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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2401934

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2401934

vendredi 5 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2401934
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantWEINBERG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 février 2024, M. A B, représenté par Me Weinberg, demande au tribunal d'annuler l'arrêté en date du 21 février 2024 du préfet de la Somme décidant son maintien en rétention administrative à la suite de sa demande d'asile formée en rétention administrative.

Il soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 mars 2024, le préfet de la Somme conclut au rejet de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Krawczyk en application de l'article L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Krawczyk, magistrat désigné ;

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant géorgien né le 12 décembre 1972, conteste l'arrêté en date du 21 février 2024 du préfet de la Somme décidant son maintien en rétention administrative à la suite de sa demande d'asile formée en rétention administrative.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. La décision attaquée vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application, et notamment l'article L. 754-3 de ce code qui constitue la base légale de la décision attaquée. Le préfet s'est prononcé sur le caractère de la demande de M. B conformément aux dispositions de l'article L. 754-3 du code précité. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. Aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A son arrivée au centre de rétention, l'étranger reçoit notification des droits qu'il est susceptible d'exercer en matière de demande d'asile. A cette fin, il peut bénéficier d'une assistance juridique et linguistique. Lui sont notamment indiquées les conditions de recevabilité d'une demande d'asile formée en rétention prévues à l'article L. 754-1 ". Aux termes de l'article R. 744-17 du même code : " L'administration met un interprète à la disposition des étrangers maintenus en centre ou en local de rétention administrative qui ne comprennent pas le français, dans le seul cadre des procédures d'éloignement dont ils font l'objet et des demandes d'asile ". Aux termes de l'article R. 744-20 de ce code : " Pour permettre l'exercice effectif de leurs droits par les étrangers maintenus dans un centre de rétention administrative, le ministre chargé de l'immigration conclut une convention avec une ou plusieurs personnes morales ayant pour mission d'informer les étrangers et de les aider à exercer leurs droits ".

4. Si M. B soutient qu'il n'a pas bénéficié d'une assistance linguistique mise à disposition par l'administration, la méconnaissance des dispositions précitées a pour seul effet de faire obstacle à ce que le délai au terme duquel la demande d'asile est considérée comme irrecevable puisse courir, mais est sans incidence sur la légalité de la décision en litige qui se borne à prononcer le maintien en rétention administrative du demandeur le temps de l'examen de sa demande d'asile. En tout état de cause, il ressort du procès-verbal de notification des droits en rétention et en matière d'asile, que, dès son arrivée au centre de rétention administrative le 17 novembre 2023, M. B a été informé, par le truchement d'un interprète en langue géorgienne qu'il comprend comme cela est mentionné sur le procès-verbal de placement en rétention signé par l'intéressé, de ce qu'il pouvait bénéficier d'un interprète pendant toute la période de la rétention et d'une assistance linguistique pour préparer sa demande d'asile. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant ait demandé vainement à être aidé d'un interprète pour rédiger sa demande d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point précédent doit être écarté.

5. Aux termes de l'article L. 754-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'un étranger placé ou maintenu en rétention présente une demande d'asile, l'autorité administrative peut procéder, pendant la rétention, à la détermination de l'État responsable de l'examen de cette demande conformément à l'article L. 571-1 et, le cas échéant, à l'exécution d'office du transfert dans les conditions prévues à l'article L. 751-13. ". En outre, aux termes de l'article L. 754-3 du même code : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ. ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré en France en 2015. Il a fait l'objet d'une interdiction définitive du territoire par un jugement en date du 25 janvier 2021 rendu par le tribunal judiciaire de Paris. Le préfet de l'Orne a fixé le pays de destination de son éloignement le 10 novembre 2023. M. B n'a entrepris aucune démarche afin de solliciter l'asile depuis son entrée en France jusqu'à son placement en rétention administrative le 17 novembre 2023. Par suite, le préfet de la Somme a pu, sans entacher sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions précitées de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, estimer que la demande d'asile formée le 21 février 2024 par M. B en rétention était présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement et maintenir ce dernier en rétention le temps de l'examen de cette demande par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides.

7. Il résulte de tout ce qui précède, que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 21 février 2024 par lequel le préfet de la Somme l'a maintenu en rétention le temps de l'examen de sa demande d'asile.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Somme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 avril 2024.

.

Le magistrat désigné,

Signé,

J. KRAWCZYK

La greffière,

Signé,

N. CARPENTIER

La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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