mercredi 17 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2400212 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | DEWAELE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 6 janvier 2024 et 24 janvier 2024, M. D C, représenté par Me Dewaele, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté en date du 5 janvier 2024 par lequel le préfet du Nord lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
3°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un certificat de résidence algérien, sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de l'expiration du délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir ; à défaut, d'enjoindre au préfet de procéder au réexamen de sa situation, sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de l'expiration du délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 2 000 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour elle de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :
- elles ont été prises par une autorité incompétente ;
- elles sont insuffisamment motivées ;
En ce qui concerne la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3.1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 6, 5) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
- Elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision faisant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- Elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision faisant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision faisant interdiction de retour sur le territoire français :
- Elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision faisant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas produit de mémoire en défense.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Lille en date du 26 février 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Bonhomme en application de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bonhomme, magistrate désignée ;
- les observations de Me Lescene, substituant Me Dewaele, avocat de M. C, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens qu'il développe ;
- les observations de Me Kerrich, représentant le préfet du Nord, qui conclut au rejet de la requête de M. C au motif que les moyens soulevés ne sont pas fondés ;
- et les observations de M. C assisté de M. H, interprète en langue arabe.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant algérien né le 11 février 1979, demande l'annulation de l'arrêté en date du 5 janvier 2024 par lequel le préfet du Nord lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. M. C ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 26 février 2024, ses conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :
3. En premier lieu, par un arrêté du 27 novembre 2023, publié le même jour au recueil n° 2023-343 des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Nord a donné délégation à Mme G E, adjointe à la cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, à effet de signer notamment les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de ces décisions doit être écarté.
4. En second lieu, les décisions attaquées comportent, avec une précision suffisante, les considérations de droit et de fait sur lesquelles elles se fondent. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de ces décisions doit être écarté.
En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision faisant obligation de quitter le territoire français :
5. En premier lieu, il ressort de l'arrêté en litige que le préfet du Nord a pris en compte les déclarations de M. C relatives à l'état de santé de sa fille mineure. Il est constant qu'aucune demande de titre de séjour, en raison de l'état de santé de cette enfant, n'était déposée, au jour de la décision attaquée, auprès des services de la préfecture de sorte que le requérant n'est pas fondé, en tout état de cause, à soutenir que le préfet du Nord, lorsqu'il lui a fait obligation de quitter le territoire français, n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation en ne saisissant pas le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration pour obtenir un avis sur l'état de santé de son enfant et sur la possibilité que cette dernière ait un accès effectif à des soins adaptées à son état de santé. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision faisant obligation à M. C de quitter le territoire français serait entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation doit être écarté.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".
7. Il ressort des pièces du dossier que la fille aînée de M. C, née le 10 mai 2017, qui est arrivée en France au mois de janvier 2023 avec son père, sa mère et ses frères, souffre d'un syndrome poly malformatif avec notamment un syndrome de Copenhague aux fusions vertébrales antérieures progressives L3-L4-L5. Cette enfant bénéficie d'un suivi au centre hospitalier universitaire de Lille. S'il ressort du certificat du 9 février 2024 établi par le Dr F, qui suit régulièrement la jeune A, que " ces anomalies ont tendance à s'aggraver très régulièrement et nécessiter des ostéotomies transpédiculaires ", aucune intervention chirurgicale n'était, au jour de la décision attaquée, envisagée, le praticien hospitalier mentionnant à cet égard " qu'il serait bénéfique pour la santé de l'enfant qu'elle puisse bénéficier d'un suivi éventuellement de la chirurgie adaptée par nos soins ". Le requérant n'allègue ni ne démontre que l'état de santé de sa fille, qui est scolarisée, justifierait, dans l'immédiat, des soins particuliers. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'enfant ne pourrait pas bénéficier en Algérie d'un suivi adapté à sa pathologie, et si le requérant soutient à l'audience que les professionnels de santé qu'il a consultés en Algérie et en Tunisie lui ont conseillé de se rendre en Europe pour procurer à son enfant une prise en charge adaptée à son état, il ne produit aucune pièce à l'appui de ses allégations. Dans ces conditions, le préfet du Nord n'a pas, en faisant obligation de quitter le territoire français, méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention internationale de l'enfant.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : "1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
9. Il ressort des pièces du dossier que M. C est arrivé en France en janvier 2023, accompagné de son épouse et de leurs deux enfants mineurs, A, née le 10 mai 2017 et Zakaria, né le 04 mars 2020. Le requérant et son épouse ont accueilli leur troisième enfant, B, né le 24 juillet 2023. Si M. C se prévaut de la présence de son épouse et de leurs enfants en France, ces derniers résident sur le territoire français de façon irrégulière et n'ont pas vocation à se maintenir sur le territoire français. En outre, ainsi qu'il a été dit au point 8, il n'est pas démontré que l'état de santé de la jeune A requerrait des soins immédiats auxquels elle ne pourrait pas avoir accès en Algérie. Par ailleurs, si M. C justifie qu'Anya et Zakaria sont scolarisés à l'école primaire et à l'école maternelle à Hautmont, il n'allègue ni ne démontre que ces derniers ne pourraient pas poursuivre leur scolarité en Algérie. Dès lors, rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale de M. C se reconstitue en Algérie où elle vivait jusqu'à récemment. Par ailleurs, si le requérant se prévaut de la présence en France de sa sœur, de nationalité française, et de son frère, titulaire d'un titre de séjour, il ne démontre pas qu'il entretiendrait avec ces derniers, avec lesquels il vit séparé depuis plusieurs années, des liens d'une particulière intensité. Enfin, si M. C soutient souffrir de problèmes psychiatriques, il ressort des pièces du dossier qu'il a pu bénéficier dans son pays d'origine d'une prise en charge de sorte que son état de santé ne rend pas nécessaire son maintien en France. Dans ces conditions, le préfet du Nord n'a pas, en faisant obligation au requérant de quitter le territoire français, méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, ce moyen doit être écarté.
10. En dernier lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " () / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () / 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; / () ".
11. Compte tenu de la situation de M. C telle qu'énoncée au point 9, le requérant ne démontre pas remplir les conditions pour se voir délivrer un certificat de résidence algérien sur le fondement des stipulations précitées du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté.
12. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du par laquelle le préfet du Nord lui a fait obligation de quitter le territoire français.
En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
13. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / () ". Aux termes de l'article L. 612-2 de ce code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". L'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / 6° L'étranger, entré irrégulièrement sur le territoire de l'un des États avec lesquels s'applique l'acquis de Schengen, fait l'objet d'une décision d'éloignement exécutoire prise par l'un des États ou s'est maintenu sur le territoire d'un de ces États sans justifier d'un droit de séjour ; / 7° L'étranger a contrefait, falsifié ou établi sous un autre nom que le sien un titre de séjour ou un document d'identité ou de voyage ou a fait usage d'un tel titre ou document ; / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".
14. Pour refuser à M. C l'octroi d'un délai de départ volontaire, le préfet du Nord s'est fondé sur le 2°, 4° et le 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, contrairement à ce qu'a retenu le préfet, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé aurait déclaré refuser de quitter le territoire français. En outre, s'il est constant que M. C n'a pu produire, durant le temps de sa retenue, son passeport en original, il a toutefois exposé lors de son audition par les services de police que son passeport était à son domicile. La circonstance que M. C, dont il est établi et au surplus non contesté qu'il est titulaire d'un passeport en cours de validité, n'ait pas été en mesure de présenter ce document lors de sa retenue administrative, alors même que, faisant l'objet d'une telle mesure restrictive de liberté, il ne pouvait librement se déplacer à son domicile pour se procurer l'original de son document, n'est pas de nature à démontrer, dans les circonstances de l'espèce, un risque de fuite au sens du 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, s'il est établi que M. C, qui est entré en France le 28 janvier 2023 muni d'un visa court séjour en cours de validité délivré par les autorités consulaires néerlandaises basées à Alger, s'est maintenu sur le territoire français au-delà de l'expiration de son visa sans solliciter la délivrance d'un titre de séjour, il explique à l'audience avoir attendu d'être en possession des pièces médicales attestant de l'état de sa fille avant de déposer une demande de titre de séjour et verse, au soutien de ses allégations, le certificat du Dr F du centre hospitalier universitaire de Lille qui assure le suivi de l'enfant, daté du 9 février 2024. En tout état de cause, la seule circonstance que M. C se soit maintenu sur le territoire français après l'expiration de son visa sans solliciter un titre de séjour, n'est pas de nature, dans les circonstances de l'espèce, à attester d'un risque de fuite, alors que le requérant n'a jamais fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et qu'il présente, ainsi qu'il vient d'être dit des garanties de représentation suffisantes pour être en possession d'un passeport en cours de validité et qu'il est établi et non contesté qu'il bénéficie, avec son épouse et ses enfants, d'un hébergement stable. Par suite, en refusant d'accorder à M. C un délai de départ au motif qu'il existait un risque qu'il se soustraie à la mesure d'éloignement, le préfet du Nord a méconnu les dispositions précitées des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
15. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. C est fondé à demander l'annulation de la décision du 5 janvier 2024 par laquelle le préfet du Nord a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
16. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux points 3 à 12, le moyen tiré de l'illégalité de la décision faisant obligation à M. C de quitter le territoire français doit être écarté.
17. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
18. M. C soutient qu'il craint pour sa sécurité en cas de retour en Algérie en raison des menaces qui pèsent sur lui du fait de son engagement politique. Toutefois, il n'a, à aucun moment, fait état de ses craintes lors de son audition devant les services de police qui l'ont interrogé sur les motifs de son départ de son pays d'origine et il est constant qu'il n'a, depuis son arrivée en France, jamais entamé de démarches tendant à obtenir la protection internationale. Interrogé à l'audience sur la nature de ses activités politiques et sur ses craintes, M. C est resté évasif. En outre, s'il a produit, dans le cadre de l'instance, des photographies, non datées, attestant de sa présence à des manifestations et de blessures à sa jambe, ainsi que des documents, datés de l'année 2021, dont certains sont en langue arabe et non traduits, portant sur le refus d'agrément d'une association dont il est le président, ces éléments ne démontrent pas qu'il serait exposé, en cas de retour dans son pays d'origine, à un risque de subir des traitements inhumains ou dégradants. De la même manière, si M. C justifie avoir fait l'objet d'une convocation le 28 août 2021 devant les services de la gendarmerie et s'être vu délivrer en janvier 2023 une autre convocation devant les services de la police nationale, ces documents, non traduits, ne permettent pas de connaître les motifs de ces convocations et sont insuffisants pour établir l'existence d'un risque, réel et actuel, que M. C subisse en Algérie des traitements contraires aux stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement méconnaîtrait ces stipulations doit être écarté.
19. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 5 janvier 2024 par laquelle le préfet du Nord a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.
En ce qui concerne la décision faisant interdiction de retour sur le territoire français :
20. L'illégalité de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire entraîne, par voie de conséquence, l'illégalité de la décision du par laquelle le préfet du Nord lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Il y a dès lors lieu, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, d'annuler cette décision.
21. Il résulte de tout ce qui précède que M. C est uniquement fondé à demander l'annulation des décisions du 5 janvier 2024 par lesquelles le préfet du Nord a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
22. L'exécution du présent jugement n'implique pas qu'il soit enjoint au préfet du Nord de délivrer à M. C un certificat de résidence ou encore de procéder au réexamen de la situation du requérant et qu'il lui délivre, en l'attente, une autorisation provisoire de séjour. Par suite, les conclusions de M. C à fin d'injonction sous astreinte doivent être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
23. M. C ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, son avocate peut donc se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Dewaele, avocate de M. C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Dewaele de la somme de 1 000 euros.
DÉCIDE :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête de M. C tendant à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Les décisions en date du 5 janvier 2024 par lesquelles le préfet du Nord a refusé à M. C l'octroi d'un délai de départ volontaire et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an sont annulées.
Article 3 : Sous réserve que Me Dewaele renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Dewaele, avocate de M. C, la somme de 1 000 (mille) euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, à Me Emilie Dewaele et au préfet du Nord.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 avril 2024.
La magistrate désignée,
signé
F. BONHOMMELa greffière
signé
L. CAMAU
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026