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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2401787

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2401787

mardi 12 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2401787
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantNAUDIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 février 2024, M. D F alias A B, demande au tribunal d'annuler la décision du 14 février 2024 par laquelle la préfète de l'Oise a fixé l'Algérie comme pays de destination de l'interdiction judiciaire définitive du territoire français, prononcée à son encontre par la Cour d'assises de Paris le 7 mai 2018.

Il soutient que la décision attaquée :

- mentionne de manière imprécise les voies et délais de recours eu égard au contexte carcéral ;

- a été édictée par une autorité incompétente ;

- est insuffisamment motivée ;

- et est empreinte d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 février 2024, la préfète de l'Oise a conclu au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- à titre principal, la requête, qui n'est pas assortie de conclusions et de moyens et qui est tardive, est irrecevable ;

- à titre subsidiaire, elle est également irrecevable dès lors que les moyens soulevés ne sont pas assortis de précision suffisante permettant d'en apprécier le bien-fondé ;

- à titre infiniment subsidiaire, les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu la décision attaquée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

Le président du tribunal a désigné M. Larue en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience qui s'est tenue à huis clos :

- le rapport de M. Larue, magistrat désigné ;

- les observations de Me Naudin, représentant M. F, qui a conclu aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;

- et les observations de M. F, assisté de Mme C E, interprète en langue arabe, qui a répondu aux questions qui lui ont été posées ;

- la préfète de l'Oise n'étant ni présente, ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. M. F, alias M. B, ou M. A compte tenu du nom de son père, ressortissant algérien né le 28 juin 1982 ou le 26 juin 1985, serait entré en France en 2010, à l'âge de 28 ans. La Cour d'assises de Paris l'a condamné, le 7 mai 2018, à une peine de douze ans de réclusion criminelle notamment pour avoir tenté de volontairement donner la mort à deux personnes, assortie d'une interdiction judiciaire définitive du territoire français. Par l'arrêté attaqué, la préfète de l'Oise a fixé l'Algérie comme pays de destination de cette mesure d'éloignement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. Par un arrêté du 30 octobre 2023, publié le jour même au recueil spécial des actes administratifs des services de l'Etat dans le département, la préfète de l'Oise a donné délégation à M. Frédéric Bovet, secrétaire général de la préfecture, sous-préfet de de Beauvais, signataire de l'arrêté en litige, à l'effet de signer, notamment, la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision en litige manque en fait et doit, dès lors, être écarté.

3. En deuxième lieu, la préfète de l'Oise énonce avec suffisamment de précisions les considérations de fait et de droit sur lesquelles elle fonde sa décision. Par suite, le moyen, tiré de ce que la décision attaquée serait insuffisamment motivée, doit être écarté.

4. En troisième lieu, M. F, alias B, ne saurait, en tout état de cause, utilement se prévaloir de ce que la décision attaquée ne mentionnerait pas de manière suffisamment précise les voies et délais de recours, les conditions de notification d'une décision étant sans incidence sur sa légalité.

5. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 641-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La peine d'interdiction du territoire français susceptible d'être prononcée contre un étranger coupable d'un crime ou d'un délit est régie par les dispositions des articles 131-30, 131-30-1 et 131-30-2 du code pénal. ". Aux termes de l'article 131-30 du code pénal : " Lorsqu'elle est prévue par la loi, la peine d'interdiction du territoire français peut être prononcée, à titre définitif ou pour une durée de dix ans au plus, à l'encontre de tout étranger coupable d'un crime ou d'un délit. / L'interdiction du territoire entraîne de plein droit la reconduite du condamné à la frontière, le cas échéant, à l'expiration de sa peine d'emprisonnement ou de réclusion. () ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 721-3 du même code : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une décision de mise en œuvre d'une décision prise par un autre État, d'une interdiction de circulation sur le territoire français, d'une décision d'expulsion, d'une peine d'interdiction du territoire français ou d'une interdiction administrative du territoire français. ". L'article L. 721-4 de ce code dispose que : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; /3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible.

Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Il résulte de ces dispositions qu'aussi longtemps que la personne condamnée n'a pas obtenu de la juridiction qui a prononcé la condamnation pénale le relèvement de la peine d'interdiction du territoire dont elle fait l'objet, l'autorité administrative est tenue de pourvoir à son exécution, sous réserve que la décision fixant le pays de renvoi ne l'expose pas à être éloignée à destination d'un pays dans lequel sa vie ou sa liberté seraient menacées et où elle serait exposée à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et aux stipulations de l'article 3 de la convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants.

6. En l'espèce M. F, alias B, ne s'est prévalu ni lors de ses auditions par les services de police, ni dans ses écritures, de craintes personnelles en cas de retour en Algérie, qu'il déclarait avoir quitté par crainte du terrorisme. En outre, il n'a jamais formulé de demande d'asile en France alors même qu'il allègue résider depuis 2010. Et s'il a mentionné, pour la première fois devant le juge de la détention et de la liberté, avoir été victime, enfant, de graves sévices, il n'a pas su préciser, à l'audience, l'auteur des faits incestueux dont il aurait été victime, se bornant à évoquer, sans plus de précisions, des voisins de ses parents, qui aurait également été des cousins. Il n'est donc pas fondé, en l'absence de déclarations précises de nature à établir les traumatismes dont il se prévaut, pour la première fois, depuis son placement en rétention administrative, que la décision attaquée serait empreinte d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle.

7. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir soulevées en défense, que M. F n'est pas fondé à solliciter l'annulation de la décision du 14 février 2024 par laquelle la préfète de l'Oise a fixé l'Algérie comme pays de destination de l'interdiction judiciaire définitive du territoire français, prononcée à son encontre par la Cour d'assises de Paris le 7 mai 2018.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D F alias A B et à la préfète de l'Oise.

Lu en audience publique le 12 mars 2024.

Le magistrat désigné,

Signé,

X. LARUE

La greffière,

Signé,

L. CAMAU

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2401787

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