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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2311257

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2311257

jeudi 28 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2311257
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCUILLIEZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 décembre 2023, M. B F demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 décembre 2023 par lequel le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de réexaminer sa situation, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jours de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

-il est insuffisamment motivé ;

-il lui a été notifié dans une langue qu'il ne comprend pas ;

-l'obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-la décision de ne pas accorder un délai de départ volontaire est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-l'interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les observations de Me Cuilliez, représentant M. F, assisté de M. D, interprète en langue penjabie, qui reprend et développe les moyens de la requête et soulève, en outre, celui tiré de l'erreur de fait à l'encontre de l'interdiction de retour sur le territoire français ;

- et les observations de Me Hacker, représentant le préfet du Nord, qui conclut au rejet de la requête.

Considérant ce qui suit :

1. M. F demande l'annulation de l'arrêté du 19 décembre 2023 par lequel le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant deux ans.

Sur les moyens communs aux décisions attaquées :

2. En premier lieu, Mme E C, signataire de l'arrêté attaqué, disposait d'une délégation à cet effet, consentie par le préfet du Nord par arrêté du 27 novembre 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire manque donc en fait.

3. En second lieu, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des circonstances de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation manque donc en fait.

Sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

4. Si M. F invoque la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits et de l'homme et des libertés fondamentales, ce moyen n'est assorti, ni dans la requête, ni dans les observations formulées durant l'audience, de précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé.

Sur la légalité de la décision de ne pas accorder de délai de départ volontaire :

5. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Aux termes de l'article L. 612-2 de ce code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. F, qui ne peut justifier être entré régulièrement en France, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour, et qu'il ne peut pas présenter de documents d'identité ou de voyage en cours de validité. Dès lors, en l'absence de toute circonstance particulière dont ferait état l'intéressé, il résulte des dispositions citées au point précédent que le préfet a pu légalement considérer qu'il existait un risque qu'il se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français et, pour ce motif, décider de ne pas lui accorder de délai de départ volontaire.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

7. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

8. Si M. F soutient qu'il existe un conflit familial violent provoqué par une tentative de ses oncles pour capter son héritage, ces seules déclarations ne sauraient faire regarder son retour en Inde comme comportant un risque réel qu'il soit exposé à des traitements prohibés par les stipulations citées au point précédent.

Sur la légalité de l'interdiction de retour sur le territoire français :

9. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ".

10. Il ressort des pièces du dossier que M. F, qui ne fait valoir aucune attache sur le territoire français s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement, en l'espèce une obligation de quitter le territoire français édictée par le préfet de police le 24 septembre 2019, et qu'il est défavorablement connu des services de police pour des faits d'utilisation frauduleuse de carte bancaire et de recel. Dès lors, le préfet du Nord, dont la décision n'est pas entachée d'erreur de fait, a pu, sans faire une appréciation manifestement erronée des faits de l'espèce, lui interdire de retourner sur le territoire français pendant deux ans.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. F doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B F et au préfet du Nord.

Lu en audience publique le 28 décembre 2023.

Le magistrat désigné,

Signé,

P. A

La greffière,

Signé,

F. JANET

La République mande et ordonne au préfet du Nord, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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