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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2402983

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2402983

mardi 24 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2402983
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantLACAMP

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I - Par une requête, enregistrée le 22 mars 2024 sous le numéro 2402979, Mme B A, représentée par Me Lacamp, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 23 février 2024 par lequel le préfet du Pas-de-Calais a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination, l'a interdite de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et l'a contrainte à se présenter durant le délai de départ volontaire qui lui a été accordé auprès des services de police ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet du Pas-de-Calais de lui délivrer un titre de séjour au titre de sa vie privée et familiale sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet du Pas-de-Calais de procéder au réexamen de sa situation sous la même astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus de séjour :

- cette décision méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle excipe, à l'encontre de cette décision, de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle excipe, à l'encontre de cette décision, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

- elle excipe, à l'encontre de cette décision, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

En ce qui concerne la décision portant astreinte de présentation :

- elle excipe, à l'encontre de cette décision, de l'illégalité de la décision portant refus de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 mai 2024, le préfet du Pas-de-Calais conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée au 24 juin 2024 à 12 h 00 par une ordonnance en date du 3 juin 2024.

II- Par une requête enregistrée le 22 mars 2024 sous le numéro 2402983, Mme B A, représentée par Me Lacamp, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision en date du 26 février 2024 par laquelle le préfet du Pas-de-Calais a prononcé la rétention de son passeport ;

2°) d'enjoindre au préfet du Pas-de-Calais de lui restituer son document d'identité sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- cette décision est la conséquence directe de l'arrêté préfectoral du 23 février 2024 dont elle conteste la légalité dans la requête n° 2402979 ; elle excipe, à l'encontre de cette décision, de l'illégalité de l'arrêté du 23 février 2024 ;

- cette décision est entachée d'une erreur de fait.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 mai 2024, le préfet du Pas-de-Calais conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée au 16 juillet 2024 à 12 h 00 par une ordonnance en date du 25 juin 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Monteil a été entendu au cours de l'audience publique :

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, née le 8 juin 1990 en Chine, de nationalité chinoise, est entrée en France le 9 janvier 2013, sous couvert d'un visa long séjour " étudiant ", valable du 5 janvier 2013 au 5 janvier 2014. Elle a ensuite été mise en possession d'un titre de séjour " étudiant " valable du 10 janvier 2014 au 30 septembre 2014, régulièrement renouvelé jusqu'au 30 septembre 2018. Le 1er mai 2023, elle a sollicité auprès de la préfecture du Pas-de-Calais une admission exceptionnelle au séjour en se prévalant de son séjour en France depuis plus de dix ans. Par un arrêté du 23 février 2024, dont Mme A demande l'annulation dans la requête n°2402979, le préfet du Pas-de-Calais a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination, l'a interdite de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et l'a contrainte à se présenter durant le délai de départ volontaire qui lui a été accordé auprès des services de police. Elle demande par ailleurs, dans la requête n°2402983, l'annulation de la décision du préfet du Pas-de-Calais du 26 février 2024 portant rétention de passeport, prise pour l'application de l'arrêté du 23 février 2024.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n° 2402979 et 2402983, présentées par Mme A, présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision de refus de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () ".

4. En l'espèce, Mme A, née le 8 juin 1990 en Chine, de nationalité chinoise, est entrée régulièrement en France le 9 janvier 2013 pour y suivre des études et a disposé de titres de séjour portant la mention " étudiant " régulièrement renouvelés jusqu'au 30 septembre 2018. Si la requérante a obtenu un diplôme universitaire de technologie, spécialité génie électrique et informatique industrielle en 2016, elle n'a pas poursuivi ses études malgré le titre de séjour " étudiant " valable jusqu'au 30 septembre 2018 dont elle disposait et elle déclare dans la présente instance avoir entamé une vie professionnelle dans la restauration. Au vu des pièces du dossier, elle a été employée de manière intermittente par la société Oita sushi et elle fournit à ce titre cinq bulletins de paye datés de 2017, 2018, 2019 et 2020 établis à son nom. La requérante soutient ensuite sans le démontrer avoir tenté en août 2018 d'acquérir 40 % des parts sociales de la société Sushi Journee Sasu puis d'avoir essayé de racheter en 2020 un restaurant à Calais, sans toutefois que ces projets aboutissent. La requérante a ensuite envisagé en 2021 de fonder un commerce de vente en ligne de produits provenant de Chine, sans démontrer dans la présente instance avoir mené cette entreprise au-delà du stade de la formalisation d'un " business plan ". Enfin Mme A a repris des études en Licence 2 STS informatique à compter de 2022, sans valider cette année au titre de l'année 2022/2023. Elle fournit à l'appui de sa requête un relevé de note provisoire au titre du semestre 3, dans lequel elle ne valide que quatre matières sur huit. Par conséquent, Mme A ne justifie pas, malgré dix années de présence continue en France, d'une quelconque insertion professionnelle sur le territoire national ni d'autre réussite universitaire que l'obtention de son diplôme universitaire de technologie en 2016. Par ailleurs, Mme A est célibataire et sans enfant et elle n'apporte aucun élément sur les liens privés qu'elle aurait développés en France. Elle n'est par ailleurs pas dénuée de famille en Chine où vivent ses parents et où elle-même a vécu jusqu'à ses 23 ans. Enfin, et malgré l'avis favorable de la commission du titre de séjour en date du 16 octobre 2023 qui n'a qu'une valeur consultative, Mme A ne justifie pas de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels au sens des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile lui ouvrant droit à la délivrance d'un titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

5. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 4 du présent jugement, la décision contestée n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de Mme A de mener une vie privée et familiale normale et n'a, par suite, pas méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen tiré de l'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision contestée sur sa situation personnelle doit être écarté pour les mêmes motifs.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de titre de séjour doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

8. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant refus du titre de séjour à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

10. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'encontre de la décision fixant le pays de destination doit être écarté.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision fixant le pays de destination doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

12. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'encontre de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an doit être écarté.

13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision portant astreinte de présentation :

14. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant refus du titre de séjour à l'encontre de la décision portant astreinte de présentation doit être écarté.

15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant astreinte de présentation doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision en date du 26 février 2024 prononçant la rétention du passeport de Mme A :

16. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité des décisions prises par le préfet du Pas-de-Calais dans son arrêté du 23 février 2024 à l'encontre de la décision du 26 février 2024 prononçant la rétention du passeport de Mme A doit être écarté.

17. En second lieu, aux termes de l'article L. 721-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut prescrire à l'étranger auquel un délai de départ a été accordé la remise de son passeport ou de tout document justificatif de son identité, dans les conditions prévues à l'article L. 814-1. " et au titre de l'article L. 814-1 du même code : " L'autorité administrative compétente, les services de police et les unités de gendarmerie sont habilités à retenir le passeport ou le document de voyage des personnes de nationalité étrangère en situation irrégulière. "

18. En l'espèce, la mention erronée concernant l'expiration du délai de départ volontaire accordé à Mme A dans la décision du 26 février 2024 n'a aucune incidence au regard des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

19. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 26 février 2024 prononçant la rétention du passeport de Mme A doivent être rejetées.

20. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre de l'article L 761-1 du code de justice administrative par la requérante doivent l'être également.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes n° 2402979 et n° 2402983 de Mme A sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet du Pas-de-Calais.

Copie en sera transmise pour information au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.

Délibéré après l'audience du 10 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Fabre, président,

Mme Monteil, première conseillère,

M. Lemée, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 septembre 2024.

La rapporteure,

Signé

A.-L. MONTEIL

Le président,

Signé

X. FABRE

Le greffier,

Signé

A. DEWIÈRE

La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N° 2402979, N°2402983

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