jeudi 4 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2311545 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | CHERFI YONIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 28 décembre 2023 et le 2 janvier 2024, M. A E demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 27 décembre 2023 par lequel la préfète de l'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an et, par voie de conséquence, qu'il soit procédé à l'effacement de son signalement dans le système d'information Schengen (SIS) ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour ce, sous astreinte de 152,45 euros par jour de retard et de procéder au réexamen de sa situation administrative.
Il soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- a été signée par une autorité dont la compétence n'est pas établie ;
- est irrégulière au regard des stipulations de l'article 41.2 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, n'ayant pas été entendu avant l'édiction de la mesure d'éloignement ;
- est insuffisamment motivée ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle.
- la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
- est signée par une autorité dont la compétence n'est pas établie ;
- est insuffisamment motivée ;
- est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
- la décision fixant le pays de destination :
- est signée par une autorité dont la compétence n'est pas établie ;
- est insuffisamment motivée ;
- est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
- la décision faisant interdiction de retour sur le territoire pour une durée d'un an :
- est signée par une autorité dont la compétence n'est pas établie ;
- est insuffisamment motivée ;
- est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français ;
- est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en l'absence de menace pour l'ordre public.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 janvier 2024, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Fougères en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Fougères, magistrat désigné ;
- les observations de Me Cherfi Yonis, représentant M. E, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens, abandonnant toutefois le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté et ajoutant le moyen tiré de l'absence de menace à l'ordre public à l'encontre de l'ensemble des décisions, son client n'ayant été impliqué qu'une fois pour des faits qu'il contestait et ayant donné lieu à un classement sans suite, ainsi que le moyen tiré de l'erreur de fait s'agissant de l'affirmation de la préfète selon laquelle son client ne démontrait pas ses liens avec sa mère et qu'il n'aurait pas d'emploi ;
- et les observations de M. E, assisté de Mme B, interprète assermentée en langue arabe, répondant aux questions qui lui ont été posées, déclarant qu'il avait déposé un dossier en vue de l'obtention d'un titre de séjour ;
- la préfète de l'Oise n'étant ni présente, ni représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. E, ressortissant algérien né le 24 janvier 1995 en Algérie et déclarant être entré sur le territoire français en 2021, a été interpellé le 27 décembre 2023 à 15h25 sur la commune de Creil, démuni de tout document l'autorisant à séjourner sur le territoire français. Par un arrêté du 27 décembre 2023, la préfète de l'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'an. Il a été placé en centre de rétention le même jour. M. E demande l'annulation de l'arrêté de la préfète de l'Oise du 27 décembre 2023.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Aux termes du paragraphe 1 de l'article 51 de la charte : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union () ". Si l'article 41 de la charte s'adresse non pas aux Etats membres, mais uniquement aux institutions, aux organes et aux organismes de l'Union européenne, le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union européenne. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.
3. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du procès-verbal d'audition de M. E par les services de police du 27 décembre 2023 à 16h53, que ce dernier a expressément été invité à formuler toute observation quant à une éventuelle mesure d'éloignement vers son pays d'origine ou un pays où il serait légalement admissible, répondant d'ailleurs qu'il souhaitait rester en France, avant de donner des indications sur sa situation personnelle. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance du droit de M. E à être entendu préalablement à la décision contestée doit être écarté.
4. En deuxième lieu, l'arrêté contesté, qui n'avait pas à reprendre l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de M. E, énonce l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles sont fondées les décisions qu'il comporte, de manière suffisamment circonstanciée pour, d'une part, mettre l'intéressé en mesure d'en discuter utilement les motifs et, d'autre part, permettre au juge d'exercer son contrôle en pleine connaissance de cause. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
5. En troisième lieu, M. E soutient que la décision en litige est entachée d'erreurs de fait quant à son absence d'emploi et à l'absence de lien particuliers avec sa mère. Toutefois, d'une part, l'arrêté contesté mentionne que le requérant a indiqué dans un premier temps être sans emploi et sans ressource, avant d'évoquer un emploi dans la fibre optique pour SFR, sans produire de contrat de travail, ce qui correspond effectivement aux pièces du dossier, M. E n'ayant fourni dans le cadre de la présente instance aucun justificatif quant à l'emploi allégué. D'autre part, s'agissant des liens avec sa mère, Mme D C, la préfète de l'Oise soutient sans être contestée que Mme C est arrivée en France le 27 octobre 2002, alors que son fils était donc âgé de sept ans. Si M. E soutient être arrivé sur le territoire national en 2021 pour s'occuper de sa mère, cette dernière n'évoque dans l'attestation versée aux débats un hébergement à son domicile qu'à compter de juillet 2022. Enfin, le requérant, qui a été interpellé sur la commune de Creil (Oise), alors qu'il déclare résider à Montmorency (Val d'Oise), ne produit aucun autre document que cette attestation pour justifier de la réalité et de l'intensité de ses liens avec sa mère. Dans ces circonstances, la préfète de l'Oise n'a pas commis d'erreur en constatant que M. E ne justifiait " d'aucun lien étroit " avec sa mère. Il s'ensuit que la décision contestée n'est pas entachée des erreurs de fait alléguées par le requérant.
6. En quatrième lieu, si M. E soutient que la préfète de l'Oise a commis une erreur d'appréciation en estimant que sa présence en France constituait une menace à l'ordre public, il ressort de l'arrêté contesté que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas fondée sur ce motif, de sorte que ce moyen doit être écarté comme inopérant.
7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
8. En l'espèce, si M. E déclare être entré irrégulièrement en France en 2021, il ne justifie, par la production d'une attestation de sa mère, ressortissante algérienne titulaire d'un certificat de résidence de dix ans en cours de validité, d'une résidence en France, au domicile de cette dernière, que depuis le mois de juillet 2022 comme il a été dit au point 5, alors qu'il soutient être venu en France pour s'occuper de cette dernière. Il est établi que Mme C, âgée de 65 ans à la date de l'arrêté contesté, a été hospitalisée du 22 au 26 juillet 2018 à Paris dans le cadre d'une hospitalisation programmée en cancérologie-radiothérapie ; toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'état de santé de celle-ci nécessiterait à la date de la décision attaquée une aide pour la vie quotidienne. Par ailleurs, le requérant a déclaré lors de son audition par les services de police le 27 décembre 2023 être marié, mais n'a donné aucune indication sur l'identité de sa femme et n'a pas davantage justifié dans le cadre de la présente instance de l'union alléguée. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. E, qui n'a pas d'enfant, serait dépourvu de famille en Algérie, pays où il a vécu au moins jusqu'à l'âge de 26 ans, alors que sa mère est arrivée sur le territoire français le 27 octobre 2002, quand il avait sept ans. Sur le plan professionnel, le requérant a indiqué aux services de police être sans profession au début de son audition, avant de déclarer qu'il travaillait dans la fibre optique pour la société SFR. Il n'a toutefois dans le cadre de la présente instance fourni aucun justificatif concernant la réalité de cet emploi. Dans ces circonstances, M. E, arrivé récemment et irrégulièrement sur le territoire français et qui ne justifie d'aucune insertion sociale en France, en dehors de la présence de sa mère algérienne qui ne l'a élevé que jusqu'en octobre 2002, n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté en litige porterait à son droit au respect de sa vie privée une atteinte disproportionnée aux buts d'intérêt public en vue desquels il a été pris. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit également être écarté.
9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.
En ce qui concerne la légalité de la décision refusant un délai de départ volontaire :
10. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de la décision attaquée en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
11. En deuxième lieu, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 4.
12. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : /
1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ".
13. Il ressort des pièces du dossier que M. E est défavorablement connu des services de police, qui l'ont vu jeter deux sachets contenant une quantité totale de 6,5 grammes de résine de cannabis au moment de son interpellation, le 27 décembre 2023 à Creil, faits qu'il a contestés et qui ont été classés sans suite pour motif 61, c'est-à-dire en raison de l'existence d'une sanction d'une autre nature que pénale. Compte tenu de la faible quantité de résine de cannabis en cause, de l'absence de poursuites pénales et de l'absence d'autre infraction mentionnée au fichier de traitement d'antécédents judiciaires (TAJ), en retenant au visa du 1° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que M. E présentait une menace pour l'ordre public, la préfète de l'Oise a commis une erreur d'appréciation.
14. Toutefois, la préfète de l'Oise s'est également fondée pour refuser à M. E un délai de départ volontaire sur un autre motif, tiré du risque de soustraction à l'obligation de quitter le territoire français.
15. L'article L. 612-3 du même code dispose que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / ()/ 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".
16. Il ressort des pièces du dossier, comme il a été dit précédemment, que M. E est arrivé de manière irrégulière en France sans solliciter de titre de séjour et, en outre, qu'il n'a pas été en mesure de produire un document d'identité ou de voyage en cours de validité lors de son interpellation, ni même au cours de la présente instance. Il s'ensuit que la préfète de l'Oise n'a pas commis d'erreur d'appréciation en considérant qu'il existait un risque qu'il se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre et en décidant, pour ce motif, de refuser de lui accorder un délai de départ volontaire.
17. Il résulte ainsi de l'instruction que la préfète de l'Oise aurait pris la même décision si elle s'était fondée uniquement sur ce second motif.
18. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. E tendant à l'annulation de la décision refusant un délai de départ volontaire doivent être rejetées.
En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de destination :
19. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de la décision attaquée en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
20. En deuxième lieu, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 4.
21. En troisième lieu, si M. E soutient que la préfète de l'Oise a commis une erreur d'appréciation en estimant que sa présence en France constituait une menace à l'ordre public, il ressort de l'arrêté contesté que la décision fixant le pays de destination n'est pas fondée sur ce motif, de sorte que ce moyen doit être écarté comme inopérant.
22. En dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux mentionnés aux points 7 et 8.
23. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. E tendant à l'annulation de la décision fixant le pays de destination doivent être rejetées.
En ce qui concerne la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
24. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". En outre, aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".
25. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. Ainsi la décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Toutefois, si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.
26. En premier lieu, la décision par laquelle la préfète de l'Oise a fait interdiction à M. E de revenir sur le territoire français pour une durée d'un an vise les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sa motivation atteste que l'ensemble des critères énoncés par ce dernier article a été pris en compte. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.
27. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
28. En dernier lieu, d'une part, il résulte de ce qui a été dit au point 13 qu'en retenant que la présence en France de M. E était susceptible de menacer l'ordre public, alors qu'il n'a fait l'objet que d'une mise en cause, pour une faible quantité de résine de cannabis, et a bénéficié d'un classement sans suite, la préfète de l'Oise a commis une erreur d'appréciation.
29. Toutefois, la préfète de l'Oise s'est également fondée sur le fait que M. E ne justifie pas d'une intégration notable dans la société française, que ses liens avec la France ne sont pas particulièrement anciens, intenses et stables, puisqu'il déclare être arrivé en France en 2021, sans l'établir, et que la présence de M. E en France n'est pas indispensable pour ses proches.
30. Il ressort des pièces du dossier que le requérant, qui déclare sans en justifier être arrivé en France en 2021, soit à l'âge de 26 ans, s'il n'a fait l'objet d'aucune mesure précédente d'éloignement, ne justifie pas de liens particuliers avec la France, en dehors de la présence de sa mère, dont il a toutefois été séparé géographiquement d'octobre 2002 à juillet 2022, date à partir de laquelle cette dernière déclare l'héberger. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'état de santé de cette dernière nécessiterait, à la date de l'arrêté contesté, une aide par tierce personne. Dans ces conditions, compte tenu de l'absence de délai de départ volontaire, et en l'absence de circonstance humanitaire particulière dès lors qu'il n'est pas justifié, ni même soutenu, que Mme C ne serait pas en mesure de se déplacer à l'étranger pour rendre visite à son fils en cas d'éloignement de celui-ci, la préfète de l'Oise a pu légalement interdire à M. E tout retour sur le territoire français pour une durée limitée à un an.
31. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an doivent être rejetées.
En ce qui concerne les conclusions à fin d'effacement de son signalement dans le système d'information Schengen :
32. Aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (CE) n° 1987/2006 du Parlement européen et du Conseil du 20 décembre 2006 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen de deuxième génération (SIS II). / Les modalités de suppression du signalement de l'étranger en cas d'annulation ou d'abrogation de l'interdiction de retour sont fixées par voie réglementaire ". En vertu de l'article R. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les modalités de suppression du signalement d'un étranger effectué au titre d'une décision d'interdiction de retour sont celles qui s'appliquent, en vertu de l'article 7 du décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées, aux cas d'extinction du motif d'inscription au fichier des personnes recherchées.
33. Il résulte des dispositions précitées que, lorsqu'elle prend à l'égard d'un étranger, une décision d'interdiction de retour sur le territoire français, l'autorité administrative informe l'intéressé de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Une telle information ne constitue pas une décision distincte de la mesure d'interdiction de retour et n'est, dès lors, par elle-même, pas susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. Les conclusions présentées par M. E et tendant à l'annulation des effets juridiques de l'interdiction de retour sur le territoire français, dont le signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, ne peuvent donc qu'être rejetées.
34. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. E doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris à fin d'injonction sous astreinte.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A E et à la préfète de l'Oise.
Prononcé en audience publique le 4 janvier 2024.
Le magistrat désigné,
signé
V. FOUGÈRES
La greffière,
signé
L. CAMAU
La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026