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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2403618

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2403618

mercredi 29 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2403618
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSCHRYVE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 avril 2024, M. B A, représenté par Me Schryve, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) statuant sur le fondement de l'article L. 911-7 du code de justice administrative, d'ordonner la liquidation de l'astreinte prononcée par l'ordonnance n° 2401575 du 1er mars 2024 du juge des référés du tribunal administratif de Lille, pour la période allant du 1er avril 2024 jusqu'à l'intervention de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que l'ordonnance n° 2401575 du 1er mars 2024 du juge des référés du tribunal administratif de Lille, en ce qu'elle prescrit au préfet du Nord de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification de cette ordonnance, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, n'a pas été exécutée, dès lors qu'il n'a reçu aucun retour de la préfecture s'agissant du réexamen de sa situation.

La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas produit de mémoire en défense avant l'audience.

Vu :

- l'ordonnance n° 2401575 du 1er mars 2024 du juge des référés du tribunal administratif de Lille ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Robbe, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 18 avril 2024 à 10h30, en présence de M. Deraoui, greffier, M. Robbe, juge des référés, a lu son rapport et entendu Me Schryve, représentant M. A, qui reprend les conclusions et moyens de la requête.

Le préfet du Nord n'était ni présent, ni représenté.

Par un mémoire, enregistré le 24 avril 2024, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que le requérant dispose d'un récépissé valable du 27 février 2024 au 26 mai 2024 et qu'une carte de séjour valable du 18 avril 2024 au 17 avril 2025 a été mise en fabrication.

Les parties ont été informées, par une première lettre du 6 mai 2024, que la clôture d'instruction était différée au 7 mai 2024 à 16h00, puis, par une seconde lettre du 6 mai 2024, que la clôture d'instruction était de nouveau différée au lundi 13 mai à 16h00.

Par un nouveau mémoire, enregistré le 6 mai 2024, M. A, représenté par Me Schryve, déclare maintenir l'ensemble des conclusions de sa requête.

Il soutient que l'ordonnance n° 2401575 du 1er mars 2024, en ce qu'elle prescrit au préfet du Nord de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification de cette ordonnance, n'a pas été exécutée, dès lors que son titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ne lui a été délivré que le 2 mai 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Par son ordonnance n° 2401575 du 1er mars 2024, le juge des référés du tribunal administratif de Lille a, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, suspendu l'exécution de la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet du Nord sur la demande de M. A, ressortissant ivoirien né le 13 octobre 1990, tendant au renouvellement de son titre de séjour, au motif que la condition d'urgence était remplie et que le moyen tiré de la méconnaissance par le préfet du Nord des articles L. 423-3 et L. 423-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile était propre, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. En outre, le juge des référés a enjoint au préfet du Nord de réexaminer la situation de M. A, dans un délai d'un mois à compter de la notification de cette ordonnance, sous astreinte de 50 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans cette attente et dans un délai de sept jours, une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. Par la présente requête, M. A demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 911-7 du code de justice administrative, d'ordonner la liquidation de l'astreinte assortissant l'injonction de réexamen de sa situation, prononcée par l'ordonnance n° 2401575 du 1er mars 2024 du juge des référés du tribunal administratif de Lille, pour la période allant du 1er avril 2024 jusqu'à l'intervention de l'ordonnance à intervenir.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ". Par une décision du 6 mai 2024 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Lille, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, sa demande tendant à être admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire est devenue sans objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions tendant, sur le fondement de l'article L. 911-7 du code de justice administrative, à la liquidation d'astreinte :

3. Aux termes de l'article L. 911-6 du code de justice administrative : " L'astreinte est provisoire ou définitive. Elle doit être considérée comme provisoire à moins que la juridiction n'ait précisé son caractère définitif. Elle est indépendante des dommages et intérêts ". Aux termes de son article L. 911-7 : " En cas d'inexécution totale ou partielle ou d'exécution tardive, la juridiction procède à la liquidation de l'astreinte qu'elle avait prononcée. / Sauf s'il est établi que l'inexécution de la décision provient d'un cas fortuit ou de force majeure, la juridiction ne peut modifier le taux de l'astreinte définitive lors de sa liquidation. / Elle peut modérer ou supprimer l'astreinte provisoire, même en cas d'inexécution constatée ".

4. D'une part, l'astreinte a pour finalité de contraindre la personne qui s'y refuse à exécuter les obligations qui lui ont été assignées par une décision de justice. Sa liquidation a pour objet de tirer les conséquences du refus ou du retard mis à exécuter ces obligations. Il appartient au juge qui a assorti d'une astreinte l'injonction faite à l'une des parties, de statuer sur les conclusions tendant à ce que cette astreinte soit liquidée. Il peut alors procéder à cette liquidation s'il constate que les mesures qu'il avait prescrites n'ont pas été exécutées ou l'ont été tardivement. Il peut la modérer ou la supprimer compte tenu notamment des diligences accomplies par les parties en vue de procéder à l'exécution de la chose ordonnée, sans toutefois pouvoir remettre en cause les mesures décidées par le dispositif de la décision juridictionnelle dont l'exécution est demandée. Toutefois, si l'administration justifie avoir adopté, en lieu et place des mesures provisoires ordonnées par le juge des référés, des mesures au moins équivalentes à celles qu'il lui a été enjoint de prendre, le juge de l'exécution peut, compte tenu des diligences ainsi accomplies, constater que l'ordonnance du juge des référés a été exécutée.

5. D'autre part, l'exécution de la décision juridictionnelle, qui enjoint au réexamen de la demande de titre de séjour d'un étranger dans le délai imparti par cette décision, implique une prise de position expresse sur le droit à la délivrance du titre de séjour sollicité, portée à la connaissance de l'intéressé.

6. Il n'est pas contesté que M. A ne s'est vu délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " que le 2 mai 2024, en dépit de l'injonction faite au préfet du Nord d'y procéder dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance n° 2401575 du 1er mars 2024, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. Cette ordonnance a été notifiée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et copie a été adressée au préfet du Nord le même jour. Il y a lieu, dès lors, de procéder, au bénéfice de M. A, à la liquidation définitive de l'astreinte assortissant cette injonction pour la période commençant à compter du 2 avril 2024, ainsi qu'il est demandé, et jusqu'au 2 mai 2024, date de remise effective du titre de séjour en cause, soit pour 31 jours. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de modérer le montant total dû, qui doit ainsi être fixé à 1 550 euros.

Sur les frais du litige :

7. M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Schryve, avocate de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Schryve de la somme de 800 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 800 euros sera versée à M. A.

O R D O N N E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire de M. A.

Article 2 : L'Etat est condamné à verser à M. A une somme de 1 550 euros au titre de la liquidation définitive de l'astreinte fixée par l'ordonnance n° 2401575 du 2 mars 2024, pour la période allant du 1er avril 2024 au 2 mai 2024.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 800 euros au titre de frais d'instance dans les conditions mentionnées au point 7.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à Me Schryve et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Une copie sera adressée pour information au préfet du Nord et par application de l'article R. 921-7 du code de justice administrative, au ministère public près la Cour des comptes.

Fait à Lille, le 29 mai 2024.

Le juge des référés,

Signé

J. ROBBE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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