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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2402240

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2402240

jeudi 27 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2402240
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantGREENLAW AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er mars 2024, M. B A, représenté par Me Lefevre, demande au juge des référés :

1°) statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision du 15 décembre 2023 par laquelle la commission de discipline de l'université Littoral Côte d'Opale a prononcé son exclusion de l'université pour une durée de 18 mois ;

2°) d'enjoindre à l'université Littoral Côte d'Opale de le réintégrer afin de lui permettre de se présenter aux examens de la deuxième session, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'université Littoral Côte d'Opale la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 mars 2024, l'université du Littoral Côte d'Opale, représentée par Me Deldique, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 000 euros soit mis à la charge de M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Vu :

- la copie de la requête à fin d'annulation de la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Robbe, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 13 mars 2024 à 15h15, en présence de M. Potet, greffier, M. Robbe, juge des référés, a lu son rapport et entendu :

- Me Lefevre, représentant M. A ;

- et Me Deldique, représentant l'université du Littoral Côte d'Opale.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A est inscrit, au titre de l'année universitaire 2023/2024, en troisième année du cycle ingénieur de la spécialité informatique au sein de l'école d'ingénieur du Littoral Côte d'Opale (EILCO), rattachée à l'université du Littoral Côte d'Opale (ULCO). Le directeur de cette université a, le 19 octobre 2023, engagé des poursuites disciplinaires à son encontre, et, à la suite d'une audition préalable, un rapport d'instruction a été établi le 21 novembre 2023. La commission de discipline compétente à l'égard des usagers, réunie le 15 décembre 2023, a prononcé à son encontre la sanction de l'exclusion de l'établissement pour une durée de 18 mois. M. A demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette sanction.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. Il appartient au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative d'une demande tendant à la suspension d'une décision administrative, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de cette décision sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence, qui doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, justifie la suspension de l'exécution d'un acte administratif lorsque celle-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. L'office du juge des référés, saisi de conclusions à fin de suspension, le conduit à porter sur l'urgence une appréciation objective, concrète et globale, au vu de l'ensemble des intérêts en présence, afin de déterminer si, dans les circonstances particulières de chaque affaire, il y a lieu d'ordonner une mesure conservatoire à effet provisoire dans l'attente du jugement au fond de la requête à fin d'annulation de la décision contestée. Par ailleurs, lorsque le juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'une décision administrative, recherche si la condition d'urgence est remplie, il lui appartient de rapprocher d'une part, les motifs invoqués par le requérant pour soutenir qu'il est satisfait à cette condition et, d'autre part, la diligence avec laquelle il a, par ailleurs, introduit ces conclusions.

4. Si, pour justifier l'urgence qui s'attache, selon lui, à suspendre l'exécution de la décision en litige, M. A soutient, en premier lieu, que, à la suite de celle-ci, son contrat de professionnalisation, conclu en alternance dans le cadre de ses études, a été rompu, il se borne, à l'appui de cette allégation, à produire un certificat de travail mentionnant le recrutement de l'intéressé sur trois périodes distinctes, dont la dernière allant du 1er décembre 2023 au 12 janvier 2024, en qualité d'ingénieur logiciel, ce certificat n'établissant, ainsi que le relève d'ailleurs l'ULCI, ni le caractère professionnalisant de cette activité professionnelle, ni la réalité de ce que cette fin de contrat serait intervenue en raison de la décision en litige. Si M. A soutient également, en deuxième lieu, que cette décision a pour effet de l'empêcher d'achever son année et de se présenter aux examens en vue de l'obtention de son diplôme, il ne justifie pas des motifs pour lesquels il n'a saisi le juge des référés qu'environ deux mois et demi après l'édiction de celle-ci, contribuant ainsi à la situation d'urgence qu'il invoque, alors que l'ULCO fait valoir en défense, sans être sérieusement contredite sur ce point, que la décision d'exclusion ayant été prise le 15 décembre 2023, et les examens du premier semestre s'étant déroulés en février 2024, l'intéressé aurait pu s'inscrire au sein d'un autre établissement d'enseignement supérieur pour poursuivre sa formation, y compris au titre du second semestre de l'année universitaire en cours. En troisième lieu, les répercussions psychologiques de la décision en litige, invoquées par le requérant au titre de l'urgence et telles qu'elles sont mentionnées dans l'attestation rédigée par un psychologue, n'apparaissent pas telles que la santé de l'intéressé serait gravement et immédiatement compromise. Enfin, le risque que M. A se voit opposer, en raison de la décision en litige, à un refus à sa demande de renouvellement de son titre de séjour, présente un caractère purement éventuel, cette décision ne faisant, d'ailleurs, pas obstacle à ce que l'intéressé s'inscrive, au titre de l'année universitaire 2024/2025, au sein d'un autre établissement d'enseignement. Par suite, la condition d'urgence, exigée par les dispositions susmentionnées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, n'est pas établie.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin de suspension et d'injonction présentées par M. A doivent être rejetées.

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'ULCO, qui n'est pas, dans la présente instance, partie perdante, la somme réclamée au titre des frais du procès par M. A C n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de l'ULCO tendant à l'application à son profit de ces mêmes dispositions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée

Article 2 : Les conclusions présentées par l'université du Littoral Côte d'Opale au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et à l'université du Littoral Côte d'Opale

Fait à Lille, le 27 juin 2024.

Le juge des référés,

Signé,

J. ROBBE

La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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