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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2403140

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2403140

mardi 2 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2403140
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantBARHOUM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 27 mars et 30 Mars 2024, M. A C, représenté par Me Bahroum, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler les décisions du 29 janvier 2024 par lesquelles le préfet de l'Orne l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a interdit son retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une carte de séjour temporaire, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, ou, à défaut, de procéder à un nouvel examen de sa situation et de lui délivrer, dans l'attente et dans un délai de 8 jours à compter de la notification du présent jugement, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros, à verser à son avocate, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle a été édictée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle a méconnu son droit d'être entendu ;

- elle souffre d'un défaut d'examen particulier et approfondi de sa situation eu égard aux risques qu'il encourt en cas de retour dans son pays ;

- elle a méconnu son droit d'asile et les dispositions des articles L. 521-1, L. 521-7, L. 541-2, L. 542-1 et R. 521-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- et elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :

- elle a été édictée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est fondée sur une décision l'obligeant à quitter le territoire français qui est elle-même irrégulière ;

- et elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des risques qu'il se soustraie à la mesure d'éloignement.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle a été édictée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est fondée sur une décision l'obligeant à quitter le territoire français qui est elle-même irrégulière ;

- elle souffre d'un défaut d'examen particulier et approfondi de sa situation eu égard aux risques qu'il encourt en cas de retour dans son pays ;

- et elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle a été édictée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est fondée sur une décision l'obligeant à quitter le territoire français qui est elle-même irrégulière ;

- elle contrevient aux dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- et elle est entachée, quant à sa durée, d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré 28 mars 2024, le préfet de l'Orne a conclu au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun des moyens soulevés n'était fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales amendée, signée à Rome le 4 novembre 1950 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code pénal ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Larue en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Larue, magistrat désigné ;

- les observations de Me Aubertin, substituant Me Bharoum, représentant M. C, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens tout en sollicitant l'admission, à titre provisoire, de M. C à l'aide juridictionnelle et en ajoutant que la décision de renvoi, en ne fixant pas le pays de destination de la mesure d'éloignement, méconnaît les dispositions de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- et les observations de M. C, assisté de M. E, interprète assermenté en langue pachtou, qui a répondu aux questions qui lui ont été posées ;

- le préfet de l'Orne n'étant ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant afghan né le 8 mars 2000 est entré régulièrement en France le 4 avril 2015. Le 15 juillet 2016, il s'est vu reconnaître la qualité de réfugié par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides. Si M. C a, en conséquence, bénéficié de récépissés constatant la reconnaissance de sa qualité de réfugié, dont le dernier valable du 4 octobre 2017 au 3 avril 2018, il ne s'est pas vu, contrairement à ses parents et ses 4 frères, délivrer de carte de résident ou de document de circulation pour étrangers mineurs car il a fait l'objet, le 5 août 2018 d'un mandat de dépôt et a été condamné, le 7 août 2018, par le tribunal correctionnel de Rennes à une peine de 2 ans et 6 mois d'emprisonnement, qu'il a purgée jusqu'au 1er octobre 2020, pour des faits de violence, aggravée par deux circonstances, suivie d'incapacité supérieure à 8 jours. Il a également été condamné par le président du tribunal correctionnel de Rennes, le 22 novembre 2019, à 3 mois d'emprisonnement pour des faits de recel de biens provenant d'un délit. Peine qu'il a, après confusion, purgée jusqu'au 16 octobre 2020. Il a de nouveau fait l'objet d'un mandat de dépôt le 28 octobre 2020 pour de nouveaux faits de violence, aggravée par deux circonstances, suivie d'incapacité supérieure à 8 jours, commis le 26 octobre 2020, pour lesquels il a été définitivement condamné par la chambre des appels correctionnels de Rennes, le 20 juillet 2022, à une nouvelle peine de 4 ans d'emprisonnement assortie notamment d'une interdiction du territoire français pour une durée de 5 ans. Eu égard à son comportement sur le territoire français, l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides a mis fin, sur le fondement des dispositions du 2° de l'article L. 511-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au statut de réfugié de M. C le 21 juin 2023, Et cette décision a été confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 26 septembre 2023. M. C a alors sollicité, le 5 octobre 2023, un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en application des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du même code. Le 29 janvier 2024 le préfet de l'Orne a refusé de faire droit à ces demandes et a assorti ces décisions de refus d'une obligation de quitter sans délai le territoire français à destination d'un " pays qui lui a délivré un document de voyage en cours de validité ou dans tout pays dans lequel il établit être légalement admissible " et d'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de 3 ans. Placé au centre de rétention administrative de Oissel par le préfet de l'Orne le 30 janvier 2024, au jour de sa levée d'écrou, M. C a fait l'objet d'un nouveau placement au centre de rétention administrative de Coquelles, par le préfet du Pas-de-Calais, le 20 mars 2024. Le tribunal administratif de Rouen, initialement saisit d'une demande d'annulation de l'ensemble des décisions contenues dans l'arrêté du préfet de l'Orne du 29 janvier 2024, a en conséquence renvoyé au tribunal de séant les conclusions de M. C dirigées contre l'obligation de quitter sans délai le territoire français à destination de l'Afghanistan et l'interdiction de retour sur le territoire français.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, en application de ces dispositions, d'admettre provisoirement M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :

3. Par un arrêté du 5 février 2024, publié le même jour au recueil n° 64 des actes administratifs de la préfecture, le préfet de l'Orne a donné délégation à M. B D, sous-préfet en charge du territoire roubaisien, signataire de l'arrêté en litige, à effet de signer, dans le cadre de la permanence préfectorale, notamment les décisions attaquées. Par suite, sans qu'ait d'incidence la fourniture d'un tableau de permanence qui n'était pas à jour, les moyens tirés de l'incompétence du signataire des décisions querellées manquent en fait et doivent donc être écartés.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre l'obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, le préfet de l'Orne énonce avec suffisamment de précisions les considérations de fait et de droit sur lesquelles il fonde sa décision. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision attaquée ne peut être accueilli.

5. En deuxième lieu, M. C se borne à soutenir que son droit d'être entendu aurait été méconnu. Or, il ne se prévaut à l'audience ou dans son recours, d'aucun élément qu'il n'aurait pas pu faire valoir lors de ses auditions par les services de police et qui aurait été de nature à modifier le sens de la décision attaquée. Ce moyen doit donc être écarté.

6. En troisième lieu, M. C ne saurait utilement se prévaloir, contre l'obligation de quitter le territoire français, laquelle n'a ni pour effet, ni pour objet de le renvoyer en Afghanistan, de ce qu'il n'aurait pas été procédé à un examen particulier et approfondi de sa situation eu égard aux risques qu'il encourrait en cas de retour dans son pays.

7. En quatrième lieu, M. C, puisqu'il a été mis fin à son statut de réfugié, n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait méconnu son droit d'asile et les dispositions des articles L. 521-1, L. 521-7, L. 541-2, L. 542-1 et R. 521-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

9. M. C est entré en France le 4 avril 2015, à l'âge de 15 ans. Il a toutefois été incarcéré de manière quasi-continue du 5 août 2018 au 30 janvier 2024 et ne peut donc se prévaloir d'une durée de séjour régulière sur le territoire français qui n'est que de 3 ans et quatre mois alors qu'il est âgé, à la date de la décision attaquée, de presque 24 ans. Il est célibataire et sans enfant. Si toute sa famille, à savoir ses parents et ses 4 frères, résident régulièrement sur le territoire français, en qualité de réfugiés, il ressort des pièces du dossier, notamment de l'extrait de son casier judiciaire, de sa dernière condamnation pénale et de la décision ayant mis fin à son statut de réfugié, que le comportement de M. C constitue une menace grave et actuelle pour l'ordre public et la société française. Il n'est donc pas fondé à soutenir qu'en l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet aurait méconnu les dispositions précitées de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.

10. Il résulte de ce qui précède que M. C, qui, en tout état de cause est toujours sous le coup de l'interdiction du territoire français de 5 ans prononcée à son encontre, n'est pas fondé à solliciter l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français dont il a fait l'objet.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre le refus de départ volontaire :

11. En premier lieu, le préfet de l'Orne énonce avec suffisamment de précisions les considérations de fait et de droit sur lesquelles il fonde sa décision. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision attaquée ne peut être accueilli

12. En deuxième lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 10 du présent jugement, le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

13. En dernier lieu, l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () ".

14. En l'espèce, ainsi qu'il a été dit au point 9 du présent jugement, le comportement de M. C constitue une menace grave et actuelle pour l'ordre public. Il n'est donc pas fondé à soutenir que le préfet de l'Orne aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation de ses risques de fuite.

15. Il suit de là que les conclusions de M. C, à fin d'annulation de la décision par laquelle le préfet de l'Orne a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire, ne peuvent qu'être rejetées.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision fixant le pays de destination :

16. Aux termes de l'article 131-30 du code pénal : " Lorsqu'elle est prévue par la loi, la peine d'interdiction du territoire français peut être prononcée, à titre définitif ou pour une durée de dix ans au plus, à l'encontre de tout étranger coupable d'un crime ou d'un délit. / L'interdiction du territoire entraîne de plein droit la reconduite du condamné à la frontière, le cas échéant, à l'expiration de sa peine d'emprisonnement ou de réclusion () ". L'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une décision de mise en œuvre d'une décision prise par un autre État, d'une interdiction de circulation sur le territoire français, d'une décision d'expulsion, d'une peine d'interdiction du territoire français ou d'une interdiction administrative du territoire français ". Aux termes des dispositions de l'article L. 721-4 du même code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

17. Il résulte de ces dispositions qu'aussi longtemps que la personne condamnée n'a pas obtenu de la juridiction qui a prononcé la condamnation pénale le relèvement de sa peine d'interdiction du territoire, l'autorité administrative est tenue de pourvoir à son exécution en édictant à son encontre une décision motivée fixant son pays de destination, sous réserve qu'une telle décision n'expose pas l'intéressé à être éloigné à destination d'un pays dans lequel sa vie ou sa liberté serait menacée, ou d'un pays où elle serait exposée à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

18. En l'espèce, le préfet de l'Orne a fixé comme pays de destination de M. C " un pays qui lui a délivré un document de voyage en cours de validité ou () tout pays dans lequel il établit être légalement admissible ". Toutefois outre que le préfet se borne à citer, de façon incomplète, les dispositions des 2° et 3° de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, sans fournir aucun élément de fait de nature à déterminer " le " pays de renvoi mentionné à l'article L. 721-3 du même code, il ne s'est livré à aucun examen permettant d'établir que M. C ne serait pas renvoyé dans un pays où il pourrait être exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, lequel n'est pas même mentionné dans la décision attaquée. Il suit de là que la décision fixant le pays de renvoi de M. C, à la considérer comme existante, est empreinte d'une erreur de droit, dès lors qu'elle ne fixe pas " le pays à destination duquel " M. C pourra être renvoyé en cas d'exécution d'office de l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre et n'est pas motivée en fait.

19. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, la décision du 29 janvier 2024, par laquelle le préfet de l'Orne aurait fixé le pays à destination duquel M. C devait être reconduit, doit être annulée.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre l'interdiction de retour sur le territoire français :

20. En premier lieu, le préfet de l'Orne énonce avec suffisamment de précisions les considérations de fait et de droit sur lesquelles il fonde sa décision. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision attaquée ne peut être accueilli

21. En deuxième lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 10 du présent jugement, le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

22. En troisième lieu, l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers dispose que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

23. Or, en l'espèce, il ressort des pièces du dossier que si M. C est entré en France le 4 avril 2015, sa durée de séjour, compte tenu des années qu'il a passé en détention, n'est que de 3 ans et 4 mois à la date de la décision attaquée. Il dispose certes de l'ensemble de ses attaches familiales les plus intenses sur le territoire français, à savoir ses parents et ses 4 frères, M. ayant précisé à l'audience avoir mentionné à tort comme épouse sur son formulaire de demande de titre de séjour, celle qui n'était que sa petite-amie en Afghanistan, pays qu'il a quitté avant ses 15 ans. Pour autant, il a fait l'objet d'une interdiction du territoire français d'une durée de 5 ans et sa présence sur le sol français constitue une menace pour l'ordre public et la société française. Il n'est donc pas fondé à soutenir qu'en fixant à trois ans, la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français prise à son encontre le préfet de l'Orne aurait commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

24. En dernier lieu, et pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 9 du présent jugement, M. C n'est pas fondé à soutenir qu'en interdisant son retour sur le territoire français pour une durée de trois ans, le préfet de l'Orne aurait méconnu les dispositions précitées de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

25. Il suit de là que M. C n'est pas fondé à solliciter l'annulation de la décision par laquelle le préfet de l'Orne a interdit son retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

26. Le présent jugement n'impliquant aucune mesure d'exécution, les conclusions à fin d'injonction de M. C ne peuvent être accueillies.

Sur les conclusions au titre des frais exposés et non compris dans les dépens :

27. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie principalement perdante, une somme au titre des frais exposés par M. C et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Article 2 : La décision du 29 janvier 2024, par laquelle le préfet de l'Orne a fixé le pays de destination de l'obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre de M. C, est annulée.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de l'Orne.

Lu en audience publique le 2 avril 2024.

Le magistrat désigné,

Signé,

X. LARUE

La greffière,

Signé,

N. CARPENTIER

La République mande et ordonne au préfet de l'Orne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2403140

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