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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2401389

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2401389

jeudi 26 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2401389
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantLEBAS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 février 2024, M. A B, représenté par Me Lebas, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision par laquelle le préfet du Nord a implicitement rejeté sa demande reçue le 4 avril 2023 tendant à la délivrance d'une carte de résident ou au renouvellement de son titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une carte de résident ou, à défaut, de procéder à un nouvel examen de sa demande et de lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler, en toute hypothèse dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à Me Lebas, son avocat, de la somme de 1 200 euros, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision méconnaît les dispositions des articles L. 433-7 et L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il réside en France depuis plus de vingt ans et qu'il justifie d'une insertion professionnelle lui permettant d'avoir des ressources suffisantes pour assumer ses charges ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas produit de mémoire en défense.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 décembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 en matière de séjour et d'emploi ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Fougères a été entendu au cours de l'audience publique.

Une note en délibéré, présentée par le préfet du Nord, a été enregistrée le 13 décembre 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain né le 12 novembre 1986 à Tanger (Maroc) et déclarant être entré sur le territoire français le 1er juin 2002, a obtenu le 19 mai 2011 une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", régulièrement renouvelée jusqu'au 19 juin 2023. Il a présenté, par lettre recommandée avec accusé de réception reçue le 4 avril 2023, une demande tendant à la délivrance d'une carte de résident ou au renouvellement de son titre de séjour. En l'absence de réponse, par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus de délivrance d'une carte de résident :

2. En premier lieu, en vertu de l'article L. 433-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, un étranger en situation régulière peut demander la délivrance d'une carte de résident. Aux termes de l'article L. 426-17 de ce code : " L'étranger qui justifie d'une résidence régulière ininterrompue d'au moins cinq ans en France au titre d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident, de ressources stables, régulières et suffisantes pour subvenir à ses besoins et d'une assurance maladie se voit délivrer, sous réserve des exceptions prévues à l'article L. 426-18, une carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " d'une durée de dix ans. / () / Les ressources mentionnées au premier alinéa doivent atteindre un montant au moins égal au salaire minimum de croissance. Sont prises

en compte toutes les ressources propres du demandeur, indépendamment des prestations familiales et des allocations prévues à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles ainsi qu'aux articles L. 5423-1, L. 5423-2 et L. 5423-3 du code du travail. / () ".

3. Si M. B réside, à la date de la décision attaquée, régulièrement et de manière ininterrompue depuis au moins cinq années sur le territoire français, il ressort des pièces du dossier qu'il ne dispose pas de ressources stables, régulières et suffisantes, de sorte qu'il n'est pas fondé à se prévaloir des dispositions des articles cités au point qui précède.

4. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. Les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne sauraient être regardées comme imposant à un État de délivrer un type particulier de titre de séjour, de sorte que le requérant ne saurait utilement se prévaloir de ces stipulations à l'appui de sa demande de délivrance d'une carte de résident.

6. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à solliciter l'annulation de la décision lui refusant implicitement la délivrance d'une carte de résident.

En ce qui concerne le refus de renouvellement du titre de séjour :

7. M. B soutient sans être contesté qu'il est arrivé en France le 1er juin 2002, alors qu'il était âgé de quinze ans, et qu'il réside en France sans discontinuité depuis cette date. Il ressort des pièces du dossier qu'il bénéficie de titres de séjour régulièrement renouvelés depuis le 19 mai 2011 et qu'il réside à la même adresse depuis mai 2012. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B conserverait des liens familiaux dans son pays d'origine. Enfin, le requérant établit travailler assez régulièrement comme chauffeur pour Uber ou encore en intérim. Dans ces circonstances, compte tenu de la durée de présence en France de M. B, arrivé mineur, en lui refusant un titre de séjour, le préfet du Nord a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales citées au point 4.

8. Il résulte de ce qui précède que la décision par laquelle le préfet du Nord a implicitement refusé le renouvellement de la carte de séjour de M. B par courrier recommandé reçu le 4 avril 2023 doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

9. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ".

10. L'exécution du présent jugement implique nécessairement et uniquement que le préfet du Nord délivre à M. B une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ". Il y a donc lieu de lui enjoindre d'y procéder dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

11. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. En conséquence, son conseil peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Lebas, conseil de M. B, d'une somme de 1 200 euros, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

D É C I D E :

Article 1er : La décision par laquelle le préfet du Nord a implicitement rejeté la demande de renouvellement du titre de séjour de M. B qu'il a sollicitée par lettre recommandée reçue le 4 avril 2023 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Nord de délivrer à M. B une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera à Me Lebas, conseil de M. B, une somme de 1 200 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Quentin Lebas et au préfet du Nord.

Copie en sera adressée pour information au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 4 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Cotte, président,

M. Fougères, premier conseiller,

M. Goujon, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 décembre 2024.

Le rapporteur,

signé

V. Fougères

Le président,

signé

O. Cotte La greffière,

signé

C. Lejeune

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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