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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2403315

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2403315

vendredi 5 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2403315
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantPERINAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 29 mars et 23 avril 2024, M. B C, représenté par Me Périnaud, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 19 mars 2024 par lequel le préfet du Nord a décidé de son transfert aux autorités finlandaises pour l'examen de sa demande d'asile ;

3°) d'enjoindre au préfet du Nord d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale sous astreinte de 155 euros par jours de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à son conseil, Me Périnaud, au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- elle méconnait les dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- elle méconnait les dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013.

La requête a été communiquée au préfet du Nord, qui a produit des pièces.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 juin 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Barre en application de l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Barre, magistrate désignée ;

- les observations de Me Cliquennois, substituant Me Périnaud, représentant M. C, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et soutient, en outre, que l'état de santé du père du requérant, dont la demande d'asile est traitée par la France, requiert la présence de M. C au quotidien à ses côtés ;

- les observations de M. C, assisté de M. A, interprète en langue arabe, qui réitère que son père est âgé et dépendant de lui au quotidien, et qu'il est seul à pouvoir s'occuper de son père dès lors que sa mère est décédée ;

- le préfet du Nord n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant irakien né le 23 février 1980, a déposé une demande d'asile enregistrée le 22 janvier 2024 par les services de la préfecture du Nord. A la suite du dépôt de cette demande, le préfet du Nord, constatant que les empreintes digitales de M. C avaient été enregistrées en Finlande le 25 juillet 2023, a saisi les autorités finlandaises d'une demande de reprise en charge le 19 février 2024, lesquelles ont explicitement fait connaître leur accord le 21 février 2024. Par un arrêté du 19 mars 2024, dont M. C demande l'annulation, le préfet du Nord à décider de transférer M. C aux autorités finlandaises.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. / L'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut également être accordée lorsque la procédure met en péril les conditions essentielles de vie de l'intéressé, notamment en cas d'exécution forcée emportant saisie de biens ou expulsion. / () / L'aide juridictionnelle provisoire devient définitive si le contrôle des ressources du demandeur réalisé a posteriori par le bureau d'aide juridictionnelle établit l'insuffisance des ressources. ".

3. M. C ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 juin 2024 du bureau d'aide juridictionnelle, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur le surplus des conclusions de la requête :

4. Aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 susvisé : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque Etat membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L'Etat membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'Etat membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité. () ". La faculté laissée à chaque Etat membre par cet article de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.

5. M. C soutient que sa présence est nécessaire auprès de son père du fait de l'état de santé de ce dernier, qui est âgé de 81 ans, souffre d'un glaucome et d'hypertension artérielle, fait l'objet d'évanouissements fréquents et a besoin d'aide pour les gestes quotidiens tels que le coucher et le lever, ainsi que la toilette journalière. D'une part, le père de M. C, très âgé et dont il ressort des pièces du dossier que la demande d'asile est en cours d'examen par la France, s'est présenté à l'audience à l'aide d'une canne, dans un état de santé visiblement dégradé, exposant notamment des difficultés motrices apparentes et significatives. D'autre part, il ressort également des pièces du dossier que le requérant est la seule attache familiale de son père sur le territoire français. Dans ces conditions, M. C est fondé à soutenir qu'en décidant de le transférer aux autorités finlandaises, le préfet du Nord a commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 19 mars 2024 par lequel le préfet du Nord a décidé du transfert de M. C aux autorités finlandaises pour l'examen de sa demande d'asile doit être annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

7. Le présent jugement implique nécessairement, eu égard au motif d'annulation retenu, que soit enjoint au préfet du Nord d'enregistrer la demande d'asile de M. C en procédure normale, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. M. C ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dès lors, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Périnaud renonce à percevoir la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Périnaud de la somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande de M. C tendant à son admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du 19 mars 2024 par lequel le préfet du Nord a décidé du transfert de M. C aux autorités finlandaises pour l'examen de sa demande d'asile est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet du Nord d'enregistrer la demande d'asile de M. C en procédure normale, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'Etat versera à Me Périnaud, sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la part contributive de l'Etat, la somme de 1 000 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Périnaud et au préfet du Nord.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2024.

La magistrate désignée,

Signé

C. BARRE

La greffière,

Signé

N. BELHARRET1.

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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