstance que l'homosexualité constitue une infraction pénale dans ce pays et les déclarations d'ordre général sur le rejet que connaissent les personnes homosexuelles dans la société camerounaise ne sont pas à elles seules de nature à caractériser la réalité des risques personnels encourus, alors au demeurant qu'il ressort de la décision de la CNDA précitée, prise après audition de l'intéressé, que ses propos ont été regardés comme convenus et peu circonstanciés. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés et de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et de la demande d'asile doit être écarté.

Sur la légalité de la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an :

19. Aux termes de l'article de l'article L.612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. ". Aux termes de l'article L.612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

20. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les motifs qu'invoque l'autorité compétente sont de nature à justifier légalement dans son principe et sa durée la décision d'interdiction de retour et si la décision ne porte pas au droit de l'étranger au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. En revanche, lorsqu'il est saisi d'un moyen le conduisant à apprécier les conséquences de la mesure d'interdiction de retour sur la situation personnelle de l'étranger et que sont invoquées des circonstances étrangères aux quatre critères posés par les dispositions précitées de l'article L. 612-10, il incombe seulement au juge de l'excès de pouvoir de s'assurer que l'autorité compétente n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.

21. En premier lieu, si le préfet doit tenir compte, pour décider de prononcer à l'encontre d'un étranger soumis à une obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer sa durée, de chacun des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ces mêmes dispositions ne font pas obstacle à ce qu'une telle mesure soit décidée quand bien même une partie de ces critères, qui ne sont pas cumulatifs, ne serait pas remplie. En l'espèce, il ressort des termes mêmes de l'arrêté en litige que le préfet a motivé expressément sa décision au regard des quatre critères figurant à l'article L. 612-10 précité. Le moyen tiré du défaut de motivation sera donc écarté.

22. En deuxième lieu, il résulte des points 10 à 15 que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, M. A n'est pas fondé à se prévaloir de cette illégalité à l'encontre de la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

23. En troisième lieu, la décision d'interdiction de retour pendant une durée d'un an a été prise en raison de l'entrée récente de M. A sur le territoire français et de son absence d'attache privée ou familiale. M. A soutient que sa situation médicale ainsi que les risques de persécution au Cameroun du fait de son orientation sexuelle, peuvent le contraindre à revenir en France et font ainsi obstacle à une interdiction de retour. Il ressort toutefois des pièces du dossier et compte tenu de ce qui a été dit aux points 6 et 8, que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle.

24. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 26 septembre 2023 émis à son encontre. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles relatives aux frais liés au litige.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Schryve et au préfet du Nord

Copie pour information sera adressée à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 25 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Cotte, président,

M. Fougères, premier conseiller,

M. Goujon, conseiller

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2024.

Le rapporteur,

signé

J.-R. Goujon

Le président,

signé

O. CotteLa greffière,

signé

J. Vandewyngaerde

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière, .

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