jeudi 2 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2403918 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | DEWAELE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 avril 2024, Mme A B, représentée par Me Dewaele, demande au juge des référés :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) de suspendre, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision en date du 4 avril 2024 par laquelle le préfet du Nord a refusé d'enregistrer sa demande de renouvellement de son titre de séjour ;
3°) d'enjoindre au préfet du Nord d'enregistrer sa demande de renouvellement de son titre de séjour et de prendre une décision expresse sur cette demande, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et de lui délivrer, dans l'attente, un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de soixante-douze heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
4°) à défaut, d'enjoindre au préfet du Nord de réexaminer sa situation et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de sept jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard
5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, relative à l'aide juridique.
Elle soutient que :
- l'urgence est présumée dans le cas d'un refus d'enregistrement d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour ; la décision attaquée la place dans une situation irrégulière et de grande précarité ;
- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle n'a pas été prise à l'issue d'un examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle a été prise en méconnaissance de l'obligation de loyauté et de l'article L. 114-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle a été prise en méconnaissance des articles R. 431-9 et R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- si elle devait être regardée comme une décision refusant de renouveler son titre de séjour, elle aurait été prise en méconnaissance des articles L. 423-1 et L. 423-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 avril 2024, le préfet du Nord, représenté par la SELARL Centaure Avocats, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable, le refus d'enregistrer une demande de délivrance d'un titre de séjour incomplète ne constituant pas un acte susceptible de recours ;
- en tout état de cause, l'urgence n'est pas démontrée ;
- aucun moyen n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
Vu :
- la requête de Mme B tendant à l'annulation de la décision en date du 4 avril 2024 par laquelle le préfet du Nord a refusé d'enregistrer sa demande de renouvellement de son titre de séjour ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Lemaire, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 30 avril 2024 à 15 heures 30.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Blanc, greffier d'audience :
- le rapport de M. Lemaire, juge des référés,
- les observations de Me Lescene, substituant Me Dewaele, avocat de Mme B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens,
- et les observations de Me Khan, représentant la SELARL Centaure Avocats, avocat du préfet du Nord, qui conclut aux mêmes fins que le mémoire en défense par les mêmes moyens.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante marocaine, est entrée en France au mois de mars 2023, munie de son passeport revêtu d'un visa de long séjour valable jusqu'au 9 mars 2024. Par un courrier adressé au préfet du Nord le 26 décembre 2023, elle a présenté une demande de renouvellement de titre de séjour. Par une décision en date du 4 avril 2024, le préfet du Nord a procédé à la clôture du dossier correspondant. Mme B demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette décision.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. / () ".
3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin de suspension :
En ce qui concerne la fin de non-recevoir opposée par le préfet du Nord :
4. Le refus d'enregistrer une demande de délivrance ou de renouvellement d'un titre de séjour motif pris du caractère incomplet du dossier ne constitue pas une décision faisant grief susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir lorsque le dossier est effectivement incomplet, en l'absence de l'un des documents mentionnés à l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou lorsque l'absence d'une pièce mentionnée à l'annexe 10 à ce code, auquel renvoie l'article R. 431-11 du même code, rend impossible l'instruction de la demande.
5. Il ressort des pièces du dossier que, par la décision attaquée en date du 4 avril 2024, le préfet du Nord a procédé à la clôture du dossier de Mme B au motif que la demande qu'elle avait présentée ne pouvait pas être instruite dès lors qu'elle " relev[ait] d'un renouvellement de titre de séjour ", et non au motif que ledit dossier était effectivement incomplet. Il ressort d'ailleurs des pièces du dossier et il n'est pas sérieusement contesté que les documents mentionnés à l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et à l'annexe 10 à ce code étaient joints à la demande présentée le 26 décembre 2023 par Mme B. Dans ces conditions, le refus du préfet du Nord d'enregistrer cette demande présente le caractère d'une décision faisant grief, susceptible d'être déférée devant le juge de l'excès de pouvoir et, par suite, susceptible de faire l'objet de conclusions à fin de suspension présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative. La fin de non-recevoir opposée par le préfet du Nord doit dès lors être écartée.
En ce qui concerne le bien-fondé des conclusions :
6. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. / () ".
7. En premier lieu, eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France, et dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable. Il appartient au juge des référés d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du dysfonctionnement sur la situation concrète de l'intéressé. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir la mesure sollicitée.
8. Aux termes de l'article L. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le visa de long séjour est délivré de plein droit au conjoint de ressortissant français. () ". Aux termes de l'article R. 431-16 de ce code : " Sont dispensés de souscrire une demande de carte de séjour : / () / 6° Les étrangers, conjoints de ressortissants français, séjournant en France sous couvert d'un visa pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois et portant la mention "vie privée et familiale", délivré en application de l'article L. 312-3 pendant un an ; / () ". Aux termes de l'article R. 431-18 du même code : " Les étrangers mentionnés aux 6° à 11° et 13° à 18° de l'article R. 431-16 qui souhaitent se maintenir en France au-delà des limites de durée mentionnées au même article sollicitent une carte de séjour temporaire ou une carte de séjour pluriannuelle dans les conditions fixées au 1° de l'article R. 431-5. / () / La demande est instruite conformément à l'article R. 433-1 et, selon les cas, suivant les conditions spécifiques définies au titre II. () ". L'article R. 433-1 dudit code est relatif aux demandes de renouvellement d'une carte de séjour temporaire présentées par un étranger déjà admis à résider en France.
9. Il résulte de la combinaison des dispositions citées au point précédent que lorsqu'un étranger, admis à résider en France sous couvert d'un visa de long séjour valant titre de séjour, sollicite, dans les délais requis, la délivrance d'un titre de séjour, il appartient à l'autorité administrative d'instruire cette demande comme une demande de renouvellement d'un premier titre de séjour.
10. Il ressort des pièces du dossier que Mme B est entrée en France en mars 2023 muni de son passeport revêtu d'un visa de long séjour, valable jusqu'au 9 mars 2024 et délivré pour une durée d'un an eu égard à sa qualité de conjoint d'un ressortissant français. Ce visa de long séjour a conféré à l'intéressée les droits attachés à une carte de séjour temporaire, en application des dispositions susmentionnées au point 8. Mme B ayant sollicité la délivrance d'un titre de séjour à l'issue de la période de validité dudit visa, elle doit être regardée comme ayant sollicité le renouvellement d'un premier titre de séjour et elle peut dès lors se prévaloir de la présomption d'urgence mentionnée au point 7. Par suite, le préfet du Nord n'opposant aucun élément particulier susceptible de faire échec à cette présomption, la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.
11. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que, par la décision attaquée en date du 4 avril 2024, le préfet du Nord a refusé d'enregistrer la demande de Mme B au motif que cette demande " relev[ait] d'un renouvellement de titre de séjour ". Si le préfet du Nord fait valoir que Mme B avait sollicité la délivrance d'un premier titre alors qu'elle aurait dû déposer une demande de renouvellement, conformément aux dispositions citées au point 9, il ressort des pièces du dossier, et notamment du courrier adressé à l'administration le 26 décembre 2023, que l'intéressée a présenté une demande de renouvellement. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision attaquée n'a pas été prise à l'issue d'un examen sérieux et particulier de la situation personnelle de Mme B apparaît, en l'état de l'instruction, propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
12. Il résulte de ce qui a été dit aux points 4 à 11 que Mme B est fondée à demander la suspension de l'exécution de la décision en date du 4 avril 2024 par laquelle le préfet du Nord a refusé d'enregistrer sa demande de renouvellement de titre de séjour.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
13. La présente ordonnance implique nécessairement que le préfet du Nord enregistre la demande de renouvellement de titre de séjour présentée par Mme B et lui délivre le récépissé correspondant, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
14. Mme B ayant été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Dewaele, avocat de Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État et sous réserve de l'admission définitive de sa cliente à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Dewaele d'une somme de 800 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne lui serait pas accordée par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 800 euros sera versée à Mme B.
ORDONNE :
Article 1er : Mme B est admise provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'exécution de la décision en date du 4 avril 2024 par laquelle le préfet du Nord a refusé d'enregistrer la demande de renouvellement de titre de séjour présentée par Mme B est suspendue.
Article 3 : Il est enjoint au préfet du Nord d'enregistrer la demande de renouvellement de titre de séjour présentée par Mme B et lui délivrer le récépissé correspondant, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Dewaele renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, ce dernier versera à Me Dewaele, avocat de Mme B, une somme de 800 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 800 euros sera versée à Mme B.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.
Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C, à Me Émilie Dewaele et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée pour information au préfet du Nord.
Fait à Lille, le 2 mai 2024.
Le juge des référés,
signé
O. LEMAIRE
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026