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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2403776

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2403776

vendredi 19 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2403776
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantLANCIEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 11 avril 2024 et 18 avril 2024, M. C E demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 10 avril 2024 par lequel la préfète de l'Oise lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de l'expiration du délai de quinze jours suivant la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 2 000 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles ont été prises par une autorité incompétente ;

- elles ne lui ont pas été notifiées dans une langue qu'il comprend ;

En ce qui concerne la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français :

- elle porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

En ce qui concerne la décision lui refusant un délai de départ volontaire :

- elle est illégale en ce que son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public et qu'il ne présente pas de risque de fuite ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision faisant interdiction de retour :

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à sa durée.

La préfète de l'Oise a produit le 19 avril 2024, postérieurement à l'audience, un mémoire en défense.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Bonhomme en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique,:

- le rapport de Mme Bonhomme, magistrate désignée ;

- les observations de Me Lancien, avocate de M. E, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ; elle soulève en outre le moyen tiré de ce que les décisions attaquées ont été prises en méconnaissance du droit à être entendu ; s'agissant de la décision faisant obligation à M. E de quitter le territoire français, elle soulève également le moyen tiré de l'erreur de fait en ce que l'intéressé dispose, contrairement à ce qu'a retenu la préfète de l'Oise, d'attaches en France où il réside depuis 2012 ; s'agissant de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire, elle soulève les moyens tirés du défaut d'examen sérieux de la situation de M. E et de l'erreur manifeste d'appréciation ; enfin, s'agissant de la décision faisant interdiction à M. E de retour sur le territoire français, elle développe le moyen tiré de l'erreur d'appréciation dès lors qu'il n'est pas démontré que M. E aurait fait l'objet de précédentes mesures d'éloignement et que sa présence ne représente pas une menace pour l'ordre public ;

- les observations de M. E, assisté de Mme B, interprète en langue arabe ;

- la préfète de l'Oise n'étant ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 9h45.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant libyen né le 10 novembre 1988, demande l'annulation de l'arrêté en date du 10 avril 2024 par lequel la préfète de l'Oise lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

2. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. Par un arrêté du 14 septembre 2023, régulièrement publié le même jour au numéro spécial du recueil des actes administratifs de la préfecture, la préfète de l'Oise a donné délégation à M. D A, sous-préfet de Beauvais, secrétaire général de la préfecture de l'Oise, à l'effet de signer notamment les décisions et les actes de procédure prévus par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, les décisions attaquées comportent, avec une précision suffisante, les considérations de droit et de fait sur lesquelles elles se fondent. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de ces décisions doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union ". Aux termes du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Enfin, aux termes du paragraphe 1 de l'article 51 de la Charte : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union. () ".

5. Le droit d'être entendu, principe général du droit de l'Union européenne, se définit comme celui de toute personne à faire connaître, de manière utile et effective, ses observations écrites ou orales au cours d'une procédure administrative, avant l'adoption de toute décision susceptible de lui faire grief. Toutefois, ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Enfin, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

6. S'il n'est pas établi que M. E ait été entendu avant que ne soit prise à son encontre les décisions attaquées, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait eu à faire valoir des éléments pertinents de nature à influencer le sens de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de ce que les décisions en litige auraient été prises en violation du droit de l'intéressé à être entendu doit être écarté.

7. En dernier lieu, les conditions de notification d'une décision sont sans incidence sur sa légalité. Par suite, le moyen tiré de ce que les décisions attaquées n'auraient pas été notifiées à M. E dans une langue qu'il comprend ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision faisant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, si M. E soutient que la décision par laquelle la préfète de l'Oise est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il dispose, contrairement à ce qu'a retenu l'autorité préfectorale, d'attaches en France, il ne produit aucun élément qu'il aurait noué sur le territoire français des liens d'une particulière intensité. Par suite, ce moyen doit être écarté.

9. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. Il ressort des termes de la décision attaquée ainsi que des déclarations de M. E à l'audience que l'intéressé indique être arrivé en France en 2012, sans toutefois qu'il produise d'élément à l'appui de ses allégations. En tout état de cause, à supposer établie sa durée de présence en France, il ne justifie pas, ainsi qu'il a été dit au point précédent, avoir noué sur le territoire français, où il est célibataire et sans enfant, des liens d'une particulière intensité. Par ailleurs, s'il confirme à l'audience travailler sur des marchés, il ne produit aucun élément attestant de la réalité et de l'ampleur de cette activité. Dans ces conditions, et alors même qu'il indique à l'audience que ses parents sont décédés, qu'il est fils unique et qu'il n'a plus de membres de sa famille en Libye, il ne démontre pas qu'il serait dans l'incapacité de se réinsérer socialement dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à ses 24 ans. Dans ces conditions, la préfète de l'Oise n'a pas, en faisant obligation à M. E de quitter le territoire français, porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, eu égard aux buts poursuivis par cette mesure. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

11. En premier lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni des pièces du dossier que la préfète de l'Oise n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation de M. E. Par suite, ce moyen doit être écarté.

12. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". L'article L. 612-3 du même code dispose que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; /3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / 6° L'étranger, entré irrégulièrement sur le territoire de l'un des États avec lesquels s'applique l'acquis de Schengen, fait l'objet d'une décision d'éloignement exécutoire prise par l'un des États ou s'est maintenu sur le territoire d'un de ces États sans justifier d'un droit de séjour ; / 7° L'étranger a contrefait, falsifié ou établi sous un autre nom que le sien un titre de séjour ou un document d'identité ou de voyage ou a fait usage d'un tel titre ou document ; / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".

13. Il ressort des termes de la décision attaquée que la préfète de l'Oise, pour refuser à M. E l'octroi d'un délai de départ volontaire, s'est notamment fondée sur le 1° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité au motif que l'intéressé serait connu du fichier des antécédents judiciaires pour des faits de maintien irrégulier sur le territoire français, violation de domicile, vente frauduleuse de tabac, cession ou offre de stupéfiants à une personne en vue de sa consommation personnelle, usage illicite de stupéfiants, vente à la sauvette, acquisition et détention illicites de substances psychotropes, port sans motif légitime d'arme blanche ou incapacitante de catégorie B et dégradation d'un bien appartenant à autrui. Or, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. E serait effectivement connu pour de tels faits et sa participation à de tels faits n'est pas davantage démontrée. Par suite, c'est à tort que la préfète de l'Oise a retenu que la présence de M. E constituait une menace pour l'ordre public.

14. Toutefois, la préfète de l'Oise s'est également fondée, pour refuser au requérant l'octroi d'un délai de départ, sur l'existence d'un risque que ce dernier se soustrait à la mesure d'éloignement, au vu du 1°, du 5° et du 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité. S'il n'est pas établi que le requérant aurait fait l'objet de précédentes mesures d'éloignement, il ressort de ses déclarations mêmes à l'audience qu'il est entré irrégulièrement en France et n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Il n'a pas davantage présenté de documents d'identité ou de voyage en cours de validité et n'a pas justifié d'un lieu de résidence effective et permanente dans un lieu d'habitation, exposant au contraire ne pas avoir de domicile fixe et être hébergé par le 115 ou chez des amis. Dans ces conditions, la préfète de l'Oise a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, retenir l'existence d'un risque de soustraction et, par suite, refuser d'accorder à M. E un délai de départ volontaire.

15. Enfin, il résulte de l'instruction que la préfète de l'Oise aurait pris la même décision si elle s'était fondée seulement sur le 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

16. En dernier lieu, compte tenu de la situation de M. E telle qu'énoncée au point 10 et notamment de la circonstance qu'il ne justifie pas avoir d'attaches particulières sur le territoire français, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision fixant le pays de destination :

17. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux points 2 à 10, le moyen tiré de l'illégalité de la décision faisant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

18. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

19. M. E soutient qu'il craint pour sa vie en cas de retour en Libye. S'il fait valoir qu'il a quitté son pays en raison de la guerre qui y sévissait et s'il se prévaut des recommandations faites aux voyageurs par le ministère des affaires étrangères sur son site internet, il n'établit pas être personnellement et actuellement exposé au risque de subir dans son pays d'origine des traitements prohibés par les stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision faisant interdiction de retour sur le territoire français :

20. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". L'article L. 612-10 de ce code dispose que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

21. Pour faire interdiction à M. E de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans, la préfète de l'Oise s'est fondée sur la durée de présence en France, sur son absence de liens anciens, intenses et stables en France, ainsi que sur les circonstances qu'il a fait l'objet de deux précédentes mesures d'éloignement et que sa présence représente une menace à l'ordre public. Or, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. E aurait fait l'objet de précédentes mesures d'éloignement. En outre, ainsi qu'il a été dit au point 13, il n'est pas démontré que sa présence en France représenterait une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, en fixant à deux ans la durée pendant laquelle elle a interdit à M. E de revenir sur le territoire français, la préfète de l'Oise a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers. Dès lors que le principe d'une interdiction de retour sur le territoire français n'est pas divisible de sa durée, l'erreur d'appréciation ainsi commise par la préfète de l'Oise entache la décision attaquée d'une illégalité totale et doit entraîner son annulation, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête.

22. Il résulte de tout ce qui précède que M. E est uniquement fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle la préfète de l'Oise lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

23. Le présent jugement n'implique pas qu'il soit enjoint à la préfète de l'Oise de réexaminer la situation de M. E et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour. Par suite, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte présentées par le requérant doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

24. M. E n'a demandé le bénéfice de l'aide juridictionnelle ni directement ni par l'entremise de son conseil. Par suite, son avocate ne peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dès lors, il y a lieu de rejeter les conclusions tendant à l'application combinée des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

DÉCIDE :

Article 1er : La décision du 10 avril 2024 par laquelle la préfète de l'Oise a fait interdiction à M. E de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. E est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C E, à Me Delphine Lancien et à la préfète de l'Oise.

Lu en audience publique le 19 avril 2024.

La magistrate désignée,

signé

F. BONHOMMELa greffière,

signé

F. JANET

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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