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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2400881

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2400881

mercredi 31 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2400881
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSCHRYVE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 janvier 2024, Mme A B C, représentée par Me Marion Schryve, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'ordonner au préfet du Nord, sur le fondement des dispositions de l'article

L. 521-2 du code de justice administrative, de lui délivrer une carte de résident, dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un récépissé de sa demande de renouvellement de carte de résident comportant une autorisation de travail dans un délai de vingt-quatre heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, et d'instruire sa demande dans le délai de quinze jours sous la même condition astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'en l'absence de tout titre de séjour depuis un an et demi, elle est dans une situation financière précaire, ne percevant plus le revenu de solidarité active, n'étant plus en mesure d'assurer le paiement de ses charges mensuelles et faisant l'objet d'une procédure d'éviction par son bailleur ;

- le non-renouvellement de sa carte de résident en qualité de réfugié méconnait les dispositions de l'article L. 433-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le non-renouvellement de sa carte de résident porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect de sa vie privée et familiale et à sa liberté d'aller et venir.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Stefanczyk, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 29 janvier 2024 à 9h15 en présence de M. Potet, greffier, Mme Stefanczyk, juge des référés, a lu son rapport et informé les parties qu'elle était susceptible de soulever d'office le moyen tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet du Nord de délivrer une carte de résident, le juge des référés ne statuant que par des mesures qui présentent un caractère provisoire en application des dispositions de l'article L. 511-1 du code de justice administrative.

Ont également été entendu au cours de l'audience les observations de Me Schryve, représentant Mme B C, qui reprend les conclusions et moyens de la requête et fait valoir, en outre, que seule la délivrance de la carte de résident est susceptible de sauvegarder l'exercice effectif de la liberté d'aller et venir de la requérante et son droit de mener une vie privée et familiale normale.

Le préfet du Nord n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de Mme B C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".

En ce qui concerne l'urgence :

3. Aux termes de l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel la qualité de réfugié a été reconnue en application du livre V se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans ". Aux termes de l'article L. 433-2 de ce code : " Sous réserve des dispositions des articles L. 411-5 et L. 432-3, une carte de résident est renouvelable de plein droit ". Aux termes des dispositions de l'article L. 433-2 de ce même code : " Lorsque l'étranger titulaire () d'une carte de résident () en demande le renouvellement, il peut justifier de la régularité de son séjour entre la date d'expiration de ce document et la décision prise par l'autorité administrative sur sa demande par la présentation de la carte ou du titre expiré, dans la limite de trois mois à compter de cette date d'expiration ". Il résulte de ces dispositions qu'un étranger ayant obtenu le statut de réfugié doit en principe se voir délivrer par l'autorité administrative une carte de résident d'une durée de dix ans, renouvelable de plein droit.

4. Il résulte de l'instruction que Mme A B C, ressortissante congolaise née le 27 août 1969, s'est vue reconnaître la qualité de réfugié en 2021 et a obtenu,

le 31 juillet 2012, la délivrance d'une carte de résident qui a expiré le 30 juin 2022. Ayant sollicité le renouvellement de son titre de séjour, les services de la préfecture du Nord lui ont adressé un récépissé de demande de titre de séjour valable du 16 octobre 2022 au

14 avril 2023 dont elle n'a toutefois pas reçu notification. L'intéressée a, par courriel du 18 janvier 2023, informé les services préfectoraux, chargés de l'instruction de sa demande, qu'elle était dans l'impossibilité de solliciter le renouvellement de ce récépissé sur internet dès lors qu'elle n'avait jamais été destinataire d'un tel document En dépit de plusieurs relances, elle n'a jamais pu obtenir la délivrance d'un document l'autorisant à séjourner sur le territoire en attendant de voir sa carte de résident renouvelée. Ainsi, la requérante, qui est dépourvue de tout document de séjour depuis le 30 septembre 2022, se trouve dans une grande précarité administrative et financière, ne percevant plus le revenu de solidarité active et n'étant plus en mesure d'assurer le paiement de ses charges mensuelles. La prolongation pendant une durée anormalement longue de la situation précaire ainsi imposée à Mme B C, crée une situation d'urgence au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.

En ce qui concerne l'atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale :

5. Le préfet du Nord, qui n'a pas produit de mémoire en défense, ne conteste pas que le dossier déposé par Mme B C comportait l'ensemble des éléments nécessaires au traitement de sa demande et que la situation de l'intéressée ne relevait pas de l'un des motifs énoncés aux articles L. 411-5 et L. 432-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile faisant obstacle au renouvellement de plein droit à sa carte de résident. Dès lors, en s'abstenant de prendre toute mesure utile permettant le renouvellement de la carte de résident à laquelle Mme B C a droit depuis un an et demi, l''autorité préfectorale a porté une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales reconnues aux étrangers en situation régulière, en particulier à sa liberté d'aller et venir.

En ce qui concerne la mesure de sauvegarde à ordonner :

6. Il résulte de la combinaison des dispositions des articles L. 511-1, L. 521-2 et L. 521-4 du code de justice administrative qu'il appartient au juge des référés, lorsqu'il est saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 précité et qu'il constate une atteinte grave et manifestement illégale portée par une personne morale de droit public à une liberté fondamentale, de prendre les mesures qui sont de nature à faire disparaître les effets de cette atteinte. Ces mesures doivent en principe présenter un caractère provisoire, sauf lorsqu'aucune mesure de cette nature n'est susceptible de sauvegarder l'exercice effectif de la liberté fondamentale à laquelle il est porté atteinte.

7. Dans les circonstances très particulières de l'espèce, eu égard à la période écoulée depuis la date à laquelle Mme B C a sollicité le renouvellement de sa carte de résident, seule la délivrance à l'intéressée de cette carte est susceptible de sauvegarder l'exercice effectif de la liberté fondamentale à laquelle il a été porté une atteinte grave et manifestement illégale.

8. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre au préfet du Nord de délivrer à Mme B C, une carte de résident en la convoquant à cet effet dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais du litige :

9. Mme B C est admise à l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Schryve, avocate de Mme B C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Schryve de la somme de 800 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme B C par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 800 euros sera versée à Mme B C.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme B C est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Nord de remettre à Mme B C une carte de résident en la convoquant à cet effet dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme B C à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Schryve renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Schryve, avocate de Mme B C, une somme de 800 euros, en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme B C par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 800 euros sera versée à Mme B C.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B C est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B C, à Me Schryve et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie sera transmise, pour information, au préfet du Nord.

Fait à Lille, le 31 janvier 2024.

La juge des référés,

Signé

S. STEFANCZYK

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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