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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2401738

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2401738

jeudi 22 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2401738
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantPERINAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 février 2024, Mme E B, agissant en qualité de représentante légale de sa fille mineure, D C, représentée par Me Perinaud, demande au juge des référés :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner à l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), en application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de recevoir D C pour l'entretien personnel d'évaluation de vulnérabilité et de lui proposer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, sans délai, sous astreinte de 100 euros par jour de retard sur le fondement des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative ;

3°) à titre subsidiaire, d'ordonner à l'OFII de la recevoir pour l'entretien personnel d'évaluation de vulnérabilité et d'examiner son droit aux conditions matérielles d'accueil, sans délai sous astreinte de 100 euros par jour de retard sur le fondement des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII le versement d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que la famille de D, âgée de six mois, se trouve en situation de grande précarité et de vulnérabilité, que Mme B n'a pas de ressources, ne peut bénéficier d'un hébergement par des compatriotes que de manière précaire et est inscrite sur la liste d'attente pour un hébergement d'urgence ;

- la décision méconnaît les dispositions des articles L. 522-1, L. 522-3 et L. 551-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et porte une atteinte grave et manifestement illégale aux exigences découlant du droit d'asile ; l'absence de proposition d'octroi des conditions matérielles d'accueil maintient l'enfant et sa mère en situation de grande précarité depuis le 1er septembre 2023, malgré l'examen en cours de la demande d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 février 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la condition d'urgence n'est pas remplie et qu'aucune atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale ne peut être caractérisée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile :

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Bergerat, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 21 février 2024 à 14h, en présence de Mme Benkhedim, greffière, Mme Bergerat, juge des référés, a lu son rapport et entendu :

- Me Verhaegen, substituant Me Perinaud, représentant Mme B, qui reprend les conclusions et moyens de la requête et soutient, en outre, que si Mme B a indiqué lors de son entretien personnel être hébergée, elle a précisé que cet hébergement est précaire, qu'elle a informé l'OFII de sa situation au moyen de l'adresse électronique régulièrement utilisée pour communiquer avec l'OFII, que ce n'est pas à Mme B de solliciter le bénéfice des conditions matérielles d'accueil mais à l'OFII de les proposer dès lors qu'il s'agit d'un droit concomitant à la demande d'asile, que l'état de vulnérabilité n'est pas discutable dès lors qu'est en cause un nourrisson de six mois et que Mme B ne dispose que d'une aide de 150 euros tous les quatre mois ;

- l'OFII n'est ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D C, de nationalité guinéenne, est née en France le 8 août 2023. Sa mère, E B, de nationalité guinéenne, est entrée en France le 7 juin 2023. Une demande d'asile présentée par Mme B, en qualité de représentante légale de sa fille mineure, a été enregistrée le 1er septembre 2023 et une attestation de demande d'asile en procédure normale a été délivrée. Le 18 octobre 2023, Mme B a présenté une demande d'asile en son nom, enregistrée en procédure accélérée et s'est vue refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Mme B, agissant en qualité de représentante légale de sa fille mineure, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'ordonner à l'OFII de recevoir D C pour l'entretien personnel d'évaluation de vulnérabilité et de lui proposer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou, à titre subsidiaire, d'examiner son droit aux conditions matérielles d'accueil.

Sur la demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Au cas d'espèce, en raison de l'urgence qui s'attache au règlement du présent litige, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de Mme B, agissant en qualité de représentante légale de sa fille mineure, D C, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".

4. L'usage par le juge des référés des pouvoirs qu'il tient des dispositions de l'article L. 521-2 est subordonné à la condition qu'une urgence particulière rende nécessaire l'intervention dans les quarante-huit heures d'une mesure de sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle il est porté atteinte. La seule circonstance qu'une atteinte à une liberté fondamentale serait avérée n'est pas de nature à caractériser l'existence d'une situation d'urgence particulière justifiant l'intervention du juge des référés dans le très bref délai prévu par les dispositions de l'article L. 521-2. Il appartient ainsi au requérant de justifier dans tous les cas de l'urgence, laquelle ne saurait être regardée comme remplie en l'absence d'éléments concrets, propres à chaque espèce, de nature à établir l'urgence des mesures sollicitées dans le cadre de cette procédure particulière de référé qui implique l'intervention du juge dans les plus brefs délais.

5. Pour justifier de l'urgence à statuer, Mme B, agissant en qualité de représentante légale de sa fille mineure, D C, fait valoir que sa fille, âgée de six mois, vit dans une situation d'extrême précarité puisque la cellule familiale composée de l'enfant et de sa mère ne dispose d'aucune ressource et d'aucun logement personnel. Si l'OFII fait valoir que, lors de son entretien personnel le 18 octobre 2023, Mme B a indiqué être hébergée, il résulte de la fiche " évaluation de vulnérabilité " établie à cette occasion qu'elle a précisé que cet hébergement était précaire. En outre, il résulte de la note sociale rédigée le 11 janvier 2024 par une assistante sociale du département du Nord que Mme B alterne différents lieux d'hébergement avec son enfant et occupe parfois la cave d'un immeuble quand elle ne trouve pas de solution d'hébergement. En outre, elle bénéfice seulement d'une aide départementale de 150 euros tous les quatre mois et de l'aide ponctuelle d'associations caritatives. Compte tenu de la situation de précarité dans laquelle se trouve D C et de sa vulnérabilité liée à son âge, Mme B doit être regardée comme justifiant de la condition d'urgence requise par les dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.

6. Aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. () Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. () ". En outre, aux termes de l'article L. 522-3 de ce code : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs () ". A, aux termes de l'article L. 551-9 du même code : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de sa demande par l'autorité administrative compétente ".

7. Si la privation du bénéfice des mesures prévues par la loi afin de garantir aux demandeurs d'asile des conditions matérielles d'accueil décentes, jusqu'à ce qu'il ait été statué sur leur demande, est susceptible de constituer une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté fondamentale que constitue le droit d'asile, le caractère grave et manifestement illégal d'une telle atteinte s'apprécie en tenant compte des moyens dont dispose l'autorité administrative compétente et de la situation du demandeur. Ainsi, le juge des référés ne peut faire usage des pouvoirs qu'il tient de l'article L. 521-2 du code de justice administrative en adressant une injonction à l'administration que dans le cas où, d'une part, le comportement de celle-ci fait apparaître une méconnaissance manifeste des exigences qui découlent du droit d'asile et où, d'autre part, il résulte de ce comportement des conséquences graves pour le demandeur d'asile, compte tenu notamment de son âge, de son état de santé ou de sa situation familiale. Il incombe au juge des référés d'apprécier, dans chaque situation, les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de santé et de la situation familiale de la personne intéressée.

8. Il résulte de l'instruction que la demande d'asile de D C a été enregistrée le 1er septembre 2023. Si l'OFII fait valoir, d'une part, que Mme B n'établit pas l'avoir sollicité pour l'ouverture des conditions matérielles d'accueil pour son enfant mineur, il résulte des dispositions précitées que l'entretien personnel prévu par l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas soumis à une demande du demandeur d'asile mais est réalisé conséquemment à l'enregistrement de la demande d'asile. D'autre part, si l'OFII fait valoir que la famille bénéficie d'un hébergement même précaire et d'une aide financière, il résulte toutefois de la note sociale précitée qu'en dépit de ces subsides très modestes, Mme B est dans une situation de grande précarité financière et matérielle. Par suite, eu égard à la situation de D C, âgée de six mois, qui est à ce jour dépourvue de logement et de ressources suffisantes, l'OFII, en s'abstenant de convoquer dans un délai raisonnable D C pour l'entretien personnel et l'évaluation de sa vulnérabilité a porté une atteinte grave et manifestement illégale au droit d'asile.

9. Par conséquent, il y a lieu d'enjoindre à l'OFII, de convoquer D C pour procéder à l'entretien personnel et à l'examen de vulnérabilité ainsi que d'examiner son droit aux conditions matérielles d'accueil, dans un délai de quatre jours à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

Sur les frais du litige :

10. Mme B, agissant en qualité de représentante légale de sa fille mineure, D C, est admise à l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Perinaud, avocat de Mme B renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'OFII le versement à Me Perinaud de la somme de 800 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 800 euros sera versée à Mme B.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme B, agissant en qualité de représentante légale de sa fille mineure, D C, est admise provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Il est enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de convoquer D C pour procéder à l'entretien personnel et à l'examen de vulnérabilité ainsi que d'examiner son droit aux conditions matérielles d'accueil, dans un délai de quatre jours à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme B, agissant en qualité de représentante légale de sa fille mineure, D C, à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Perinaud renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, l'Office français de l'immigration et de l'intégration versera à Me Perinaud, avocat de Mme B, une somme de 800 euros, en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 800 euros sera versée à Mme B.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme E B, agissant en qualité de représentante légale de sa fille mineure, D C, à Me Perinaud, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.

Une copie sera adressée pour information au préfet du Nord.

Fait à Lille, le 22 février 2024.

La juge des référés,

signé

S. BERGERAT

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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