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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2311153

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2311153

mercredi 27 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2311153
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCUILLIEZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 18 et 27 décembre 2023, M. A C demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 décembre 2023 par lequel le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français avant l'expiration d'un délai de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de procéder sans délai à un nouvel examen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et ce, sous astreinte de 152,45 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreurs de faits relatives à l'année et au lieu de naissance du requérant, à l'existence d'une précédente mesure d'éloignement et d'une interdiction de l'espace Schengen, sur son identité lors de son interpellation et sur ses déclarations quant à son droit d'entrée sur le territoire de l'union européenne ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle.

La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Lançon en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lançon, magistrate désignée ;

- les observations de Me Cuilliez, avocate de M. C, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens, à l'exception des moyens présentés dans la requête introductive d'instance qu'elle abandonne expressément ;

- les observations de M. C, assisté de M. B, interprète assermenté en langue albanaise, répondant aux questions du tribunal ;

- et les observations de Me Hacker, représentant le préfet du Nord.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant albanais se déclarant né le 29 novembre 1986 à Viore, demande l'annulation de l'arrêté du 16 décembre 2023 par lequel le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français avant l'expiration d'un délai de deux ans.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / () ".

3. En premier lieu, il ressort des termes de l'arrêté en litige que la mesure d'éloignement a été prononcée à l'encontre de M. A C, né le 29 novembre 2003 à Vlore. Il ressort des pièces du dossier que les services de police ont interpellé et auditionné, le 16 décembre 2023, M. A C, né le 29 novembre 1986, né à Vlore. A l'audience, le requérant, déclarant être né le 29 novembre 1986 à Viore, confirme être la personne dont l'audition a été relevée par le procès-verbal joint au dossier et avoir été interpellé sur un bateau, avec d'autres ressortissants étrangers, alors qu'il essayait de rejoindre la Grande-Bretagne. Ainsi, les mentions de l'année 2003 et de la ville de Vlore, constituent des erreurs matérielles sans incidence sur la légalité de la décision en litige dès lors que celle-ci est fondée sur le motif, non contesté, de l'entrée irrégulière du requérant sur le territoire français sans avoir demandé de titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté en litige mentionne que M. C a fait l'objet d'une interdiction d'entrer dans l'espace Schengen, valable du 11 mai 2021 au 1er mai 2024, ainsi que d'une obligation de quitter le territoire, décisions prises par les autorités grecques, tel que cela ressort de la fiche n°GR9900000N258869000001. Si le préfet du Nord ne produit pas ces décisions, il produit l'extrait de la consultation du fichier des personnes recherchées, dont il ressort que le requérant est connu sous le n° Schengen GR9900000N258869000001, recherché pour " non admission ou éloignement ", selon une décision datant du 30 avril 2021 et que les conduites à tenir et mesures à prendre sont de lui " refuser l'entrée/ séjour ou interpeller pour éloignement ". Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

5. En troisième lieu, M. C conteste s'être présenté, lors de son interpellation par les services de police, comme un ressortissant kurde irakien, et avoir déclaré " savoir qu'il n'avait pas le droit [de] paraître [en Europe] ", mentions figurant dans l'arrêté en litige. Toutefois, il ressort du procès-verbal de son audition par les services de police du 16 décembre 2023, que M. C a déclaré être entré irrégulièrement dans l'espace Schengen. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'il se serait présenté comme un ressortissant kurde irakien. Cependant, ces mentions de l'arrêté en litige sont sans incidence sur la légalité de la décision en litige, laquelle a été prise sur le fondement du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi qu'il a été dit au point 3. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

6. En quatrième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 3, 4 et 5, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et du défaut d'examen particulier de la situation personnelle du requérant, soulevés dans les mêmes termes que les moyens tirés de l'erreur de fait, doivent être écartés.

7. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 16 décembre 2023 par laquelle le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

9. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". En outre, aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

10. Il ressort des pièces du dossier, en particulier du procès-verbal de son audition par les services de police, que M. C est entré sur le territoire français un mois avant son interpellation le 16 décembre 2023, alors qu'il tentait de rejoindre la Grande-Bretagne de manière irrégulière, à bord d'un bateau. En outre, ainsi qu'il a été dit au point 4, il ressort de la consultation du fichier des personnes recherchées, non sérieusement contestée, que M. C a fait l'objet d'une interdiction d'entrer dans l'espace Schengen et d'une mesure d'éloignement prononcées par les autorités grecques le 30 avril 2021. Eu égard à la durée de présence de l'intéressé sur le territoire français, à l'absence de ses liens en France, et des décisions prononcées à son encontre par les autorités grecques, le préfet du Nord n'a commis aucune erreur d'appréciation dans l'application des dispositions des articles L. 612-6 et L.612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de la situation du requérant doit être écarté.

11. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 16 décembre 2023 par laquelle le préfet du Nord lui a interdit son retour sur le territoire français pour une durée de ans.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 16 décembre 2023 par lequel le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français avant l'expiration d'un délai de deux ans. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et celles relatives aux frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet du Nord.

Lu en audience publique le 27 décembre 2023.

La magistrate désignée

Signé

L-J. LANÇON

La greffière,

Signé

N.CARPENTIER

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

No 2311153

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