mercredi 24 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2402978 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | GIRSCH |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 22 et 28 mars 2024, M. A E, représenté par Me Girsch, demande au tribunal :
1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;
2°) d'annuler la décision du 21 mars 2024 par laquelle le préfet du Nord l'a assigné à résidence à Faches-Thumesnil, dans l'arrondissement de Lille pour une durée de 45 jours ;
3°) et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que la décision attaquée :
- a été édictée par une autorité incompétente ;
- est insuffisamment motivée ;
- est empreinte d'un défaut d'examen sérieux et complet de sa situation ;
- souffre d'un défaut de base légale puisqu'il n'est établi ni qu'il ait fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 22 août 2022, ni que celle-ci lui ait été dûment notifiée ;
- est fondée sur une obligation de quitter le territoire français qui est elle-même irrégulière ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 732-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- et elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas produit de mémoire.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales amendée, signée à Rome le 4 novembre 1950 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le décret 2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Larue en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Larue, magistrat désigné ;
- les observations de Me Girsch, représentant M. E, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens tout en précisant que l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre est irrégulière en l'absence de tout preuve de ce qu'il se serait vu notifier la décision de la Cour nationale du droit d'asile ayant rejeté sa demande d'asile ;
- les observations de Me Khan, représentant le préfet du Nord qui conclut au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé ;
- et les observations de M. E, assisté de Mme B D, interprète assermentée en langue espagnole, qui a répondu aux questions qui lui ont été posées.
Considérant ce qui suit :
1. M. E, ressortissant péruvien né le 16 septembre 1995, déclare être entré irrégulièrement en France en juin 2021. Le 7 juillet 2021 il a sollicité la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire. Sa demande a toutefois été définitivement rejetée par la Cour nationale du droit d'asile le 3 mai 2022. Il a alors fait l'objet, le 22 août 2022, de décisions, par lesquelles le préfet du Nord a refusé de lui délivrer une carte de résident et l'a obligé à quitter, dans un délai de 30 jours, le territoire français à destination du Pérou. Le 20 mars 2024, il a été interpellé sur la place de la République à Lille à l'occasion d'un contrôle d'identité aléatoire. N'étant pas à même de justifier de son droit à séjourner ou circuler en France, il a fait l'objet d'une mesure de retenue administrative aux fins d'examen de ce droit. Après qu'il est apparu qu'il avait fait l'objet d'une mesure d'éloignement en août 2022, le préfet du Nord l'a, le lendemain de son interpellation, assigné à résidence à Faches-Thumesnil, dans l'arrondissement de Lille pour une durée de 45 jours. Par la présente requête, M. E sollicite l'annulation de cette décision.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, en application de ces dispositions, d'admettre, à titre provisoire, M. E au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, par un arrêté du 5 février 2024, publié le même jour au recueil n° 64 des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Nord a donné délégation à Mme C, attachée d'administration de l'Etat, adjointe à la cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, signataire de l'arrêté en litige, à effet de signer notamment la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée manque en fait et doit donc être écarté.
4. En deuxième lieu, le préfet du Nord énonce avec suffisamment de précisions les considérations de fait et de droit sur lesquelles il fonde sa décision, M. E ayant fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français pour laquelle le délai de départ volontaire était expiré, et son éloignement demeurant une perspective raisonnable, puisqu'il est muni d'un passeport en cours de validité et justifie d'une adresse stable chez sa mère, il entrait dans le champ d'application des dispositions du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision attaquée ne peut être accueilli.
5. En troisième lieu, il ne ressort pas des termes mêmes de la décision attaquée que, comme le soutient M. E, lequel ne se prévaut d'aucun élément propre à sa situation de nature à étayer ce moyen, que le préfet du Nord ne se serait pas livré à un examen sérieux et circonstancié de sa situation personnelle. Ce moyen ne pourra donc qu'être écarté.
6. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. E s'est vu notifier, par une lettre recommandée adressée à son intention au Spada Coallia, 1 allée du chargement à Villeneuve d'Ascq, qu'il n'a pas réclamée, le 26 août 2022, l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre le 22 août 2022 par le préfet du Nord. Or, si le requérant soutient ne pas avoir ne jamais avoir été informé de cette décision, il ne soutient pas même qu'il n'aurait jamais fourni, au cours de sa procédure d'asile, l'adresse à laquelle elle lui a été notifiée ou qu'il aurait effectué des démarches visant à informer la préfecture de son éventuel changement d'adresse. A cet égard, si M. E a indiqué, à l'audience, n'avoir jamais disposer de domiciliations postales, il ressort toutefois des pièces du dossier qu'il a indiqué être domicilié chez Coallia, au 12 rue de Cannes à Lille, lors de son inscription à l'Université pour les années scolaires 2021-2022 et 2022-2023 et qu'il a indiqué l'adresse de l'association d'insertion des demandeurs d'asile, au 60 rue de la Justice à Lille, lorsqu'il a déposé, le 6 décembre 2022, auprès de la préfecture du Nord, une pré-demande en vue du dépôt d'une demande de titre de séjour. Il suit de là que M. E n'est pas fondé à soutenir qu'il ne se serait pas vu notifier la décision du 22 août 2022, l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours. Par ailleurs, cette décision mentionnait les voies et délai de recours juridictionnel. Elle est donc, faute de recours juridictionnel introduit par M. E avant le lundi 12 septembre 2022 à minuit, devenue définitive et le requérant n'est donc pas fondé à en exciper l'illégalité.
7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 732-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il est remis aux étrangers assignés à résidence en application de l'article L. 731-1 une information sur les modalités d'exercice de leurs droits, les obligations qui leur incombent et, le cas échéant, la possibilité de bénéficier d'une aide au retour. Les modalités d'application du présent article sont fixées par décret en Conseil d'Etat ".
8. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. E, assisté d'un interprète en langue espagnole, s'est vu remettre, le 21 mars 2024, un formulaire, en français, l'informant de ses droits et obligations, qui lui a été traduit. Il n'est par suite, et en tout état de cause, pas fondé à soutenir que le préfet du Nord aurait méconnu les dispositions précitées de l'article L. 732-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
9. En dernier lieu, l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
10. M. E déclare être entré irrégulièrement sur le territoire français en juin 2021, à l'âge de 19 ans. Il y réside donc irrégulièrement depuis 2 ans et 9 mois, soit une durée significative de séjour, compte tenu de son jeune âge. Toutefois, si sa mère réside régulièrement en France aux côtés de son beau-père et qu'il dispose également sur le territoire français d'une sœur et d'un demi-frère, présents régulièrement, son père et son autre sœur, selon ses déclarations à l'audience, vivent au Pérou. Et s'il établit disposer de relations sur le territoire français et vouloir y poursuivre des études en communication, après ses deux années universitaires tournées vers l'apprentissage de la langue française, ces seuls éléments sont insuffisants pour établir qu'il disposerait désormais du centre de ses intérêts privés en France. Il suit de là que, M. E n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Nord aurait, en l'assignant à résidence en France chez sa mère, décision qui n'a, au demeurant, pas pour objet de l'éloigner des attaches familiales dont il dispose sur le territoire français, méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. E, à fin d'annulation de l'assignation à résidence prise à son encontre ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions au titre des frais exposés et non compris dans les dépens :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : M. E est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. E est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A E, à Me Girsch et au préfet du Nord.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 avril 2024.
Le magistrat désigné,
Signé,
X. LARUE
La greffière,
Signé,
F. JANET
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2402978
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026