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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2401134

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2401134

vendredi 9 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2401134
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantYAMOVA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 4 et 7 février 2024 à 15h09 et à 19h34, Mme A B, représentée par Me Yamova, demande au juge des référés :

1°) d'enjoindre au préfet du Nord, en application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de lui délivrer, dans les 48 heures, une carte de séjour temporaire mention " salarié " ou, à défaut, un récépissé de sa demande de renouvellement de sa carte de séjour temporaire mention " salarié ", l'autorisant à travailler, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que son contrat de travail, à durée indéterminée, a été suspendu à compter du 1er février 2024, du fait qu'elle ne dispose plus, depuis le 31 janvier 2024, date d'expiration de sa précédente carte de séjour mention " salarié ", d'un document de séjour l'autorisant à travailler ; elle est privée de sa seule source de revenus et de tout droit à l'assurance santé de son employeur et à des indemnités de chômage ; elle est de fait assignée à résidence dès lors qu'elle s'expose à un éloignement forcé vers son pays d'origine si elle sort de son domicile ;

- le comportement de l'administration porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au travail garanti par l'article 23 de la déclaration des droit de l'homme des Nations unies de 1948 et par l'article 15 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, au droit de disposer de moyens convenables d'existence garanti par " la Constitution " et à sa liberté d'aller et venir dès lors que sa demande de renouvellement de sa carte de séjour, déposée le 30 octobre 2023, était complète, de sorte qu'elle avait droit, en vertu de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à la délivrance d'un récépissé ; le récépissé auquel elle a droit, concernant une demande de titre de séjour l'autorisant à travailler, doit comporter la mention d'une autorisation de travailler, en vertu de l'article R. 431-15 du même code ;

- elle n'a jamais été informée du transfert de sa demande à la préfecture du Val-de-Marne ; ce transfert fait suite à une initiative erronée de l'organisme " Mobilité compliance ", dont elle n'a pas été informée et qui n'a pas été rectifiée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 février 2024 à 8h21, le préfet du Nord, représenté par Me Rannou conclut au rejet de la requête.

Il soutient que c'est la préfecture du Val-de-Marne qui instruit la demande de la requérante de sorte que la requête est dirigée contre une décision inexistante du préfet du Nord et que les conclusions tendant à la délivrance d'une carte de séjour temporaire sont irrecevables en référé. La condition d'urgence n'est pas satisfaite dès lors que l'intéressée ne fait l'objet d'aucune décision d'éloignement et ne justifie pas d'une situation de précarité particulière. Aucune atteinte à une liberté fondamentale ne peut être retenue à l'encontre du préfet du Nord, qui n'est pas compétent pour instruire la demande de la requérante.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Riou, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 8 février 2024 à 9 h, en présence de M. Potet, greffier, M. Riou, juge des référés, a lu son rapport et entendu Me Yamova, représentant Mme B, qui reprend les conclusions et moyens de la requête. Elle souligne qu'il n'est pas établi qu'une demande ait été faite en son nom par le prestataire de services auquel elle a recouru.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, né le 10 janvier 1990, de nationalité russe, était titulaire, depuis le 1er février 2023, d'une carte de séjour temporaire d'un an, mention " salarié ", expirant le 31 janvier 2024. Titulaire d'un contrat de travail à durée indéterminée, elle a présenté, par courrier recommandé avec accusé de réception reçu par la préfecture du Nord le 30 octobre 2023, une demande de renouvellement de cette carte de séjour temporaire. Elle demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un récépissé de sa demande de renouvellement de carte de séjour, l'autorisant à travailler.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".

3. D'une part, aux termes de l'article L. 431-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions dans lesquelles les demandes de titres de séjour sont déposées auprès de l'autorité administrative compétente sont fixées par voie réglementaire. ". Aux termes de l'article R. 431-3 du même code, applicable aux demandes de carte de séjour temporaire mention " salarié ", ne relevant pas du téléservice mentionné à l'article R. 431-2 de ce code : " La demande de titre de séjour ne figurant pas dans la liste mentionnée à l'article R. 431-2, est effectuée à Paris, à la préfecture de police et, dans les autres départements, à la préfecture ou à la sous-préfecture ". Et aux termes de l'article R. 431-20 du même code : " Sous réserve de l'exception prévue à l'article R. 426-3, le titre de séjour est délivré par le préfet du département dans lequel l'étranger a sa résidence et, à Paris, par le préfet de police ".

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 431-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La détention d'un document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour, d'une attestation de demande d'asile ou d'une autorisation provisoire de séjour autorise la présence de l'étranger en France sans préjuger de la décision définitive qui sera prise au regard de son droit au séjour. () ". Aux termes de l'article R. 431-12 de ce code : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. () ". Enfin, en vertu de l'article R. 431-15 de ce code : " Le récépissé de demande de renouvellement d'une carte de séjour permettant l'exercice d'une activité professionnelle autorise son titulaire à exercer une activité professionnelle. ".

5. Il résulte de l'instruction, à savoir du courrier adressé à la requérante par le préfet du Nord le 26 janvier 2024, de la copie d'écran du fichier national des étrangers produite par le préfet en défense, mais aussi du courriel, non daté, produit par la requérante, échangé entre elle et une " consultante " en immigration, qui serait mandatée par l'employeur de la requérante pour " l'assister " dans ses démarches administratives relatives à son séjour en France, qu'en dépit du dépôt de sa demande de renouvellement de carte de séjour auprès de la préfecture du Nord, qui l'a reçue le 30 octobre 2023, une demande de changement d'adresse a été formée pour une instruction de sa demande par la préfecture du Val-de-Marne. Les mentions concordantes des pièces précitées font état d'une demande validée le 2 novembre 2023. Il ne résulte d'aucune pièce du dossier qu'une autre demande de changement d'adresse ait été effectuée, après cette date, pour que le dossier soit de nouveau instruit par la préfecture du Nord. Dans ces conditions, dès lors qu'il ne ressort pas davantage du dossier que le transfert du dossier résulte d'un agissement du préfet du Nord, et sans qu'importe la circonstance que Mme B ne soit pas à l'origine de ce transfert, cette dernière ne justifie d'aucune atteinte à une liberté fondamentale de la part du préfet du Nord dans l'instruction de sa demande.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition d'urgence ou sur la recevabilité des conclusions tendant à la délivrance d'une carte de séjour, qui ne peuvent être présentées en référé, que l'une des conditions auxquelles l'article L. 521-2 du code de justice administrative subordonne la possibilité pour le juge des référés de prononcer une injonction n'est pas satisfaite. La requête de Mme B doit, par suite, être rejetée, y compris ses conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête présentée par Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie sera adressée, pour information, au préfet du Nord et au préfet du Val-de-Marne.

Fait à Lille, le 9 février 2024.

Le juge des référés,

Signé

J.M. Riou

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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