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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2404097

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2404097

mardi 3 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2404097
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCABINET CENTAURE AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lille, statuant en formation de 2ème Chambre, a examiné la requête de M. B, de nationalité algérienne, contestant l'arrêté préfectoral du 8 mars 2023 lui retirant sa carte de résident de dix ans et l'obligeant à quitter le territoire français. Le tribunal a rejeté la requête comme irrecevable pour tardiveté, considérant que les voies et délais de recours avaient été régulièrement notifiés à l'intéressé. Cette décision s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment l'article L. 614-6.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 19 avril 2024, le 10 juin 2024 et le 19 juillet 2024, M. A B, représenté par Me Lequien, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 8 mars 2023 par lequel le préfet du Nord lui a retiré sa carte de résidence de dix ans, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui restituer sa carte de résidence de dix ans, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au préfet du Nord de procéder à l'effacement de son signalement dans le système d'information Schengen ;

4°) d'ordonner, sur le fondement de l'article R. 621-1 du code de justice administrative, une mesure d'expertise et de désigner un expert ayant pour mission identifier l'auteur de la notification de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire qui lui a été notifiée, de décrire les démarches effectuées par lui pour le rencontrer, de décrire le temps et les conditions matérielles consacrés à cette notification, de préciser si l'agent notificateur lui a remis une copie de l'acte notifié, d'interroger le service de la préfecture en charge de ces notifications afin de connaître les conditions dans lesquelles il décide de la notification d'un arrêté, de préciser les personnes informées de cette notification, de préciser les conditions dans lesquelles l'étranger peut contacter " un conseil, son consulat ou une personne de son choix " et de préciser les points d'accès au droit susceptibles de conseiller le détenu et leur accessibilité dans un délai de 48 heures ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

- sa requête n'est pas tardive dès lors que les délais et voies de recours ne lui ont pas été précisés lors de la notification de l'arrêté litigieux le 21 février 2024 ;

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations du 1. de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- il excipe, à l'encontre de cette décision, de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :

- cette décision méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- il excipe, à l'encontre de cette décision, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :

- cette décision méconnaît les dispositions des articles L. 612-7 et L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 juin 2024, le préfet du Nord, représenté par la Selarl Centaure Avocats, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est tardive, et donc irrecevable ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée au 22 août 2024 à 12 h 00 par une ordonnance en date du 22 juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Monteil,

- les observations de Me Lequien, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, né le 21 septembre 1987 en Algérie, de nationalité algérienne, est entré en France le 1er octobre 2014 sous couvert d'un visa de court séjour. Il a bénéficié d'un certificat de résidence algérien en mars 2015 en qualité de conjoint de français, puis d'un certificat de résidence algérien de dix ans, valable du 20 janvier 2016 au 19 janvier 2026. Par un arrêté en date du 8 mars 2023, notifié le 1er février 2024, dont le requérant demande l'annulation, le préfet du Nord lui a retiré son certificat de résidence algérien de dix ans, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur la recevabilité :

2. Aux termes de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers alors applicable : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de la mesure. () ".

3. En l'espèce, le 1er février 2024, un agent de la préfecture du Nord a notifié l'arrêté litigieux à M. B au centre pénitentiaire de Lille-Sequedin où celui-ci était incarcéré. Il ressort de la copie de l'arrêté notifié que l'agent notificateur a tout d'abord procédé à la lecture de l'arrêté de 10h00 à 10h10, sans que M. B ait besoin de l'assistance d'un interprète et que ce dernier a refusé de signer. Puis l'agent notificateur a procédé de 10h10 à 10h20 à la lecture des délais et voie de recours dont disposait M. B à l'encontre de l'arrêté. Si le requérant soutient que cette lecture n'a pas eu lieu, ces affirmations viennent en contradiction avec le fait qu'il ait porté par écrit, en langue française et de sa main, des observations sur la page de l'arrêté lui notifiant les voies et délais de recours, et qu'il en a eu nécessairement connaissance bien qu'il ait pu ne pas y porter l'attention nécessaire. Si M. B soutient également que ses conditions de détention l'ont empêché d'exercer son droit de recours, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant aurait, en vain, tenté de contacter son avocat, de reprendre connaissance de l'arrêté litigieux ou de déposer un recours à son encontre dans le délai de quarante-huit heures qui lui était imparti pour ce faire. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense au motif de la tardiveté de la requête doit être accueillie, la requête n'ayant été enregistrée au greffe du tribunal que le 19 avril 2024 après expiration du délai de recours contentieux.

4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'ordonner, avant dire droit, l'expertise demandée, que les conclusions de la requête de Mme B doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Nord.

Copie en sera transmise pour information au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 12 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Fabre, président,

Mme Monteil, première conseillère,

M. Lemée, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 décembre 2024.

La rapporteure,

Signé

A.-L. MONTEIL

Le président,

Signé

X. FABRE

Le greffier,

Signé

A. DEWIÈRE

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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