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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2401230

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2401230

lundi 22 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2401230
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantDEWAELE

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête, enregistrée le 2 février 2024, sous le n° 2401230, Mme A D, représentée par Me Dewaele, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 septembre 2023 par lequel le préfet du Nord lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans le délai de 15 jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou à défaut de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et ce dans un délai de 15 jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de sa renonciation au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale en l'absence d'examen particulier de sa situation par le préfet ;

- elle est entachée d'erreur de droit dès lors que le préfet s'est fondé à tort sur les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour rejeter sa demande ;

- elle est entachée d'erreur de droit dès lors que ni les dispositions de l'article L. 435-1, ni celles de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne conditionnent la délivrance du titre à la production d'un visa de long séjour ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'elle remplissait les conditions pour se voir délivrer le titre sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation eu égard à ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant délai de départ volontaire de trente jours :

- la décision attaquée est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- la décision attaquée est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 mars 2024, le préfet du Nord, représenté par Me Rannou, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 décembre 2023.

II. Par une requête, enregistrée le 2 février 2024, sous le n° 2401238, M. B C, représenté par Me Dewaele, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 septembre 2023 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une carte de séjour temporaire, à défaut de procéder à un nouvel examen de sa situation, dans un délai de 15 jours suivant la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de sa renonciation au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale en l'absence d'examen particulier de sa situation par le préfet, notamment au regard du fondement de sa demande de titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dans la mesure où le préfet n'a pas étudié sa demande au regard des critères prévus par les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 422-1 précitées dans la mesure où il remplit les conditions y figurant pour l'octroi d'un titre de séjour étudiant ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant délai de départ volontaire de 30 jours :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 mars 2024, le préfet du Nord, représenté par Me Rannou, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 décembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Féménia a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A D, ressortissante marocaine née le 1er janvier 1972 à Amizmiz (Maroc), est entrée en France dépourvue de visa le 27 août 2017. Elle a sollicité le 30 mars 2022 son admission exceptionnelle au séjour, sur le fondement de l'article L. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 22 septembre 2023 dont elle sollicite l'annulation, le préfet du Nord a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière.

2. M. B C, ressortissant marocain né le 21 juin 2004 à Milan (Italie), est entré en France dépourvu de visa le 27 août 2017. Il a sollicité, le 23 septembre 2022, la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " étudiant ". Par un arrêté du 22 septembre 2023 dont il sollicite l'annulation, le préfet du Nord a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière.

Sur la jonction :

3. Les requêtes susvisées n°2401230 et 2401238 , qui concernent les membres d'une même famille, présentent à juger des questions connexes et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur la requête n°2401230 :

En ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que, par une demande formée le 30 mars 2022, Mme D a sollicité son admission exceptionnelle au séjour au regard de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels. Or, il ressort des termes de la décision attaqué que, pour étudier sa demande et la rejeter, le préfet s'est fondé sur les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relatives à la délivrance à l'étranger d'un titre de séjour au regard des liens personnels et familiaux qu'il entretient en France. Dans ces conditions, la requérante est fondée à soutenir que le préfet du Nord n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation et qu'il a entaché sa décision d'erreur de droit en s'abstenant d'étudier sa demande au regard du fondement sollicité.

6. En deuxième lieu, en présence d'une demande de régularisation présentée, sur le fondement des dispositions précitées au point 4, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Il appartient seulement au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que l'administration n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation qu'elle a portée sur l'un ou l'autre de ces points.

7. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que Mme D a rejoint l'Italie avec son mari en 1999 où elle a vécu pendant 7 ans, puis a résidé en Belgique pendant 11 ans avant d'entrer irrégulièrement sur le territoire français en 2017, conséquemment à son divorce. Elle est hébergée, depuis 2018, dans un logement pris en charge par l'AFEJI Hauts-de-France avec ses quatre enfants dont il ressort des pièces du dossier qu'elle a seule la charge, trois d'entre eux étant nés en Italie en 2001, 2004 et 2005 et le benjamin, mineur, né en Belgique en 2008. Ces derniers sont, depuis leur arrivée en France, scolarisés. Il ressort également des pièces du dossier que Mme D est bénévole au sein de la Croix-Rouge de Maubeuge depuis 2019 où elle participe aux activités de l'unité locale ainsi qu'au Samu social, qu'elle était active au sein de l'association " Tout le monde a droit au bonheur " où elle a participé à la préparation de repas et aux maraudes en 2020, qu'elle est membre de l'Accueil Sambre Avesnois qui vient en aide aux personnes démunies depuis 2021, qu'elle était également membre du relais prison Sambre Avesnois en 2022 et qu'elle fait partie de la société de Saint-Vincent de Paul depuis 2023. En outre, elle a suivi une formation d'apprentissage de la langue française à compter de septembre 2020 et il ressort notamment de l'attestation de formation Dynamique vers l'Emploi-Cléa, qu'elle a suivie de janvier à juin 2023, qu'elle est en mesure de communiquer oralement, qu'elle fait preuve d'excellente prise d'initiative et de rapidité d'exécution, de sorte qu'elle justifie d'une intégration sociale. Il ressort également des pièces du dossier qu'elle s'est investie dans l'éducation de ses enfants et notamment dans la vie de l'établissement de son fils mineur ainsi que dans le suivi de son ainé qui a fait l'objet d'une prise en charge psychologique suite au développement d'une phobie scolaire majorée par un post-traumatisme à partir de 2019. En outre, s'il ressort des pièces du dossier que les parents de la requérante et sa sœur résident toujours au Maroc et qu'ainsi elle n'y serait pas dépourvue de toute attache, Mme D n'est cependant pas retournée dans son pays d'origine depuis 2004 et ses enfants, bien que de nationalité marocaine, n'y ont jamais séjourné. Dans ces conditions, Mme D est fondée à soutenir que le préfet du Nord a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En troisième et dernier lieu, aux termes des stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant :" Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un refus de séjour, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

9. En l'espèce, pour les mêmes motifs que ceux évoqués au point 7 et dans la mesure où le fils mineur de la requérante, qui, bien qu'il soit de nationalité marocaine, est né en Belgique, réside et est scolarisé en France depuis ses neuf ans et n'a jamais séjourné dans le pays dont il possède la nationalité, Mme D est fondée à soutenir que la décision attaquée porte atteinte à l'intérêt supérieur de cet enfant au sens des stipulations précitées du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

10. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme D est fondée à demander l'annulation de la décision portant refus de délivrance de titre de séjour au titre de l'admission exceptionnelle au séjour ainsi que, par voie de conséquence, des décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination.

En ce qui concerne les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

11. Eu égard aux motifs d'annulation retenus et à ce qui a été dit aux point 7 et 9, l'annulation de l'arrêté attaqué implique nécessairement, sous réserve d'un changement de circonstance de fait, que le préfet du Nord délivre à Mme D un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Il y a lieu d'enjoindre au préfet du Nord d'y procéder dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

En ce qui concerne les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

12. Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Dewaele, avocate de Mme D, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante, le versement à Me Dewaele d'une somme de 1 000 euros.

Sur la requête n° 2401238 :

En ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation :

13. En premier lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué que M. C a présenté, le 23 septembre 2022, une demande tendant à la délivrance d'un premier titre de séjour portant la mention " étudiant ". Or, si dans le corps de son arrêté le préfet fait expressément référence aux dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relatives à la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant ", il se borne, pour motiver le rejet de cette demande, à faire référence aux éléments relatifs à la vie familiale du requérant sans jamais faire mention de son parcours scolaire et étudiant. Dans ces conditions, M. C est fondé à soutenir que le préfet n'a pas effectué un examen réel et sérieux de sa situation et qu'il a, en motivant sa décision sur ces seuls éléments pour rejeter sa demande tendant à la délivrance d'un titre de séjour " étudiant ", entaché celle-ci d'erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

14. En second lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

15. Il ressort des pièces du dossier que M. C, célibataire et sans charge de famille, né en Italie en 2004 et ayant vécu de 2006 à 2017 en Belgique, est entré irrégulièrement sur le territoire français en 2017. Il y réside, depuis 2018, avec sa mère ainsi que ses deux frères, dont un est mineur, et sa sœur. Il a effectué son parcours scolaire en France depuis ses 13 ans, a obtenu le diplôme national du brevet puis le baccalauréat en 2022 et était inscrit, au titre de l'année universitaire 2022-2023, à l'institut national des sciences appliquées des Hauts-de-France en 1ère année de bachelor universitaire de technologie en génie mécanique et productique. Si, pour considérer que le refus de titre de séjour ne portait pas atteinte au droit au respect de la vie privée et familiale du requérant, le préfet du Nord s'est fondé sur la circonstance que M. C ne démontre pas que sa cellule familiale ne pourrait pas se reconstituer dans son pays d'origine, ni qu'il ne pourrait s'y insérer socialement et professionnellement, il ressort des points 10 et 11 du présent jugement que sa mère a vocation à rester sur le territoire français ainsi que son frère cadet. En outre, son père réside en Belgique et ses oncles en Belgique ou en Espagne. Si ses grands-parents maternels et sa tante résident quant à eux au Maroc, M. C, qui ne s'y est jamais rendu, ne les a jamais rencontrés, de sorte qu'il se retrouverait en situation d'isolement au Maroc où sa cellule familiale n'a pas vocation à se reconstituer. Dans ces conditions, le requérant est fondé à soutenir que l'arrêté attaqué a porté à son droit au respect à une vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision a été prise. Par suite, le préfet du Nord a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

16. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. C est fondé à demander l'annulation de la décision portant refus de délivrance de titre de séjour " étudiant " ainsi que, par voie de conséquence, des décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination.

En ce qui concerne les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

17. Eu égard aux motifs d'annulation retenus et à ce qui a été dit au point 15, l'annulation de l'arrêté attaqué implique nécessairement, sous réserve d'un changement de circonstance de fait, que le préfet du Nord délivre à M. C un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Il y a lieu d'enjoindre au préfet du Nord d'y procéder dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

En ce qui concerne les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

18. M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Dewaele, avocate de M. C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante, le versement à Me Dewaele d'une somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : Les arrêtés du 22 septembre 2023 par lesquels le préfet du Nord a refusé à Mme D et à M. C la délivrance d'un titre de séjour, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Nord de délivrer à Mme D et à M. C un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Dewaele une somme de 1 000 euros pour chacune des requêtes n° 2401230 et 2401238 en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L.761-1 du code de justice administrative, sous réserve que Me Dewaele renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D, à M. B C, à Me Dewaele et au préfet du Nord.

Délibéré après l'audience du 5 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Féménia, présidente-rapporteure,

M. Bourgau, premier conseiller,

M. Horn, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juillet 2024.

La présidente-rapporteur,

Signé

J. FÉMÉNIA

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

Signé

T. BOURGAU

La greffière,

Signé

S. DEREUMAUX

La République mande et ordonne au préfet du Nord, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

2 - 2401238

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