mercredi 13 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2400230 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | MARSEILLE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 8 janvier 2024 et 25 janvier 2024, M. A C B, représenté par Me Marseille, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté en date du 3 janvier 2024 par lequel le préfet du Nord a décidé de le transférer aux autorités finlandaises ;
3°) d'enjoindre au préfet du Nord de procéder à l'enregistrement de sa demande d'asile en procédure normale dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ; ou à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours suivant la notification de la décision à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou, en cas de refus à l'admission à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État le versement entre ses mains de la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que l'arrêté attaqué :
- a été pris par une autorité incompétente ;
- est insuffisamment motivé ;
- méconnaît l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaît l'autorité de la chose jugée ;
- est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
- méconnaît les dispositions du point 4 de l'article 23 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ainsi que l'article 19 du même règlement ;
- méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.
La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme D en application de l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique, à laquelle ni M. C B ni le préfet du Nord n'ont été présents ni représentés.
Considérant ce qui suit :
1. M. C B, ressortissant irakien né le 1er janvier 1981, a déposé une demande d'asile en France enregistrée le 7 février 2023 par les services de la préfecture du Nord. A la suite de cette demande, le préfet du Nord, constatant que M. C B avait été enregistré en qualité de demandeur d'asile en Finlande le 12 juillet 2018 et le 21 mai 2019 et en Allemagne le 21 février 2022 a saisi les autorités de ces deux pays d'une demande de reprise en charge le 8 février 2023. Les autorités allemandes ont refusé cette demande le 10 février 2023 alors que les autorités finlandaises ont fait connaître leur accord le 8 février 2023.
2. Par un arrêté du 7 mars 2023, le préfet du Nord a décidé de transférer M. C B aux autorités finlandaises. Cet arrêté a été annulé par un jugement du magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Lille du 10 mai 2023 qui a notamment également enjoint à l'autorité préfectorale de procéder au réexamen de la situation de l'intéressé. Par un arrêté du 28 juin 2023, le préfet du Nord a une deuxième fois décidé de transférer M. C B aux autorités finlandaises. Cet arrêté a été annulé par un jugement du magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Lille du 31 août 2023 qui a notamment également enjoint à l'autorité préfectorale de procéder au réexamen de la situation de l'intéressé. Par un arrêté en date du 4 octobre 2023, le préfet du Nord a une troisième fois décidé de transférer M. C B aux autorités finlandaises. Par un jugement du 27 octobre 2023, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Lille a annulé l'arrêté du 4 octobre 2023 et a notamment enjoint le préfet du Nord de procéder au réexamen de la situation de M. C B et d'informer les autorités finlandaises des déclarations de l'intéressé quant à son retour en Irak en 2022.
3. Par un arrêté du 3 janvier 2024, dont M. C B demande l'annulation, le préfet du Nord a, pour la quatrième fois, décidé de transférer l'intéressé aux autorités finlandaises.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
4. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. / () ".
5. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. C B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
6. Aux termes de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du conseil du 26 juin 2013 : " 1. Les États membres examinent toute demande de protection internationale présentée par un ressortissant de pays tiers ou par un apatride sur le territoire de l'un quelconque d'entre eux, y compris à la frontière ou dans une zone de transit. La demande est examinée par un seul État membre, qui est celui que les critères énoncés au chapitre III désignent comme responsable. / 2. Lorsque aucun État membre responsable ne peut être désigné sur la base des critères énumérés dans le présent règlement, le premier État membre auprès duquel la demande de protection internationale a été introduite est responsable de l'examen. / () / Lorsqu'il est impossible de transférer le demandeur en vertu du présent paragraphe vers un État membre désigné sur la base des critères énoncés au chapitre III ou vers le premier État membre auprès duquel la demande a été introduite, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable devient l'État membre responsable. / () ". Aux termes de l'article 18 de ce règlement : " 1. L'État membre responsable en vertu du présent règlement est tenu de : / () ; / d) reprendre en charge, dans les conditions prévues aux articles 23, 24, 25 et 29, le ressortissant de pays tiers ou l'apatride dont la demande a été rejetée et qui a présenté une demande auprès d'un autre État membre ou qui se trouve, sans titre de séjour, sur le territoire d'un autre État membre. / () ". Aux termes du point 2 de l'article 19 du même règlement : " Les obligations prévues à l'article 18, paragraphe 1, cessent si l'État membre responsable peut établir, lorsqu'il lui est demandé de prendre ou reprendre en charge un demandeur ou une autre personne visée à l'article 18, paragraphe 1, point c) ou d), que la personne concernée a quitté le territoire des États membres pendant une durée d'au moins trois mois, à moins qu'elle ne soit titulaire d'un titre de séjour en cours de validité délivré par l'État membre responsable. / Toute demande introduite après la période d'absence visée au premier alinéa est considérée comme une nouvelle demande donnant lieu à une nouvelle procédure de détermination de l'État membre responsable ". Enfin, aux termes de l'article 23 dudit règlement : " 1. Lorsqu'un État membre auprès duquel une personne visée à l'article 18, paragraphe 1, point b), c) ou d), a introduit une nouvelle demande de protection internationale estime qu'un autre État membre est responsable conformément à l'article 20, paragraphe 5, et à l'article 18, paragraphe 1, point b), c) ou d), il peut requérir cet autre État membre aux fins de reprise en charge de cette personne. / 2. Une requête aux fins de reprise en charge est formulée aussi rapidement que possible et, en tout état de cause, dans un délai de deux mois à compter de la réception du résultat positif Eurodac ("hit"), en vertu de l'article 9, paragraphe 5, du règlement (UE) no 603/2013. / () / 3. Lorsque la requête aux fins de reprise en charge n'est pas formulée dans les délais fixés au paragraphe 2, c'est l'État membre auprès duquel la nouvelle demande est introduite qui est responsable de l'examen de la demande de protection internationale. / 4. Une requête aux fins de reprise en charge est présentée à l'aide d'un formulaire type et comprend des éléments de preuve ou des indices tels que décrits dans les deux listes mentionnées à l'article 22, paragraphe 3, et/ou des éléments pertinents tirés des déclarations de la personne concernée, qui permettent aux autorités de l'État membre requis de vérifier s'il est responsable au regard des critères définis dans le présent règlement. / () ".
7. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'entretien individuel de M. C B réalisé le 7 février 2023 avec les services de la préfecture du Nord dans le cadre de sa demande d'asile, que l'intéressé a déclaré avoir quitté son pays d'origine, l'Irak, en 2003 mais y être volontairement retourné " début 2022 ", avant de le quitter à nouveau " fin 2022 ". Or, il ressort du formulaire de reprise en charge envoyé le 8 février 2023 aux autorités finlandaises que, contrairement aux déclarations faites par l'intéressé lors de son entretien, l'administration a renseigné la rubrique 13 intitulée " Le demandeur déclare-t-il avoir quitté les territoires des États membres ' " en cochant la case " non " et a précisé au titre des autres informations utiles que l'intéressé n'avait jamais quitté le territoire des Etats membres. Les mentions ainsi portées sur ce formulaire ne sauraient dès lors être regardées comme comportant les éléments pertinents tirés des déclarations de l'intéressé permettant à l'Etat requis de vérifier sa responsabilité. Dans ces conditions, M. C B est bien fondé à soutenir que l'arrêté attaqué a été pris en méconnaissance des dispositions précitées de l'article 23 du règlement (UE) n° 604/2013.
8. Au surplus, il ressort des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit au point 2, que M. C B a déjà fait l'objet de plusieurs arrêtés le transférant aux autorités finlandaises, sur le fondement de l'article 18 1 d) du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et que tous ont été annulés par des jugements rendus les 10 mai 2023, 31 août 2023 et 27 octobre 2023 par le présent tribunal, au motif que le formulaire de demande de prise en charge envoyé le 8 février 2023 aux autorités finlandaises ne comportait pas les éléments pertinents tirés des déclarations faites par le demandeur d'asile. Il est constant que ces jugements n'ont pas fait l'objet d'appel et sont devenus définitifs. Le préfet du Nord, qui ne démontre ni même n'invoque de modification dans les circonstances de droit et de fait, a donc, en prenant une nouvelle décision de transfert aux autorités finlandaises pour les mêmes motifs et sans procéder à l'envoi d'un nouveau formulaire, méconnu l'autorité de chose jugée dont étaient revêtus ces jugements.
9. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. C B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 3 janvier 2024 par lequel le préfet du Nord a décidé de le transférer aux autorités finlandaises.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
10. Aux termes de l'article L. 572-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision de transfert est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues au livre VII. L'autorité administrative statue à nouveau sur le cas de l'intéressé ".
11. Compte tenu du motif retenu par le présent jugement, l'annulation de l'arrêté du 3 janvier 2024 implique que le préfet du Nord procède au réexamen de la situation de M. C B, ce nouvel examen nécessitant, ainsi qu'il a déjà été précisé dans le jugement du 27 octobre 2023, que le préfet, dans le cas où il envisagerait toujours le transfert du requérant aux autorités finlandaises, qu'il informe cet Etat des déclarations de M. C B relatives à son départ du territoire des Etats-membres au cours de l'année 2022 et qu'il lui communique tous les éléments qu'il jugera utiles sur ce point. Il y a donc lieu d'enjoindre le préfet du Nord de procéder à ce réexamen dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés à l'instance :
12. M. C B ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, son avocate peut donc se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Marseille, avocate de M. C B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État et sous réserve de l'admission définitive de M. C B à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Marseille de la somme de 1 500 euros.
13. Dans le cas où M. C B ne se verrait pas accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, l'Etat versera à M. C B la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DÉCIDE :
Article 1er : M. C B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : L'arrêté en date du 3 janvier 2024 par lequel le préfet du Nord a décidé de transférer M. C B aux autorités finlandaises pour l'examen de sa demande d'asile est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au préfet du Nord de procéder au réexamen de la situation de M. C B dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, en veillant à informer les autorités finlandaises des déclarations de M. C B relatives à son retour en Irak au cours de l'année 2022.
Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. C B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Marseille renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Marseille, avocate de M. C B, la somme de 1 500 (mille cinq cents) euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 5 : Dans le cas où M. C B ne se verrait pas accorder l'aide juridictionnelle totale, l'Etat lui versera la somme de 1 500 (mille cinq cents) euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A C B, à Me Héloïse Marseille et au préfet du Nord.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 mars 2024.
La magistrate désignée,
Signé,
F. DLa greffière,
Signé,
N. BELHARRET
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026