jeudi 18 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2401591 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | DELHALLE |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 14 février 2024, enregistrée au greffe le même jour, la présidente du tribunal administratif d'Amiens a transmis au tribunal, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée pour M. B A.
Par une requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif d'Amiens le 13 février 2024, M. B A, représenté par Me Delhalle, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté en date du 12 février 2024 par lequel le préfet de la Somme lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Somme de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer en l'attente une autorisation provisoire de séjour.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision faisant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'une erreur de fait ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
- elle méconnaît les dispositions du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce qu'il ne présente pas de risque de soustraction.
La requête a été communiquée au préfet de la Somme qui n'a pas produit de mémoire en défense.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Lille en date du 22 avril 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention d'application de l'accord de Schengen du 14 juin 1985, signée à Schengen le 19 juin 1990 ;
- le règlement (UE) n° 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 ;
- le règlement (UE) n° 2018/1806 du Parlement européen et du Conseil du 14 novembre 2018 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Bonhomme en application de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Bonhomme, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant serbe né le 15 janvier 1999, demande l'annulation de l'arrêté en date du 12 février 2024 par lequel le préfet de la Somme lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. M. A ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 22 avril 2024, ses conclusions tendant à se voir admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision faisant obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, si M. A soutient que la décision par laquelle le préfet de la Somme lui a fait obligation de quitter le territoire français est entaché d'une erreur de fait, il n'assortit ce moyen d'aucune précision suffisante permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, ce moyen doit être écarté.
4. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
5. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du procès-verbal de l'audition de M. A réalisée le 11 février 2024 par les services de police, que le requérant indique être arrivé en France depuis quatre mois. S'il se prévaut de la présence à ses côtés de sa compagne de nationalité serbe, qui serait enceinte de ses œuvres, de sa fille âgée de quatre ans, ainsi que de membres de sa famille, à savoir sa mère, son frère et sa sœur, ces derniers sont également en situation irrégulière sur le territoire français et n'ont pas vocation à s'y maintenir. Rien ne s'oppose dès lors à ce que la cellule familiale du requérant se reconstitue en Serbie où l'intéressé a vécu jusqu'à très récemment. Dans ces conditions, compte tenu de la courte durée de présence de M. A en France et de son absence d'attaches sur le territoire français, où, hormis la présence de membres de sa famille, il ne se prévaut d'aucun lien privilégié ni d'une insertion particulière, le préfet de la Somme n'a pas, en faisant obligation à M. A de quitter le territoire français, porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
6. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". L'article L. 612-3 du même code précise que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () ; / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / () ; / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité () ".
7. Pour retenir l'existence d'un risque que M. A se soustraie à la mesure d'éloignement dont il fait l'objet, le préfet de la Somme s'est notamment fondé sur le 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au motif que l'intéressé ne pouvait présenter de document d'identité ou de voyage en cours de validité. Or, il ressort du procès-verbal d'audition de M. A devant les services de police que le requérant a indiqué être en possession d'un document d'identité en cours de validité, précisant à deux reprises que ce document se trouvait à son domicile à Douai. M. A justifie, dans le cadre de l'instance, être effectivement titulaire d'un passeport en cours de validité délivré par les autorités serbes. Dans ces conditions, c'est à tort que le préfet de la Somme s'est fondé sur le 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité pour estimer que l'intéressé ne présentait pas des garanties de représentation suffisantes. En outre, si M. A a pu indiquer lors de son audition ne pas être d'accord avec la mesure d'éloignement qui pourrait être prononcée à son encontre et préférer rester en France, il a également ajouté " Si jamais il le faut, j'achète moi-même le billet de retour. Je devais repartir bientôt par mes propres moyens ", de sorte que les déclarations de l'intéressé ne peuvent être regardées comme exprimant de façon explicite son intention de ne pas se conformer à l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre. Dès lors, le préfet de la Somme ne pouvait également se fonder sur le 4° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité pour retenir l'existence d'un risque de soustraction à la mesure d'éloignement. Toutefois, l'autorité préfectorale s'est également fondée pour prendre la décision attaquée sur le 1° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité. A cet égard, si M. A justifie être en possession d'un passeport en cours de validité délivré par les autorités serbes le dispensant de visa, conformément au règlement (UE) n° 2018/1806 du Parlement européen et du Conseil fixant la liste des ressortissants des pays tiers exemptés de l'obligation de visa, il ne justifie ni même n'allègue qu'il remplissait les conditions d'entrée prévues par l'article 20 de la convention d'application de l'accord de Schengen signée le 19 juin 1990, par l'article 6 du règlement (UE) n° 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 et par l'article L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de sorte que la régularité de son entrée en France n'est pas démontrée. Il n'est enfin pas contesté que depuis son entrée en France, il n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Dès lors, le préfet de la Somme pouvait légalement se fonder sur le 1° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour retenir, pour ce seul motif, l'existence d'un risque que M. A se soustraie à la mesure d'éloignement et, par suite, pour lui refuser un délai de départ volontaire. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
8. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 12 février 2024 par lequel le préfet de la Somme lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction.
DÉCIDE :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête de M. A tendant à se voir accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Somme.
Rendu public par mise à disposition au greffe le juillet 2024.
La magistrate désignée,
signé
F. BONHOMMELa greffière
signé
N. BELHARRET
La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2401591
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026