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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2403781

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2403781

mercredi 12 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2403781
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantDELOBEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 avril 2024, M. B A, demande au tribunal d'annuler la décision du 8 avril 2024 par laquelle le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur de fait en ce qu'il a fait parvenir plusieurs fois sa demande de renouvellement à la préfecture du Nord et " fait des démarches avec une association " ;

- elle est entachée d'un défaut examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Des pièces, enregistrées le 15 avril 2024, ont été produites par le préfet du Nord.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Borget en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Borget, magistrat désigné ;

- les observations de Me Delobel, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens, y ajoutant en outre que la décision portant obligation de quitter le territoire français ainsi que celle fixant le pays de destination dont il a la nationalité méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il sollicite par ailleurs en cas d'annulation de la décision attaquée l'octroi d'un titre de séjour provisoire ;

- les observations de Me Doucet, représentant le préfet du Nord, qui conclut au rejet de la requête au motif qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé ;

- et les observations de M. A, qui répond aux questions posées par le tribunal dans le cadre de l'instruction et remet une copie de capture d'écran d'un téléphone mobile non datée indiquant notamment " l'administration n'a pas connaissance de la date de remise de votre dernier titre de séjour ".

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin d'annulation :

1. M. A, ressortissant comorien, né le 15 février 2002, est entré en France métropolitaine le 7 septembre 2022 muni de son passeport comorien, après s'être vu délivré le 23 septembre 2021 par la préfecture de Mayotte une carte de séjour temporaire portant la mention vie privée et familiale valable jusqu'au 22 septembre 2022. Par arrêté en date du 8 avril 2024 le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement, lui a interdit le retour sur le territoire français avant l'expiration du délai d'un an. Par arrêté du même jour, le préfet du Nord l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Par sa requête, M. A demande l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire :

2. En premier lieu, d'une part aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si l'étranger séjourne déjà en France, sa demande est présentée dans les délais suivants : / 1° L'étranger qui dispose d'un document de séjour mentionné aux 2° à 8° de l'article L. 411-1 [dont le 3° se réfère à la " carte de séjour temporaire "] présente sa demande de titre de séjour entre le cent-vingtième jour et le soixantième jour qui précède l'expiration de ce document de séjour lorsque sa demande porte sur un titre de séjour figurant dans la liste mentionnée à l'article R. 431-2. Lorsque sa demande porte sur un titre de séjour ne figurant pas dans cette liste, il présente sa demande dans le courant des deux mois précédant l'expiration du document dont il est titulaire () ". L'article R. 431-2 du même code dispose : " La demande d'un titre de séjour figurant sur une liste fixée par arrêté du ministre chargé de l'immigration s'effectue au moyen d'un téléservice à compter de la date fixée par le même arrêté. Les catégories de titres de séjour désignées par arrêté figurent en annexe 9 du présent code. / Les personnes qui ne sont pas en mesure d'effectuer elles-mêmes le dépôt en ligne de leur demande bénéficient d'un accueil et d'un accompagnement leur permettant d'accomplir cette formalité. / En outre, une solution de substitution, prenant la forme d'un accueil physique permettant l'enregistrement de la demande, est mise en place pour l'étranger qui, ayant accompli toutes les diligences qui lui incombent, notamment en ayant fait appel au dispositif d'accueil et d'accompagnement prévu à l'alinéa précédent, se trouve dans l'impossibilité constatée d'utiliser le téléservice pour des raisons tenant à la conception ou au mode de fonctionnement de celui-ci. / Le ministre chargé de l'immigration fixe par arrêté les modalités de l'accueil et de l'accompagnement mentionnés au deuxième alinéa ainsi que les conditions de recours et modalités de mise en œuvre de la solution de substitution prévue au troisième alinéa ".

4. Le préfet relève dans la décision attaquée que M. A s'est maintenu sur le territoire français sans demander le renouvellement du titre de séjour pluriannuel qui lui a été délivré et qu'il se trouve ainsi dans la situation visée au 2° de l'article L. 611-1 cité au point 2. Contrairement à ce que soutient le requérant il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait déposé plusieurs demandes de renouvellement de titre de séjour dans les formes et conditions prévues par les dispositions rappelées au point précédent, en ce compris dans leur version précédemment applicable. Par suite le moyen tiré de l'existence d'une erreur de fait doit être écarté.

5. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment des termes de l'arrêté en litige, que le préfet du Nord a procédé, avant de prendre la décision attaquée, à un examen particulier des éléments qui caractérisent la situation personnelle de M. A. Par suite, le moyen tiré d'un défaut d'examen particulier de la situation du requérant doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

7. M. A, ressortissant comorien né en 2002, déclare être entré en France métropolitaine en 2022 et avoir toujours vécu avant cela à Mayotte. S'il se prévaut de la présence d'une sœur sur le territoire métropolitain avec laquelle il ne justifie cependant d'aucune relation, il ne justifie pas davantage d'un emploi ou d'une insertion sociale d'une particulière intensité. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il serait dépourvu d'attache dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le préfet du Nord n'a pas, en prenant la décision en litige, porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

8. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 7, la décision n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle. Ce moyen ne peut également qu'être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

10. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 7, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions résultant de l'arrêté du 8 avril 2024 par lequel le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement, et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter les conclusions aux fins d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Nord.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juin 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

J. BORGETLa greffière,

Signé

N. CARPENTIER

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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