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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2403817

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2403817

lundi 24 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2403817
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantCABINET CENTAURE AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lille a rejeté la requête de M. A, un ressortissant malien, qui contestait l'arrêté préfectoral du 13 mars 2024 lui refusant un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français et prononçant une interdiction de retour d'un an. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence et d'insuffisance de motivation, jugeant que le signataire disposait d'une délégation régulière et que l'arrêté était suffisamment motivé. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des demandes d'annulation et d'injonction, sans qu'il soit nécessaire d'examiner les autres moyens soulevés. Cette décision s'appuie notamment sur le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) et le code des relations entre le public et l'administration.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 avril 2024 et 16 septembre 2024, M. E A, représenté par Me Navy, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 mars 2024 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un titre de séjour, sous astreinte de 155 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

- elles ont été prises par une autorité incompétente ;

- elles sont insuffisamment motivées.

En ce qui concerne la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour :

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions octroyant un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

- elles sont illégales par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision octroyant un délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle, faute pour le préfet de lui avoir accordé un délai supérieur ou d'avoir apprécié la possibilité de lui octroyer un délai supérieur comme le prévoit l'article 7 de la directive du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 n° 2008/115/CE.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

- elle méconnaît les dispositions de l'articles L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 juillet 2024, le préfet du Nord, représenté par Me Rannou, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Goujon ;

- et les observations de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant malien né le 10 juin 2002, a été placé, peu de temps après son entrée sur le territoire, auprès de l'aide sociale à l'enfance du conseil départemental de la Moselle, d'abord à titre provisoire le 26 mars 2019, puis jusqu'à sa majorité par un jugement en assistance éducative du 16 septembre 2019. M. A a sollicité un titre de séjour, le 26 février 2020 auprès de la préfecture de Moselle, puis le 22 août 2023 auprès de la préfecture du Nord. Par un arrêté du 13 mars 2024, le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. M. C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

2. Par un arrêté du 5 février 2024, publié le même jour au recueil n° 64 des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Nord a donné une délégation de signature à M. B D, sous-préfet de Douai, en ce qui concerne les décisions portant retrait ou refus de délivrance ou de renouvellement d'un titre de séjour, obligation de quitter le territoire français, relatives au délai de départ volontaire, fixant la pays à destination duquel un étranger qui a fait l'objet d'une mesure d'éloignement peut être éloigné et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français, pour l'arrondissement de Douai. Il ressort des pièces du dossier que M. A est domicilié sur la commune de Douai. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. Le préfet a mentionné avec suffisamment de précisions les circonstances de fait et de droit sur lesquelles il s'est fondé pour prendre les décisions de refus de titre de séjour, portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le pays de destination. En outre, concernant la décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, il ressort des termes de l'arrêté que, contrairement à ce que soutient M. A, le préfet a expressément motivé sa décision prise à son encontre au regard de sa durée de présence en France, de la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace à l'ordre public que représente ou non sa présence en France. Par suite, cette décision est suffisamment motivée en fait et en droit. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des décisions attaquées doit être écarté.

Sur la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour :

4. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. ".

5. Lorsqu'il examine une demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de " salarié " ou " travailleur temporaire ", présentée sur le fondement de ces dispositions, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, qu'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et dix-huit ans, qu'il justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Il lui revient ensuite, dans le cadre du large pouvoir dont il dispose, de porter une appréciation globale sur la situation de l'intéressé, au regard notamment du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Il appartient au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation ainsi portée.

6. D'autre part, aux termes des dispositions de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande :/1° Les documents justifiants de son état civil ; / () ". L'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit, en son premier alinéa, que la vérification des actes d'état civil étrangers doit être effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. L'article 47 du code civil dispose quant à lui que : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ".

7. Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis. Ce faisant, il lui appartient d'apprécier les conséquences à tirer de la production par l'étranger d'une carte consulaire ou d'un passeport dont l'authenticité est établie ou n'est pas contestée, sans qu'une force probante particulière puisse être attribuée ou refusée par principe à de tels documents.

8. Pour refuser d'admettre au séjour à titre exceptionnel M. A, lequel a été pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et justifie avoir suivi depuis au moins six mois une formation visant à l'obtention d'un certificat d'aptitude professionnelle, mention " boucher ", le préfet du Nord a notamment pris en compte ses notes et son assiduité, qui ne traduisent pas un investissement réel et sérieux dans la poursuite de ses études. Il ressort des pièces du dossier que d'une part, M. A n'a pas obtenu son diplôme, n'obtenant qu'une moyenne de 7,33 pour sa première année et de 8,04 pour sa seconde année, et que d'autre part, il a cumulé au cours de sa formation, près de 31 heures d'absence injustifiée. La circonstance qu'il ait par la suite, depuis le 1er janvier 2023, travaillé en qualité de boucher dans plusieurs établissements, n'est pas suffisante pour établir que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en retenant l'absence de caractère réel et sérieux du suivi de sa formation.

9. En outre, il ressort du rapport d'analyse documentaire du 3 novembre 2023 de la cellule " fraude documentaire et à l'identité " de la direction zonale nord de la police aux frontières que le jugement supplétif d'acte de naissance n° 51 du 3 juillet 2017 et les deux extraits d'acte de naissance n° 112 émis les 5 juillet 2017 et du 5 février 2018 sont établis sur du papier ordinaire, dépourvu de toute qualité fiduciaire et comportent plusieurs timbres de qualité moyenne. De plus le jugement supplétif d'acte de naissance n° 51 comporte des mentions fixes réalisées en impression toner et des mentions variables manuscrites. Il est aussi relevé une incohérence entre la date à laquelle le jugement a été rendu et le numéro de l'acte qui aurait dû être beaucoup plus important. Les copies de l'acte de naissance n° 112, quant à elles, ne mentionnent pas le numéro d'identification nationale des personnes physiques et morales (NINA), la date d'établissement de l'acte est erronée et elle est en chiffres et non en lettres. Sur la copie de l'acte de naissance émise le 5 juillet 2017, les cadres et les mentions fixes sont réalisées en impression toner et les mentions variables sont manuscrites, alors que sur la copie émise le 5 février 2018, les cadres et les mentions fixes sont réalisées en offset de moyenne qualité et les mentions variables réalisées en impression à aiguilles. Sur cette dernière copie, à la ligne 14, à la place du prénom et du nom de l'officier d'état civil, il est indiqué le numéro de l'acte " 112/SJS " et la date du jugement comporte une erreur. Enfin, la similarité des mentions manuscrites sur le jugement supplétif et l'acte de naissance font présumer que c'est la même personne qui a complété ces documents, alors qu'en principe, dans le premier cas il aurait dû être rempli par le greffier en chef du tribunal et dans le second cas par l'officier de l'état civil de la commune. Ainsi, eu égard à leur nature et à leur nombre, ces anomalies identifiées par l'administration sont de nature à renverser la présomption d'authenticité des deux extraits d'acte de naissance et du jugement supplétif. Quant à l'attestation du consul général du Mali à Paris et les deux cartes d'identité consulaire produites par M. A, ils ne constituent pas des documents susceptibles de justifier de son état civil au sens de l'article R. 431-10 précité.

10. Il résulte de ce qui précède que le préfet du Nord n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de procéder à la régularisation exceptionnelle de M. A.

11. En second lieu, M. A, célibataire et sans enfant, ne fait état d'aucune attache familiale sur le territoire, alors que réside dans son pays d'origine, son père, ainsi qu'un frère et deux sœurs. Le seul fait qu'il travaille depuis le 1er janvier 2023, est insuffisant à démontrer que le préfet du Nord aurait commis une erreur manifeste d'appréciation dans les conséquences de sa décision de refus d'un titre de séjour sur sa situation personnelle.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

12. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

13. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A dispose d'attache familiale en France, ni qu'il ait noué des liens d'une particulière intensité sur le territoire. Dès lors le seul fait qu'il travaille depuis le 1er janvier 2023, comme exposé au point 11, est insuffisant à démontrer que la décision d'obligation de quitter le territoire français porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, alors que toute sa famille réside dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré d'une méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Sur le moyen commun aux décisions octroyant un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

14. Il résulte des points 2 à 13 que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, M. A n'est pas fondé à se prévaloir d'une telle illégalité à l'encontre des décisions octroyant un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur la décision octroyant un délai de départ volontaire :

15. M. A ne saurait se prévaloir directement de la méconnaissance des dispositions de l'article 7 de la directive du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 n° 2008/115/CE relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier, qui ont été transposées en droit interne par celles de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, s'il soutient que le préfet du Nord aurait dû lui accorder un délai de départ d'une durée supérieure à trente jours, il n'indique cependant pas quels éléments auraient été de nature à justifier une telle prolongation. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation commise par le préfet du Nord doit, par suite, être écarté.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

16. Aux termes de l'article de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

17. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les motifs qu'invoque l'autorité compétente sont de nature à justifier légalement dans son principe et sa durée la décision d'interdiction de retour et si la décision ne porte pas au droit de l'étranger au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. En revanche, lorsqu'il est saisi d'un moyen le conduisant à apprécier les conséquences de la mesure d'interdiction de retour sur la situation personnelle de l'étranger et que sont invoquées des circonstances étrangères aux quatre critères posés par les dispositions précitées de l'article L. 612-10, il incombe seulement au juge de l'excès de pouvoir de s'assurer que l'autorité compétente n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.

18. La décision d'interdiction de retour pendant une durée d'un an a été prise en raison de l'absence d'attache privée ou familiale de M. A et du fait qu'il a présenté des documents d'état civil contrefaits. Le requérant soutient que les circonstances de son entrée sur le territoire, de sa prise en charge par l'aide sociale à l'enfance jusqu'à sa majorité, de sa scolarité en France et de ses perspectives d'insertion professionnelles font obstacle à une interdiction de retour en France pour une durée d'un an. Il ressort toutefois des pièces du dossier et compte tenu de ce qui a été précédemment dit aux points 8, 9, 11 et 13 que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle.

19. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 13 mars 2024 émis à son encontre. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles relatives aux frais liés au litige.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E A et au préfet du Nord.

Copie pour information sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 3 février 2025, à laquelle siégeaient :

M. Cotte, président,

M. Fougères, premier conseiller,

M. Goujon, conseiller

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 février 2025.

Le rapporteur,

signé

J.-R. Goujon

Le président,

signé

O. CotteLa greffière,

signé

J. Vandewyngaerde

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,.

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