lundi 10 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2404001 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | FOURDAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées le 18 et le 29 avril 2024, Mme C A B, représentée par Me Fourdan, demande au juge des référés :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) statuant sur le fondement de l'article L. 911-7 du code de justice administrative, d'ordonner la liquidation des astreintes assortissant les injonctions de délivrance d'une autorisation provisoire de séjour et de réexamen, prescrites par l'ordonnance n° 2311387 du 12 janvier 2024 de la juge des référés du tribunal, pour la période débutant le 17 janvier 2024 jusqu'à la date de notification de l'ordonnance à intervenir, à hauteur de 9 200 euros et de 6 600 euros ;
3°) statuant sur le fondement de l'article L. 521-4 du code de justice administrative, de majorer les astreintes prononcées et de les porter à 500 euros par jour de retard à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- malgré les injonctions prescrites par l'ordonnance du 12 janvier 2024, elle n'a pas été mise en possession d'une autorisation provisoire de séjour et ne s'est pas, non plus, vu notifier de décision expresse de réexamen sur sa demande de carte de séjour ;
- si la préfecture du Nord fait valoir que, compte tenu d'une demande de titre de voyage présentée par l'intéressée, son dossier informatique est bloqué à la préfecture du Rhône, celle-ci, consultée par les soins de son conseil, indique qu'aucune demande en cours au séjour n'y est enregistrée, que cela soit sur l'ANEF ou en dossier papier ;
- les astreintes prononcées doivent être liquidées ; elles doivent, en outre, être majorées.
La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- les ordonnances n° 2311387 du 12 janvier 2024 et n° 2400848 du 10 juin 2024.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Bergerat, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 29 avril 2024 à 15h, en présence de M. Potet, greffier, Mme Bergerat, juge des référés, a lu son rapport et entendu :
- Me Fourdan, représentant Mme A B, qui reprend les conclusions et moyens de la requête ;
- le préfet du Nord n'est ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Une note en délibéré, présentée pour Mme A B, par Me Fourdan, a été enregistrée le 7 juin 2024.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C A B, née le 8 février 1998, de nationalité soudanaise, est entrée en France en 2021 dans le cadre de la réunification familiale pour rejoindre son époux qui a été reconnu, le 17 juillet 2017, bénéficiaire de la protection subsidiaire par la Cour nationale du droit d'asile. Elle a été munie le 13 juillet 2021 d'une carte de séjour pluriannuelle en qualité de membre de famille bénéficiaire de la protection subsidiaire, expirant le 12 avril 2023. Le 25 avril 2023 puis le 19 mai 2023, elle a sollicité de nouveau la délivrance de cette carte de séjour. Par une ordonnance n° 2311387 du 12 janvier 2024, la juge des référés du tribunal administratif de Lille a suspendu l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet du Nord a refusé de lui délivrer cette carte, a enjoint au préfet de procéder au réexamen de la demande de l'intéressée dans un délai d'un mois et dans l'attente de lui délivrer dans un délai de trois jours, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, valable le temps du réexamen. Ces injonctions ont, chacune, été assorties d'une astreinte de 100 euros par jour de retard.
2. Par la présente requête, Mme A B demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 911-7 du code de justice administrative, d'ordonner la liquidation de l'astreinte assortissant les injonctions de délivrance d'une autorisation provisoire de séjour et de réexamen prononcées par cette ordonnance pour la période allant du 17 janvier 2024 à la date de notification de l'ordonnance à intervenir, à hauteur de 9 200 euros et de 6 600 euros. En outre, elle demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-4 du code de justice administrative, de modifier cette astreinte en la portant à 500 euros par jour de retard à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en raison de l'urgence qui s'attache au règlement du présent litige, d'admettre Mme A B, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions tendant, sur le fondement de l'article L. 911-7 du code de justice administrative, à la liquidation de l'astreinte :
4. Aux termes de l'article L. 911-6 du code de justice administrative : " L'astreinte est provisoire ou définitive. Elle doit être considérée comme provisoire à moins que la juridiction n'ait précisé son caractère définitif. Elle est indépendante des dommages et intérêts ". Aux termes de son article L. 911-7 : " En cas d'inexécution totale ou partielle ou d'exécution tardive, la juridiction procède à la liquidation de l'astreinte qu'elle avait prononcée. / Sauf s'il est établi que l'inexécution de la décision provient d'un cas fortuit ou de force majeure, la juridiction ne peut modifier le taux de l'astreinte définitive lors de sa liquidation. / Elle peut modérer ou supprimer l'astreinte provisoire, même en cas d'inexécution constatée ".
5. L'astreinte a pour finalité de contraindre la personne qui s'y refuse à exécuter les obligations qui lui ont été assignées par une décision de justice. Sa liquidation a pour objet de tirer les conséquences du refus ou du retard mis à exécuter ces obligations. Il appartient au juge qui a assorti d'une astreinte l'injonction faite à l'une des parties, de statuer sur les conclusions tendant à ce que cette astreinte soit liquidée. Il peut alors procéder à cette liquidation s'il constate que les mesures qu'il avait prescrites n'ont pas été exécutées ou l'ont été tardivement. Il peut la modérer ou la supprimer compte tenu notamment des diligences accomplies par les parties en vue de procéder à l'exécution de la chose ordonnée, sans toutefois pouvoir remettre en cause les mesures décidées par le dispositif de la décision juridictionnelle dont l'exécution est demandée. Toutefois, si l'administration justifie avoir adopté, en lieu et place des mesures provisoires ordonnées par le juge des référés, des mesures au moins équivalentes à celles qu'il lui a été enjoint de prendre, le juge de l'exécution peut, compte tenu des diligences ainsi accomplies, constater que l'ordonnance du juge des référés a été exécutée.
6. Ainsi qu'il a déjà été indiqué au point 1, l'ordonnance n° 2311387 du 12 janvier 2024 de la juge des référés du tribunal administratif de Lille a enjoint au préfet du Nord de procéder au réexamen de la demande de Mme A B dans un délai d'un mois et dans l'attente de lui délivrer dans un délai de trois jours, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, valable le temps du réexamen, chacune de ces deux injonctions étant prononcée sous astreinte de 100 euros par jour de retard. L'ordonnance du 12 janvier 2024 a été notifiée au ministre de l'intérieur et des outre-mer le jour même, et le préfet du Nord, à qui une copie a été adressée le même jour, en a accusé réception le 15 janvier 2024. Il résulte de l'instruction et notamment du courrier du 23 février 2024 adressé par le préfet du Nord au conseil de l'intéressée, que, selon le préfet du Nord, l'exécution de l'ordonnance est empêchée, compte tenu d'une demande, présentée par l'intéressée, de titre de voyage en cours au sein de la préfecture du Rhône, de l'impossibilité de clore informatiquement cette demande et de transférer le dossier. Toutefois, il résulte par ailleurs des échanges du conseil de l'intéressée avec les services de la préfecture du Rhône, notamment d'un courriel du 9 avril 2024 du bureau de l'accueil et de l'admission au séjour de cette préfecture, qu'aucune demande n'est en cours au sein de ce service au nom de l'intéressée, que ce soit sur l'ANEF ou en dossier papier. Dans ces conditions et en l'absence de défense du préfet du Nord dans la présente instance, les injonctions prescrites ne peuvent être regardées comme ayant été exécutées.
7. Dès lors, il y a lieu de procéder, au bénéfice de Mme A B, à la liquidation des astreintes ainsi prononcées. Si la requérante demande cette liquidation à compter du 17 janvier 2024, il résulte toutefois, par une ordonnance n° 2400848 du 10 juin 2024, que le juge des référés du tribunal administratif de Lille a procédé à la liquidation provisoire de cette astreinte, assortissant l'injonction de délivrance d'une autorisation provisoire de séjour, pour la période du 18 janvier 2024 au 26 janvier 2024. Par suite, il y a lieu de procéder, au bénéfice de Mme A B, à la liquidation provisoire de l'astreinte assortissant cette injonction pour la période commençant le 27 janvier 2024 et courant, ainsi que le demande la requérante, jusqu'à la date de notification de la présente ordonnance, au taux de 100 euros par jour fixé par l'ordonnance n° 2311387. En outre, il y a lieu de procéder à la liquidation provisoire de l'astreinte, assortissant l'injonction de réexamen, pour la période du 13 février 2024 jusqu'à la date de notification de la présente ordonnance, au taux de 100 euros par jour fixé par l'ordonnance n° 2311387. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de modérer le montant total dû, qui doit ainsi être fixé à 10 000 euros.
Sur les conclusions tendant, sur le fondement de l'article L. 521-4 du code de justice administrative, à la modification des mesures précédemment prescrites :
8. Si l'exécution d'une ordonnance prise par le juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, peut être recherchée dans les conditions définies par le livre IX du même code, et en particulier les articles L. 911-4 et L. 911-5, la personne intéressée peut également demander au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-4 du même code, d'assurer l'exécution des mesures ordonnées demeurées sans effet par de nouvelles injonctions et une astreinte.
9. Lorsqu'une personne demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-4 du code de justice administrative, d'assurer par de nouvelles injonctions et une astreinte l'exécution de mesures ordonnées par le juge des référés et demeurées sans effet, il appartient à cette personne de soumettre au juge des référés tout élément de nature à établir l'absence d'exécution, totale ou partielle, des mesures précédemment ordonnées et à l'administration, si la demande lui est communiquée en défense et si elle entend contester le défaut d'exécution, de produire tout élément en sens contraire, avant que le juge des référés se prononce au vu de cette instruction.
10. Il résulte de ce qui a été dit au point 6 que les injonctions prescrites par l'ordonnance n° 2311387 du 12 janvier 2024 n'ont pas été exécutées. Cette circonstance est constitutive d'un élément nouveau au sens et pour l'application de l'article L. 521-4 du code de justice administrative.
11. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de porter à 250 euros par jour de retard, à compter de la notification de la présente ordonnance, les astreintes de 100 euros par jour de retard prononcées par l'ordonnance n° 2311387 du 12 janvier 2024.
Sur les frais liés au litige :
12. Mme A B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Fourdan, avocate de Mme A B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de sa cliente à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Fourdan de la somme de 800 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme A B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 800 euros sera versée à Mme A B.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme A B est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'Etat est condamné à verser à Mme A B une somme de 10 000 euros au titre de la liquidation des astreintes fixées par l'ordonnance n° 2311387 du 12 janvier 2024, pour les périodes, courant, d'une part, du 27 janvier 2024, d'autre part, du 13 février 2024 jusqu'à la date de notification de la présente ordonnance.
Article 3 : Les astreintes, prononcées par l'ordonnance n° 2311387 du 12 janvier 2024, sont portées à 250 euros par jour de retard à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme A B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Fourdan renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Fourdan, avocate de Mme A B, une somme de 800 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme A B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 800 euros sera versée à Mme A B.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C A B, à Me Fourdan et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Une copie sera adressée pour information préfet du Nord et par application de l'article R. 921-7 du code de justice administrative, au ministère public près la Cour des comptes.
Fait à Lille, le 10 juin 2024.
La juge des référés,
signé
S. BERGERAT
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026