mardi 31 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2311159 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | NAVY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 15 décembre 2023, Mme A E, représentée par Me Navy, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 6 septembre 2023 par lequel le préfet du Nord lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière ;
2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer le titre de séjour sollicité et à défaut de réexaminer sa situation sous astreinte de 155 euros par jour de retard et lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de sa renonciation au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les stipulations du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du
27 décembre 1968 et celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision octroyant un délai de départ volontaire :
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 janvier 2024, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête. Il soutient que les moyens soulevés par Mme E ne sont pas fondés.
Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 octobre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et son décret d'application n° 2020-1717 du
28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Féménia,
- et les observations de Me Guillaud, substituant Me Navy, représentant Mme E.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E, ressortissante algérienne née le 20 avril 1982 à Thénia (Algérie), est entrée en France le 11 mars 2015 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa court séjour l'autorisant à séjourner dans l'espace couvert par la convention d'application Schengen pour une durée n'excédant pas 90 jours. Elle a sollicité le 4 mai 2023 la délivrance d'un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " au titre de ses liens personnels et familiaux en France sur le fondement du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du
27 décembre 1968. Par un arrêté du 6 septembre 2023 dont elle sollicite l'annulation, le préfet du Nord a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligée à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :
2. En premier lieu, par un arrêté du 31 août 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs n°228 le même jour, le préfet du Nord a donné délégation à
M. B D, attaché d'administration de l'Etat, adjoint à la cheffe du bureau du contentieux, signataire de l'arrêté du 6 septembre précité, à l'effet de signer notamment les décisions en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté litigieux mentionne, avec une précision suffisante, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement pour mettre utilement la requérante en mesure de discuter les motifs de cet arrêté et le juge d'exercer son contrôle en pleine connaissance de cause. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des décisions attaquées doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
4. En premier lieu, aux termes des stipulations du 5°) de l'article 6 de l'accord
franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; / () ".
En outre, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui " ;
5. Il ressort des pièces du dossier que Mme E est entrée sur le territoire français le 11 mars 2015 et n'a sollicité la primo délivrance d'un certificat de résidence algérien au titre de ses liens personnels et familiaux que le 4 mai 2023, soit à l'issue d'une durée de séjour de 8 ans à la date de la décision attaquée. Il est constant que la requérante est entrée sur le territoire accompagnée de son époux et qu'elle y réside depuis avec ce dernier et leurs cinq enfants.
A ce titre, il ressort des pièces du dossier que l'époux de Mme E a fait successivement l'objet de deux arrêtés du 24 août 2017 et du 29 novembre 2019 portant notamment refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, le tribunal ayant rejeté le recours dirigé à l'encontre de ce dernier par une décision 8 avril 2021 devenue définitive, et qu'à la date de la décision attaquée il ne bénéficiait que d'un récépissé de demande de titre de séjour valable jusqu'en février 2024. Par ailleurs, à la date de la décision attaquée, la demande présentée au même titre par sa fille ainée était toujours en cours d'instruction. Si l'intéressée se prévaut également de la présence de ses quatre enfants mineurs respectivement nés en 2013, 2015, 2021 et 2023, les trois derniers étant nés en France et deux d'entre eux étant scolarisés, ces seules circonstances ne sont pas de nature à établir l'existence de liens familiaux en France à l'extérieur de la cellule familiale. En outre, si elle se prévaut de l'état de santé de son fils né le 16 juin 2023 et souffrant d'un pied bot varus équin droit sévère pour lequel il suit un traitement en France depuis sa naissance, elle ne soutient ni même n'allègue qu'il ne serait pas en mesure de poursuivre ce traitement dans son pays d'origine. Mme E se prévaut également de l'existence de liens personnels et amicaux en France et de la constitution d'un cercle proche attestant de ses qualités et de son intégration, toutefois, les attestations produites à l'appui de cette affirmation, peu circonstanciées, ne sont pas de nature à établir l'existence de liens d'une intensité particulière sur le territoire français. Par ailleurs, si la requérante se prévaut également de son insertion professionnelle et sociale en France et justifie être employée par la société GSF Pluton depuis août 2022 et être engagée associativement au sein de l'association " Solidarité aux femmes et familles d'ici et d'ailleurs " depuis janvier 2022, ces circonstances ne permettent toutefois pas d'établir l'existence de liens d'une particulière intensité en France. Enfin, Mme E n'établit pas qu'elle serait isolée et qu'elle ne pourrait se réinsérer socialement en cas de retour dans son pays d'origine, où elle a vécu jusqu'à l'âge de 33 ans et où la cellule familiale pourra se reconstituer dès lors que tous les membres de la famille disposent de la nationalité algérienne et que la possession par son époux d'un récépissé de demande de titre de séjour ne lui donne pas vocation à s'établir durablement sur le territoire français. Dans ces conditions, en refusant de faire droit à la demande de titre de séjour de Mme E, le préfet du Nord n'a pas porté atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, les moyens tirés de la violation du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de la requérante doivent être écartés.
6. En second lieu, la décision attaquée n'ayant pas pour effet de séparer
Mme E de ses enfants, ni de séparer ces derniers de leur père et n'affectant pas de manière certaine et directe la situation de ces derniers, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
7. Il résulte de ce qui précède que Mme E n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
8. En premier lieu, la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de laquelle la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise n'est pas, ainsi que cela a été exposé plus haut, entachée d'illégalité. Le moyen tiré, par la voie de l'exception, d'une telle illégalité ne peut, dès lors, qu'être écarté.
9. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant " Dans toutes les décisions concernant les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
10. Ainsi qu'il a été exposé au point 5 du présent jugement, il n'est pas démontré que la cellule familiale de la requérante et de son époux ne pourrait se reconstituer ailleurs qu'en France, notamment en Algérie, pays dont l'ensemble des membres de la famille ont la nationalité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
11. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés au point 5 du jugement, les moyens tirés de ce que la décision attaquée méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de ce que la décision serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
12. Il résulte de ce qui précède que Mme E n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet du Nord l'a obligée à quitter le territoire français.
En ce qui concerne la décision octroyant un délai de départ volontaire :
13. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français sur le fondement de laquelle la décision octroyant un délai de départ volontaire a été prise n'est pas, ainsi que cela a été exposé plus haut, entachée d'illégalité. Le moyen tiré, par la voie de l'exception, d'une telle illégalité ne peut, dès lors, qu'être écarté.
14. En second lieu, et pour les mêmes motifs que ceux évoqués au point 5 du présent jugement, le préfet du Nord n'a pas entaché sa décision tendant à l'octroi d'un délai de départ volontaire de trente jours d'erreur manifeste d'appréciation
15. Il résulte de ce qui précède que Mme E n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet du Nord lui a octroyé un délai de départ volontaire de trente jours.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
16. La décision portant obligation de quitter le territoire français sur le fondement de laquelle la décision fixant le pays de destination a été prise n'est pas, ainsi que cela a été exposé plus haut, entachée d'illégalité. Le moyen tiré, par la voie de l'exception, d'une telle illégalité ne peut, dès lors, qu'être écarté.
17. Il résulte de ce qui précède que Mme E n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet du Nord a fixé son pays de destination.
18. Il résulte de tout ce qui précède que Mme E n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 6 septembre 2023, par lequel le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par suite, les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A E, à Me Navy et au préfet du Nord.
Délibéré après l'audience du 5 décembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Féménia, présidente,
Mme C, première-conseillère,
Mme G, première-conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 décembre 2024.
La présidente-rapporteur,
Signé
J. Féménia
L'assesseure la plus ancienne dans l'ordre du tableau,
Signé
F. CLa greffière,
Signé
M. F
La République mande et ordonne au préfet du Nord, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026