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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2402896

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2402896

vendredi 5 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2402896
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantGUILLAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 mars 2024, M. C B, représenté par Me Guillaud, demande au juge des référés :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 1er novembre 2023 par laquelle le préfet du Nord a implicitement refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour pour soins formulée le 1er septembre 2023 par une demande de rendez-vous, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

3°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 1er janvier 2024 portant refus implicite de délivrance de titre de séjour, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

4°) d'enjoindre à l'administration de fixer un rendez-vous et de le convoquer pour le dépôt et l'enregistrement de sa demande de titre de séjour pour soins, sous astreinte de 155 euros par jour de retard et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 48 heures à compter de la décision à venir, en application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative ;

5°) d'enjoindre à l'administration de réexaminer sa situation sous astreinte de 155 euros par jour de retard et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 48 heures à compter de la décision à venir, en application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative ;

6°) de condamner l'Etat à verser à son conseil la somme de 1 500 euros, en contrepartie de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, en application de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

7°) en cas de rejet de la demande d'aide juridictionnelle, de condamner l'Etat à lui verser la somme de 1500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- La condition d'urgence est satisfaite en raison de son état de santé et de son suivi médical étroit, de la précarité administrative compromettant le projet thérapeutique et le suivi médical, de sa situation familiale et des dépenses quotidiennes dans un contexte de vulnérabilité extrême ;

- Il existe un doute sérieux quant à la décision portant refus d'enregistrement de sa demande de titre de séjour : le préfet ne justifie pas que la décision contestée a été adoptée par une autorité compétente ; absence d'examen sérieux de sa situation ; erreur de droit en ce que le préfet était tenu de procéder à l'enregistrement de sa demande dès lors que son dossier était complet et n'était ni abusif ni dilatoire ; la décision contestée emporte des conséquences disproportionnées sur sa situation ;

- Il existe un doute sérieux quant à la décision portant refus de titre de séjour : il appartient au préfet de produire l'avis médical rendu par le collège des médecins de l'OFII en application de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; absence d'examen sérieux de sa situation ; la décision contestée emporte des conséquences disproportionnées sur sa situation ; méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu :

- la copie de la requête à fin d'annulation des décisions attaquées ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Debuissy, greffière d'audience, M. A a lu son rapport et entendu :

- Les observations de Me Guillaud, avocat représentant M. B, qui a développé son argumentation écrite et a invoqué un moyen nouveau tiré de l'insuffisance de motivation de la décision de refus d'enregistrement de la demande de titre de séjour ;

- Le préfet du Nord n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant marocain né le 20 avril 1981, est entré en France le 19 août 2022, accompagné de son épouse et de ses deux enfants. En janvier 2023, il a été hospitalisé au centre hospitalier de Lille à la suite d'un choc cardiogénique et a fait l'objet d'une transplantation cardiaque réalisée le 19 février 2023. Les suites post-opératoires ont été compliquées notamment par une défaillance rénale et un diabète post-transplantation.

Le 1er septembre 2023 il a sollicité un rendez-vous pour enregistrer sa demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " pour raisons de santé. Il demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution des décisions par lesquelles le préfet du Nord a implicitement refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour et de lui délivrer le titre de séjour sollicité.

Sur l'étendue du litige :

2. D'une part, le refus d'enregistrer une demande de titre de séjour motif pris du caractère incomplet du dossier ne constitue pas une décision faisant grief susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir lorsque le dossier est effectivement incomplet, en l'absence de l'un des documents mentionnés à l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou lorsque l'absence d'une pièce mentionnée à l'annexe 10 à ce code, auquel renvoie l'article R. 431-11 du même code, rend impossible l'instruction de la demande.

3. D'autre part, le refus d'enregistrement d'une demande de titre de séjour, lorsqu'il est motivé par une appréciation portée sur le droit de l'étranger à obtenir un titre de séjour et non sur le seul caractère incomplet du dossier, constitue un refus de titre de séjour à l'encontre duquel l'étranger est recevable à se pourvoir.

4. La réponse automatique de la préfecture du Nord du 1er septembre 2023 à 11h20 indiquant que " () le délai de traitement de votre message est de deux mois minimum en cas de réponse favorable ou si un complément à vous demander est nécessaire ", M. B doit être considéré comme ayant déposé un dossier complet comprenant notamment le justificatif de résidence en France depuis 1 an à joindre en cas de demande de séjour pour étranger malade, et les décisions en litige, qui ne sont pas fondées sur le caractère incomplet du dossier, doivent dès lors être regardées comme un refus de titre de séjour.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

5. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

6. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

7. En premier lieu, pour l'application des dispositions ci-dessus reproduites de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

8. Dans les circonstances de l'espèce, compte tenu de son état de santé impliquant un traitement immunosuppresseur et anti-infectieux devant être suivi de manière très étroite, de sa situation administrative compromettant le projet thérapeutique et le suivi médical et de la précarité matérielle induite pour son épouse et ses enfants, M. B doit être regardé comme justifiant de l'existence d'une situation d'urgence au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

9. En second lieu, le moyen tiré de l'absence d'examen de la demande présentée par M. B au regard des éléments médicaux dont il fait état est de nature, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse.

10. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander la suspension de l'exécution de la décision attaquée.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

11. La suspension prononcée par la présente ordonnance implique que le préfet du Nord procède à l'examen de la situation de M. B et édicte une décision expresse à son issue, dans le délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance et, dans cette attente, qu'il lui délivre une autorisation provisoire de séjour dans le délai de 48 heures à compter de la notification de la présente ordonnance, valable jusqu'à ce que cet examen ait été effectué. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais du litige :

12. M. B, ainsi qu'il a été dit, est provisoirement admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Guillaud, avocate de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Guillaud de la somme de 1 000 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros précitée sera versée à M. B.

O R D O N N E :

Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet du Nord a refusé de délivrer à M. B un titre de séjour est suspendue.

Article 3 : Il est enjoint au préfet du Nord de procéder à l'examen de la situation de M. B et édicte une décision expresse à son issue, dans le délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance et, dans cette attente, qu'il lui délivre une autorisation provisoire de séjour dans le délai de 48 heures à compter de la notification de la présente ordonnance, valable jusqu'à ce que cet examen ait été effectué.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Guillaud renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Guillaud, avocate de M. B, une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. B.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B, à Me Guillaud et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie sera adressée au préfet du Nord.

Fait à Lille, le 5 avril 2024.

Le juge des référés,

Signé

M. A

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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