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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2400278

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2400278

lundi 29 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2400278
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantPERINAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 janvier 2024, M. B A, représenté par Me Périnaud, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) statuant sur le fondement de l'article L. 911-7 du code de justice administrative, d'ordonner la liquidation de l'astreinte prononcée par l'ordonnance n° 2310590 du 18 décembre 2023 de la juge des référés du tribunal administratif de Lille, pour la période allant du 24 décembre 2023 au 10 janvier 2024 ;

3°) statuant sur le fondement de l'article L. 521-4 du code de justice administrative ;

- de modifier l'astreinte de 50 euros par jour de retard assortissant l'injonction de délivrance d'une autorisation provisoire de séjour prescrite par cette ordonnance, en la portant à 150 euros par jour de retard à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

- de préciser que l'injonction de réexamen prescrite par cette ordonnance implique pour le préfet du Nord de statuer sur la première demande de délivrance de titre de séjour qu'il a présentée, ayant conduit à l'avis du collège de médecins de l'OFII du 6 septembre 2022 ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient :

En ce qui concerne la liquidation de l'astreinte, que :

- l'injonction de délivrance d'une autorisation provisoire de séjour, prescrite par l'ordonnance n° 2310590 du 18 décembre 2023, n'a pas été exécutée ;

En ce qui concerne la modification des mesures déjà ordonnées, que :

- l'injonction de réexamen également prescrite par cette ordonnance implique que le préfet du Nord statue sur sa demande déposée le 29 novembre 2021, à la suite de laquelle le collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration a estimé, dans son avis du 6 septembre 2022, que l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale, que le défaut de prise en charge médicale peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, et que eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, alors que le préfet l'a invité à déposer une nouvelle demande ;

- l'inexécution de l'injonction de délivrance d'une autorisation provisoire de séjour constitue un élément nouveau au sens de l'article L. 521-4 du code de justice administrative.

La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu :

- l'ordonnance n° 2310590 du 18 décembre 2023 de la juge des référés du tribunal administratif de Lille ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Robbe, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 17 janvier 2024 à 11 heures, en présence de M. Potet, greffier, M. Robbe, juge des référés, a lu son rapport et entendu Me Verhaegen, substituant Me Périnaud, représentant M. A, qui reprend les conclusions et moyens de la requête.

Le préfet du Nord n'était ni présent ni représenté

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par son ordonnance n° 2310590 du 18 décembre 2023, la juge des référés du tribunal administratif de Lille a, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, suspendu l'exécution de la décision implicité de rejet née du silence gardé par le préfet du Nord sur la demande déposée le 29 novembre 2021 par M. A tendant à la délivrance d'un titre de séjour au motif que sont propres à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, les moyens tirés, d'une part, de son insuffisance de motivation et, d'autre part, de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, la juge des référés a enjoint au préfet du Nord de réexaminer la situation de M. A dans un délai d'un mois à compter de la notification de cette ordonnance et de lui délivrer, pendant ce réexamen et dans le délai de cinq jours, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler. Par la présente requête, M. A demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 911-7 du code de justice administrative, d'ordonner la liquidation de l'astreinte prononcée par cette ordonnance, pour la période allant du 24 décembre 2023 au 10 janvier 2024, et, statuant sur le fondement de l'article L. 521-4 du code de justice administrative, d'une part, d'assortir l'injonction de délivrance d'une autorisation provisoire de séjour prescrite par cette ordonnance d'une astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, et d'autre part, de préciser que l'injonction de réexamen prescrite par cette ordonnance implique pour le préfet du Nord de statuer sur la première demande de délivrance de titre de séjour qu'il a présentée, ayant conduit à l'avis du collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration du 6 septembre 2022.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions tendant, sur le fondement de l'article L. 911-7 du code de justice administrative, à la liquidation de l'astreinte :

3. Aux termes de l'article L. 911-6 du code de justice administrative : " L'astreinte est provisoire ou définitive. Elle doit être considérée comme provisoire à moins que la juridiction n'ait précisé son caractère définitif. Elle est indépendante des dommages et intérêts ". Aux termes de son article L. 911-7 : " En cas d'inexécution totale ou partielle ou d'exécution tardive, la juridiction procède à la liquidation de l'astreinte qu'elle avait prononcée. / Sauf s'il est établi que l'inexécution de la décision provient d'un cas fortuit ou de force majeure, la juridiction ne peut modifier le taux de l'astreinte définitive lors de sa liquidation. / Elle peut modérer ou supprimer l'astreinte provisoire, même en cas d'inexécution constatée ".

4. L'astreinte a pour finalité de contraindre la personne qui s'y refuse à exécuter les obligations qui lui ont été assignées par une décision de justice. Sa liquidation a pour objet de tirer les conséquences du refus ou du retard mis à exécuter ces obligations. Il appartient au juge qui a assorti d'une astreinte l'injonction faite à l'une des parties, de statuer sur les conclusions tendant à ce que cette astreinte soit liquidée. Il peut alors procéder à cette liquidation s'il constate que les mesures qu'il avait prescrites n'ont pas été exécutées ou l'ont été tardivement. Il peut la modérer ou la supprimer compte tenu notamment des diligences accomplies par les parties en vue de procéder à l'exécution de la chose ordonnée, sans toutefois pouvoir remettre en cause les mesures décidées par le dispositif de la décision juridictionnelle dont l'exécution est demandée.

5. L'ordonnance n° 2310590 du 18 décembre 2023 de la juge des référés du tribunal administratif de Lille a été notifiée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, et une copie en a été adressée au le préfet du Nord, le même jour. Il n'est pas contesté que M. A n'a toujours pas été muni d'une autorisation provisoire de séjour en dépit de l'injonction faite au préfet du Nord d'y procéder dans le délai de cinq jours à compter de cette notification, soit au plus tard le 24 décembre 2023. Il y a lieu, dès lors, de procéder, au bénéfice de M. A, à la liquidation de l'astreinte assortissant cette injonction pour la période commençant à compter du 25 décembre 2023 et courant, ainsi que le demande le requérant, jusqu'au 10 janvier 2024 inclus, au taux de 50 euros par jour fixé par cette ordonnance, soit pour 17 jours. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de modérer le montant total dû, qui peut ainsi être fixé à 850 euros.

Sur les conclusions tendant, sur le fondement de l'article L. 521-4 du code de justice administrative, à la modification des mesures précédemment prescrites :

6. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". Aux termes de l'article L. 521-4 du même code : " Saisi par toute personne intéressée, le juge des référés peut, à tout moment, au vu d'un élément nouveau, modifier les mesures qu'il avait ordonnées ou y mettre fin. ".

7. La décision ordonnée par le juge administratif des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, revêt, conformément au principe rappelé à l'article L. 11 du code de justice administrative, un caractère exécutoire et, en vertu de l'autorité qui s'attache aux décisions de justice, obligatoire. Si l'exécution d'une ordonnance demeurée sans effet peut être recherchée dans les conditions définies par les articles L. 911-4 et L. 911-5 du code de justice administrative, l'existence de cette voie de droit ne fait pas obstacle à ce qu'une personne intéressée demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-4 du même code, de compléter les mesures ordonnées par le juge des référés par toute mesure destinée à assurer cette exécution.

En ce qui concerne les conclusions tendant à ce que l'injonction de réexamen soit précisée :

8. Ainsi qu'il a déjà été indiqué au point 1, par son ordonnance n° 2310590 du 18 décembre 2023, la juge des référés du tribunal administratif de Lille, après avoir suspendu l'exécution de la décision implicité de rejet née du silence gardé par le préfet du Nord sur la demande déposée le 29 novembre 2021 par M. A tendant à la délivrance d'un titre de séjour pour raison de santé, a enjoint au préfet du Nord de réexaminer la situation de l'intéressée dans un délai d'un mois à compter de la notification de cette ordonnance. Ainsi que le soutient M. A, cette injonction de réexamen n'implique pas le dépôt par lui d'une nouvelle demande, mais impose au préfet du Nord de statuer de nouveau sur sa demande déposée le 29 novembre 2021, à la suite de laquelle le collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration a estimé, dans son avis du 6 septembre 2022, que l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale, que le défaut de prise en charge médicale peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, et que eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié.

9. Cependant, il n'appartient pas au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-4 du code de justice administrative, de préciser, dans le dispositif de son ordonnance, le sens d'une mesure qu'il avait ordonnée, mais seulement, le cas échéant, de la modifier. Il y a donc lieu de rejeter les conclusions de M. A tendant à ce que le juge des référés, statuant sur ce même fondement, précise que l'injonction de réexamen prescrite par l'ordonnance n° 2310590 du 18 décembre 2023 implique pour le préfet du Nord de statuer sur la première demande de délivrance de titre de séjour qu'il a déposée le 29 novembre 2021, ayant conduit à l'avis précité du 6 septembre 2022, alors, d'ailleurs, que cette injonction est déjà prescrite par cette ordonnance, laquelle, conformément aux principes rappelées au point 7, revêt un caractère exécutoire et obligatoire.

En ce qui concerne les conclusions tendant à la modification du taux de l'astreinte assortissant l'injonction de délivrance d'une autorisation provisoire de séjour :

10. M. A soutient, sans être contredit, qu'il n'a pas été muni d'un récépissé de sa demande de titre de séjour valable. Par suite, il est fondé à soutenir que le préfet du Nord n'a pas procédé à l'exécution de l'ordonnance n° 2310590 du 18 décembre 2023. Cette circonstance est constitutive d'un élément nouveau au sens et pour l'application de l'article L. 521-4 du code de justice administrative.

11. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de porter à 150 euros par jour de retard, à compter de l'expiration d'un délai de trois jours suivant la notification de la présente ordonnance, l'astreinte de 50 euros par jour de retard assortissant l'injonction de délivrance à M. A d'une autorisation provisoire de séjour, prescrite par l'ordonnance précitée.

Sur les frais liés au litige :

12. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État, partie principalement perdante dans la présente instance, le versement d'une somme de 800 euros au titre des frais que M. A devrait y exposer, soit en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et au bénéfice de Me Périnaud, avocate, dans le cas où le bénéfice définitif de l'aide juridictionnelle serait accordé à M. A et sous réserve alors que Me Périnaud renonce à percevoir la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle, soit en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au bénéfice de M. A, dans le cas où le bénéfice définitif de l'aide juridictionnelle lui serait refusé.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'Etat est condamné à verser à M. A une somme de 850 euros au titre de la liquidation de l'astreinte fixée par l'ordonnance n° 2310590 du 18 décembre 2023 et assortissant l'injonction faite au préfet du Nord de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, pour la période allant du 25 décembre 2023 au 10 janvier 2024 inclus.

Article 3 : L'astreinte assortissant l'injonction de délivrance à M. A d'une autorisation provisoire de séjour, prescrite par l'ordonnance n° 2310590 du 18 décembre 2023, est portée à 150 par jour de retard à compter de l'expiration d'un délai de trois jours suivant la notification de la présente ordonnance.

Article 4 : L'État versera la somme de 800 euros au titre des frais d'instance dans les conditions mentionnées au point 12.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à Me Périnaud et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Une copie en sera adressée pour information au préfet du Nord.

Fait à Lille, le 29 janvier 2024.

Le juge des référés,

Signé,

J. ROBBE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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