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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2403337

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2403337

lundi 15 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2403337
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantFOURDAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 avril 2024, Mme A B, représentée par Me Fourdan, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un récépissé provisoire avec autorisation de travail ou une attestation de prolongation d'instruction, dans le délai de 15 jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2000 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

Sur l'urgence, que :

- l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides lui a reconnu la qualité de réfugié par une décision de son directeur général du 31 août 2022 ;

- a sa majorité, elle a tenté, en vain, de déposer une demande tendant à la délivrance de la carte de résident qu'implique cette reconnaissance ;

- l'absence de délivrance de son titre de séjour la place dans une situation de grande précarité administrative et financière, eu égard en outre à ses problèmes de santé ;

Sur l'atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale, que :

- le refus de délivrance d'une carte de résident ou d'une attestation de prolongation d'instruction porte une telle atteinte aux libertés fondamentales reconnues à un étranger reconnu réfugié, et en particulier à sa liberté d'aller et venir, et à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Robbe, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique.

Au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 4 avril 2024 à 10h45, en présence de M. Deraoui, greffier, M. Robbe, juge des référés, a lu son rapport et entendu les observations de Me Fourdan, représentant Mme B, qui reprend les conclusions et moyens de la requête et fixe désormais à 48 heures le délai assortissant ses conclusions à fin d'injonction.

Le préfet du Nord n'était ni présent ni représenté.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".

2. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en raison de l'urgence qui s'attache au règlement du présent litige, d'admettre Mme B, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".

En ce qui concerne l'urgence :

4. Aux termes de l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel la qualité de réfugié a été reconnue en application du livre V se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans ". Aux termes de l'article L. 424-2 du même code : " Après avoir déposé sa demande de carte de résident, et dans l'attente de la délivrance de cette carte, l'étranger mentionné à l'article L. 424-1 a le droit d'exercer la profession de son choix dans les conditions prévues à l'article L. 414-10. / Les conditions dans lesquelles l'étranger est autorisé à séjourner en France dans l'attente de la délivrance de la carte de résident sont déterminées par décret en Conseil d'Etat ". Selon l'article R. 424-1 de ce code : " Le préfet procède à la délivrance de la carte de résident prévue aux articles L. 424-1 ou L. 424-3 dans un délai de trois mois à compter de la décision de reconnaissance de la qualité de réfugié par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile. Ce délai n'est pas applicable aux membres de famille visés à l'article L. 561-2 ". Enfin, aux termes de l'article R. 431-15-3 : " Pour l'application de l'article L. 424-2, dès que la qualité de réfugié lui est reconnue, l'étranger est informé des modalités lui permettant d'accéder au téléservice mentionné à l'article R. 431-2 afin qu'il souscrive une demande de délivrance de la carte de résident prévue à l'article L. 424-1. / Dès la souscription de cette demande, une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande mentionnée au deuxième alinéa l'article R. 431-15-1, d'une durée de six mois renouvelable, est mise à sa disposition par le préfet au moyen de ce téléservice. Cette attestation porte la mention " reconnu réfugié ". / Ce document lui permet de justifier de la régularité de son séjour pendant la durée qu'il précise et lui confère le droit d'exercer la profession de son choix dans les conditions prévues à l'article L. 414-10 ".

5. Par une décision en date du 31 août 2022, le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides a reconnu la qualité de réfugié à Mme B, ressortissante koweitienne née le 11 novembre 2005. Elle soutient, sans être contestée sur ce point et en produisant une capture d'écran étayant cette affirmation, que, à sa majorité, elle a tenté de déposer, sur la plateforme Administration Numérique pour les Étrangers en France (ANEF), une demande de délivrance de la carte de résident qu'implique la reconnaissance de la qualité de réfugié, mais avoir été dans l'impossibilité de le faire dès lors que, pour l'identification de la personne pour laquelle le titre de séjour est sollicité, la case " Moi-même (à partir de 16 ans) " ne pouvait être cochée. Elle soutient également avoir alerté les services de la préfecture du Nord de cette difficulté par plusieurs courriels, qu'elle produit, et que, à la suite d'une relance effectuée par son avocate le 15 janvier 2024 auprès du Point d'Accueil Numérique (PAN), ces services ont répondu, par un courriel du même jour, également versé au dossier, en l'invitant à adresser son dossier de demande par voie postale. Mme B établit que ce dossier a été reçu par voie postale par la préfecture du Nord le 30 janvier 2024. Par une lettre du 7 février 2024, la préfecture du Nord, confirmant la réception de ce dossier, l'a invitée à procéder à ce dépôt via l'ANEF. Par un courriel du 20 février 2024, l'avocat de Mme B a de nouveau saisi PAN afin qu'il soit mis fin aux difficultés rencontrées par elle que son dossier soit enregistré. La situation précaire ainsi imposée à Mme B, dénué de tout document provisoire de séjour à la date de la présente ordonnance, crée une situation d'urgence au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.

En ce qui concerne l'atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale :

6. Ainsi qu'il a été indiqué au point précédent, le dossier de la demande présentée Mme B tendant à la délivrance de la carte de résident qu'implique la reconnaissance de la qualité de réfugié a été réceptionnée par les services de la préfecture du Nord le 30 janvier 2024. Il n'est nullement allégué par le préfet du Nord que l'intéressée n'aurait pas déposé sa demande dans les formes et appuyée des pièces justificatives requises permettant de l'instruire et d'y statuer. Il n'apparaît pas, en l'état de l'instruction, que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides aurait mis fin au statut de réfugié accordé à Mme B. Ainsi, en s'abstenant de délivrer à Mme B un document de séjour lui permettant de justifier de la régularité de son séjour sur le territoire français, le préfet du Nord a porté une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales reconnues aux étrangers en situation régulière, en particulier à sa liberté d'aller et venir et à sa liberté de travailler.

En ce qui concerne la mesure de sauvegarde à ordonner :

7. Il résulte de la combinaison des dispositions des articles L. 511-1, L. 521-2 et L. 521-4 du code de justice administrative qu'il appartient au juge des référés, lorsqu'il est saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 précité et qu'il constate une atteinte grave et manifestement illégale portée par une personne morale de droit public à une liberté fondamentale, de prendre les mesures qui sont de nature à faire disparaître les effets de cette atteinte. Ces mesures doivent en principe présenter un caractère provisoire, sauf lorsqu'aucune mesure de cette nature n'est susceptible de sauvegarder l'exercice effectif de la liberté fondamentale à laquelle il est porté atteinte.

8. Eu égard à l'office du juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 précité, rappelé au point précédent, et compte tenu de la faible période écoulée depuis l'expiration du délai au terme duquel Mme B aurait dû être munie d'une carte de résident en application des dispositions précitées des articles L. 424-1, L. 424-2 et R. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a seulement lieu d'enjoindre au préfet du Nord de délivrer à la requérante une attestation de prolongation d'instruction de sa demande de titre de séjour dans un délai de deux jours à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

Sur les frais du litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État, partie perdante dans la présente instance, le versement d'une somme de 800 euros au titre des frais que Mme B devrait y exposer, soit en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et au bénéfice de Me Fourdan, avocate, dans le cas où le bénéfice définitif de l'aide juridictionnelle serait accordé à Mme B et sous réserve alors que Me Fourdan renonce à percevoir la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle, soit en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au bénéfice de Mme B, dans le cas où le bénéfice définitif de l'aide juridictionnelle lui serait refusé.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme B est admise provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Nord de délivrer à Mme B une attestation de prolongation d'instruction de sa demande de titre de séjour dans un délai de deux jours à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

Article 3 : L'État versera la somme de 800 euros au titre des frais d'instance dans les conditions mentionnées au point 9.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B, à Me Fourdan et au ministre de l'intérieur et des outre-mer

Une copie en sera adressée, pour information, au préfet du Nord.

Fait à Lille, le 15 avril 2024.

Le juge des référés,

Signé

J. ROBBE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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