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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2403772

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2403772

vendredi 21 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2403772
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantDEWAELE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 avril 2024, M. A B, représenté par Me Dewaele, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de :

- la décision implicite de rejet née le 14 juin 2023 du silence gardé par le préfet du Nord sur sa demande tendant à la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ;

- la décision du 7 juillet 2023 par laquelle cette même autorité a rejeté sa demande tendant au renouvellement de son titre de séjour portant la mention " travailleur temporaire " ;

3°) d'enjoindre au préfet du Nord de procéder au réexamen de sa situation, sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de l'expiration d'un délai de deux mois suivant la notification de l'ordonnance à intervenir et de lui délivrer, dans cette attente, un document provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de l'expiration d'un délai de quinze jours suivant la notification de l'ordonnance à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Vu :

- la copie de la requête à fin d'annulation de la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Robbe, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant malien né le 5 août 1999, est entré en France le 10 décembre 2015 en qualité de mineur non accompagné. Il déclare avoir été, à sa majorité, muni d'une carte de séjour temporaire portant la mention " travailleur temporaire ", régulièrement renouvelée, dont la dernière était valable du 16 décembre 2022 au

31 mars 2023. Par un courrier reçu le 14 février 2023 par les services de la préfecture du Nord, il a sollicité un changement de statut en vue de la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". M. B a, par ailleurs, par une demande en date du 30 mai 2023, sollicité le renouvellement de son titre de séjour portant la mention " travailleur temporaire ". Par une ordonnance n° 2401460 du 15 février 2024, le juge des référés du tribunal administratif de Lille a rejeté une première demande de M. B tendant, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, à la suspension de la décision implicite de rejet née le 14 juin 2023 du silence gardé par le préfet du Nord sur sa demande de changement de statut, ainsi que de la décision du 7 juillet 2023 par laquelle cette même autorité a rejeté sa demande tendant au renouvellement de titre de séjour, au motif que la condition d'urgence n'était pas remplie. Par la présente requête, M. B demande à nouveau au juge des référés, statuant sur le même fondement, de suspendre l'exécution des mêmes décisions du 14 juin 2023 et du 7 juillet 2023.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.

En ce qui concerne la décision implicite de rejet du 14 juin 2023 :

3. Pour l'application des dispositions ci-dessus reproduites de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

4. M. B ayant, par l'effet de sa demande de changement de statut, renoncé à solliciter le renouvellement de son titre de séjour portant la mention " travailleur temporaire ", la présomption d'urgence mentionnée au point précédent ne trouve pas à s'appliquer.

5. Pour justifier l'urgence qui s'attache, selon lui, à suspendre l'exécution de la décision en litige, M. B faisant état d'éléments nouveaux, soutient que celle-ci fait obstacle à la poursuite de son activité professionnelle, alors qu'il justifie d'une excellente intégration professionnelle ainsi que d'une promesse d'embauche au sein de l'entreprise Novaceram, de sorte que, privé de revenus, il ne peut plus subvenir à ses besoins et accumule les dettes. Toutefois, d'une part, la condition d'urgence posée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative est distincte du point de savoir si les moyens invoqués sont propres à faire naître, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, de sorte que la circonstance selon laquelle M. B justifierait d'une excellente intégration professionnelle est, en tant que telle, sans incidence sur ce point. D'autre part, ainsi que l'avait déjà rappelé la juge des référés dans son ordonnance du 15 février 2024, en se bornant à produire un avenant à son contrat de travail, faisant par ailleurs apparaître une prolongation de celui-ci jusqu'au 31 décembre 2023, ainsi que des bulletins de salaires, M. B n'apporte à l'appui de ses allégations aucune justification suffisante permettant d'établir que l'impossibilité dans laquelle il se trouverait de poursuivre son activité professionnelle, ainsi que la situation de précarité financière qui en découlerait, trouveraient leur origine dans l'exécution de la décision en litige. Il en va de même des pièces produites dans la présente instance, et notamment de l'extrait de relevé de compte bancaire produit par l'intéressé, lesquelles ne permettent pas d'avantage de caractériser l'existence d'une situation de précarité financière qui découlerait des décisions en litige.

6. Par ailleurs, si M. B fait valoir, toujours au titre de l'urgence, que la décision en litige porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale, dès lors que, placé en situation irrégulière sur le territoire français, il risque de faire l'objet d'une mesure d'éloignement, cette situation, ainsi que l'avais également déjà relevé la juge des référés dans l'ordonnance précitée, n'est pas distincte de celles d'autres demandeurs de titres de séjour et ne permet pas non plus, en l'absence de circonstances particulières propres à l'intéressé, à caractériser la nécessité pour lui de bénéficier dans des délais brefs d'une mesure de suspension dans l'attente de l'intervention du juge au principal. Par suite, la condition d'urgence exigée par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner si la condition tenant au doute sérieux est remplie, qu'il y a lieu de rejeter les conclusions de M. B tendant à la suspension de la décision implicite de rejet née le 14 juin 2023 du silence gardé par le préfet du Nord sur sa demande de changement de statut.

En ce qui concerne la décision du 7 juillet 2023 :

8. Aux termes de l'article R. 431-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger titulaire d'un document de séjour doit, en l'absence de présentation de demande de délivrance d'un nouveau document de séjour six mois après sa date d'expiration, justifier à nouveau, pour l'obtention d'un document de séjour, des conditions requises pour l'entrée sur le territoire national lorsque la possession d'un visa est requise pour la première délivrance d'un document de séjour. ". Ces dispositions, relatives à la situation d'un ressortissant étranger titulaire d'un document de séjour et présentant une demande de délivrance d'un nouveau document de séjour, ont uniquement pour objet, dans le cas où cette demande est présentée dans les six mois suivant l'expiration de ce document de séjour, de dispenser l'intéressé de justifier des conditions requises pour l'entrée sur le territoire national lorsque la possession d'un visa est requise pour la première délivrance d'un document de séjour. Il n'en résulte pas, contrairement à ce qui est soutenu, que lorsqu'un étranger présente, dans ce délai de six mois, une nouvelle demande de titre de séjour, cette demande de titre doive être regardée comme une demande de renouvellement.

9. Aux termes de l'article R. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si l'étranger séjourne déjà en France, sa demande est présentée dans les délais suivants : / 1° L'étranger qui dispose d'un document de séjour mentionné aux 2° à 8° de l'article L. 411-1 présente sa demande de titre de séjour entre le cent-vingtième jour et le soixantième jour qui précède l'expiration de ce document de séjour lorsque sa demande porte sur un titre de séjour figurant dans la liste mentionnée à l'article R. 431-2. () ". Aux termes de l'article L. 411-1 du même code : " Sous réserve des engagements internationaux de la France ou du livre II, tout étranger âgé de plus de dix-huit ans qui souhaite séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois doit être titulaire de l'un des documents de séjour suivants : () / 3° Une carte de séjour temporaire () ". Il résulte de ces dispositions que lorsqu'un étranger présente, après l'expiration du délai de renouvellement du titre qu'il détenait précédemment, une nouvelle demande de titre de séjour, cette demande de titre doit être regardée comme une première demande. En l'espèce, la demande de titre de séjour de M. B ayant été déposée, ainsi qu'il a été dit au point 1, le 30 mai 2023, soit après l'expiration du délai de renouvellement du titre de séjour que ce dernier détenait précédemment, elle doit être regardée comme une première demande. La présomption d'urgence mentionnée au point précédent ne trouve par conséquent pas à s'appliquer.

10. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 6 et 7, et ainsi que l'avait encore rappelé la juge des référés dans son ordonnance du 15 février 2024, la condition d'urgence ne saurait, non plus, être regardée comme remplie s'agissant des conclusions de M. B tendant à la suspension de la décision du 7 juillet 2023 par laquelle le préfet du Nord a rejeté la demande de renouvellement de son titre de séjour. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner si la condition tenant au doute sérieux est remplie, ces conclusions doivent également être rejetées.

11. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il y ait lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, qu'il y a lieu de rejeter les conclusions à fins de suspension des décisions litigieuses, ainsi que les conclusions tendant au prononcé d'une injonction et celles tendant au versement d'une somme au titre des frais du procès, selon la procédure prévue à l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et à Me Dewaele.

Une copie sera adressée pour information préfet du Nord.

Fait à Lille, le 21 juin 2024.

Le juge des référés,

Signé

J. ROBBE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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