lundi 3 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2403190 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | GUILLAUD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 27 mars 2024 et 25 avril 2024, Mme A B C, représentée par Me Maëliss Guillaud, demande au tribunal :
1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;
2°) d'annuler la décision du 15 mars 2024 par laquelle le préfet du Nord a prononcé son transfert aux autorités allemandes, responsables de l'examen de sa demande d'asile ;
3°) d'enjoindre au préfet du Nord d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale sous astreinte de 155 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son avocate ou à elle-même en cas de rejet de sa demande d'admission à l'aide juridictionnelle, en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que la décision attaquée :
- a été signée par une autorité administrative incompétente pour ce faire ;
- a été prise en méconnaissance des dispositions des articles 4, 5 et 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- a été prise en méconnaissance de l'article 21 de la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013 ;
- est entachée d'un défaut d'examen sérieux ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas produit d'observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale ;
- le règlement UE n° 604/2013 du parlement européen et du conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide et à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles ;
- le code de justice administrative ;
Le président du tribunal a désigné M. Olivier Huguen en application de l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Huguen, magistrat désigné ;
- les observations de Me Guillaud, représentant Mme B C, qui a conclu aux mêmes fins que ses précédentes écritures et par les mêmes moyens ; Me Guillaud a assorti également ses conclusions à fin d'injonction d'un délai de 3 jours ou, à défaut, de 15 jours au plus ;
- et les observations de Mme B C, assistée de M. D E, interprète assermentée en langue lingala ;
- le préfet du Nord n'étant ni présent, ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B C, ressortissante congolaise, née le novembre 1998 à Kinshasa (République démocratique du Congo), est entrée en Allemagne le 6 juin 2023 sous couvert d'un passeport congolais revêtu d'un visa C d'une durée de validité de 25 jours délivré le 2 juin 2023 par les autorités consulaires allemandes à Kinshasa pour un séjour d'une durée de 10 jours à compter du 5 juin 2023. Mme B C déclare être entrée en France le 7 juin 2023. Convoquée à cet effet le 28 septembre 2023, elle s'est présentée au guichet unique de la préfecture du Nord le 20 octobre 2023 pour l'enregistrement de sa demande d'asile. Par une décision du 5 janvier 2024, les autorités allemandes, responsables de l'examen de la demande d'asile de Mme B C, ont, à la demande du préfet du Nord, donné leur accord pour la prise en charge de Mme B C. Par une décision en date du 15 mars 2024, le préfet du Nord a ordonné le transfert de Mme B C aux autorités allemandes.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, en application de ces dispositions, d'admettre, à titre provisoire, Mme B C au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement () / 2. L'État membre dans lequel une demande de protection internationale est présentée et qui procède à la détermination de l'État membre responsable, ou l'État membre responsable, peut à tout moment, avant qu'une première décision soit prise sur le fond, demander à un autre État membre de prendre un demandeur en charge pour rapprocher tout parent pour des raisons humanitaires fondées, notamment, sur des motifs familiaux ou culturels, même si cet autre État membre n'est pas responsable au titre des critères définis aux articles 8 à 11 et 16. Les personnes concernées doivent exprimer leur consentement par écrit ". Si la mise en œuvre, par les autorités françaises, des dispositions de l'article 17 du règlement n° 604/2013, reprises à l'article L. 571-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit être assurée à la lumière des exigences définies par les dispositions du second alinéa de l'article 53-1 de la Constitution, en vertu desquelles les autorités de la République ont toujours le droit de donner asile à tout étranger persécuté en raison de son action en faveur de la liberté ou qui sollicite la protection de la France pour un autre motif, la faculté laissée à chaque Etat membre de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.
4. En outre, selon l'article 21 de la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, les personnes vulnérables sont notamment représentées par les mineurs, les mineurs non accompagnés, les handicapés, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes ayant des maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes ayant subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, par exemple les victimes de mutilation génitale féminine.
5. Mme B C soutient, sans être contredite, présenter une vulnérabilité d'ordre psychologique en raison des graves sévices qu'elle a subis dans son pays d'origine du fait de son orientation sexuelle. Elle verse au dossier un compte rendu d'entretien, daté du 21 août 2023, soit antérieurement à l'enregistrement de sa demande d'asile, dans lequel une psychologue de l'établissement public de santé mentale de l'agglomération lilloise mentionne qu'elle exprimait une " angoisse profonde et débordante, des reviviscences traumatiques, un sentiment d'insécurité face à son devenir, des douleurs diffuses inconfortables " et une interrogation sur " le sens de son transfert au CAES [centre d'accueil et d'études des situations] ". Mme B C soutient également avoir développé un lien de confiance avec les travailleurs sociaux du centre qui l'héberge et qu'un transfert en Allemagne entraînerait des conséquences significatives et permanentes sur son état de santé. Mme B C, enfin, verse au dossier, pour établir la réalité des sévices qu'elle a subis, des photographies, non datées, où elle porte les marques d'actes de violence, à savoir une plaie récemment cicatrisée à la tempe gauche qui semble résulter d'un coup par un objet contendant, les stigmates sur un bras de ce qui semble être une brûlure par une cigarette et, sur les cuisses, de larges cicatrices de brûlures. Il n'est donc pas contesté, d'une part, qu'une psychologue a objectivé chez Mme B C des reviviscences traumatiques qui révèlent qu'elle a été exposée à des actes de violence psychologique et/ou physique, d'autre part, que Mme B C a été victime de tels actes, lesquels sont rapportés par les photographies versées au dossier, enfin, que la précarité dans laquelle elle se trouve, au regard de son droit au séjour, ainsi que son isolement, sont de nature à favoriser l'aggravation de ses troubles psychologiques. Dès lors, Mme B C doit être regardée comme présentant une vulnérabilité particulière, au sens des dispositions précitées de l'article 21 de la directive du 26 juin 2013,
6. Il ressort des pièces du dossier et des débats lors de l'audience, d'une part, que les conséquences du transfert de Mme B C en Allemagne sur son état de santé seraient, compte tenu de sa gravité, significatives et irrémédiables, d'autre part, que le préfet du Nord, qui n'a produit aucune observation écrite ou verbale, n'a pas éliminé tout doute sérieux concernant l'impact de ce transfert sur l'état de santé de l'intéressée. Dès lors, Mme B C est fondée à soutenir que le préfet du Nord, en ne faisant pas usage de la faculté d'instruire sa demande d'asile en France en application des dispositions précitées du 1 de l'article 17 du règlement du 26 juin 2013, a entaché sa décision de la transférer en Allemagne d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle.
7. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, d'annuler la décision du 15 mars 2024 par laquelle le préfet du Nord a prononcé le transfert de Mme B C aux autorités allemandes.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. Eu égard au motif d'annulation retenu, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Nord d'enregistrer la demande d'asile de Mme B C en procédure normale et de lui délivrer l'attestation de demande d'asile et, ce, dans un délai de 15 jours à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction du prononcé d'une astreinte.
Sur les conclusions au titre des frais exposés et non compris dans les dépens :
9. Compte tenu de ce qui a été exposé au point 2 du présent jugement, il y a lieu, sous réserve que Me Guillaud, avocate de Mme B C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État le versement à son profit de la somme de 1 200 euros.
D E C I D E :
Article 1er : Mme B C est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Article 2 : La décision du préfet du Nord en date du 27 mars 2024 est annulée.
Article 3 : Il est enjoint au préfet du Nord, dans un délai de 15 jours à compter de la notification du présent jugement, d'enregistrer la demande d'asile de Mme B C en procédure normale et de lui délivrer l'attestation de demande d'asile.
Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme B C à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Guillaud, son avocate, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, l'Etat versera à Me Guillaud la somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B C est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B C, à Me Maeliss Guillaud et au préfet du Nord.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juin 2024.
Le magistrat désigné,
Signé,
O. HUGUEN
La greffière,
Signé,
F. JANET
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026