jeudi 2 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2404106 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | CABINET MONTESQUIEU AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 19 avril 2024 et 30 avril 2024, la société par actions simplifiée Bary Bâtiment, représentée par Me Azoulay, demande au juge des référés, dans le dernier état de ses écritures, sur le fondement de l'article L. 551-1 du code de justice administrative :
1°) d'enjoindre à l'office public de l'habitat du Nord d'adresser les documents sollicités au terme du courrier du 18 avril 2024 et, plus généralement, tout élément requis afin de lui permettre d'apprécier le classement, les notations et sous notations attribuées ;
2°) d'enjoindre à l'office public de l'habitat du Nord de différer la signature du contrat jusqu'au terme de la procédure ;
3°) d'annuler la procédure à compter de la sélection des offres et, notamment, la décision d'attribution du marché à la société SJD Bâtiment ;
4°) de lui attribuer le marché ;
5°) à défaut, d'enjoindre à l'office public de l'habitat du Nord de reprendre la procédure de passation au stade de la sélection des offres et de l'attribution du marché ;
6°) de mettre à la charge de l'office public de l'habitat du Nord la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
7°) de mettre à la charge de l'office public de l'habitat du Nord la somme de 228,28 euros au titre des frais d'huissier.
Elle soutient que :
- elle est recevable à agir ;
- elle a obtenu une note globale supérieure à celle de la société attributaire du marché, la décision d'attribution méconnaissant dès lors les règles de mise en concurrence ;
- la motivation du rejet de son offre est insuffisante, en l'absence d'indication des motifs détaillés justifiant les notes attribuées pour chacun des critères et sous-critères ;
- le rapport d'analyse des offres a été transmis tardivement, en annexe au mémoire en défense, et imparfaitement, en l'absence d'indication du prix du candidat retenu ;
- alors qu'elle avait demandé la communication de la délibération autorisant le pouvoir exécutif à signer le marché, le pouvoir adjudicateur a communiqué un procès-verbal du conseil d'administration du 21 septembre 2018, qui ne comprend aucune information se rapportant au lot litigieux, en méconnaissance des règles de mise en concurrence et de publicité.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 29 et 30 avril 2024, l'office public de l'habitat du Nord, représenté par Me Lorthiois, conclut au rejet de la requête ou, à titre subsidiaire, à ce que la reprise de la procédure de passation soit limitée au stade de la notification du rejet de l'offre de la société Bary Bâtiment et à ce que soit mis à la charge de cette société le versement de la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les notes des sociétés Bary Bâtiment et SJD Bâtiment ayant été inversées par erreur dans la lettre de rejet de l'offre de la société requérante, les règles de mise en concurrence n'ont pas été méconnues ;
- en tout état de cause, l'erreur ayant été corrigée par une lettre du 22 avril 2024, la procédure, si elle devait être jugée irrégulière, devrait être reprise au stade de la notification du rejet de l'offre de la société requérante ;
- il n'appartient pas au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 551-1 du code de justice administrative, d'enjoindre à l'administration de communiquer des documents ; en tout état de cause, le marché n'ayant pas été signé, seuls sont communicables les documents revêtant un caractère définitif, ces documents ayant été transmis le 25 avril 2024 ;
- la notification de rejet est suffisamment motivée ; en tout état de cause, les notes des sous-critères, qui n'avaient pas été préalablement demandées par la société requérante, ont été communiquées en cours d'instance.
La requête a été communiquée à la société par actions simplifiée SJD Bâtiment, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la commande publique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Lemaire, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 2 mai 2024 à 10 heures 30.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Blanc, greffier d'audience :
- le rapport de M. Lemaire, vice-président,
- les observations de Me Alphonse, avocat de la société Bary Bâtiment, qui abandonne les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint à l'office public de l'habitat du Nord de différer la signature du contrat, lesquelles sont dépourvues d'objet, la procédure ayant été suspendue conformément à l'article L. 551-4 du code de justice administrative, ainsi qu'aux conclusions tendant à la mise à la charge de l'office de la somme de 228,28 euros au titre des frais d'huissier,
- et les observations de Me Badin, substituant Me Lorthiois, avocat de l'office public de l'habitat du Nord, qui conclut aux mêmes fins que le mémoire en défense par les mêmes moyens.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. L'office public de l'habitat du Nord a engagé une consultation pour l'attribution des marchés de travaux de bâtiment en marchés séparés, dont le lot n° 1 " Gros œuvre ", nécessaire à la construction de quatorze logements collectifs, six logements individuels et quatre surfaces commerciales à Vieux-Condé. Par un courrier du 12 avril 2024, la société Bary Bâtiment a été informée par l'office que son offre avait été classée en deuxième position, compte tenu des critères de jugement des offres prévus au règlement de la consultation, et qu'elle n'avait dès lors pas été retenue, le marché ayant été attribué à la société SJD Bâtiment.
2. La société Bary Bâtiment demande au juge des référés, à titre principal, sur le fondement de l'article L. 551-1 du code de justice administrative, d'annuler la procédure d'attribution de ce marché à compter de la sélection des offres et, notamment, la décision d'attribution du marché à la société SJD Bâtiment.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 551-1 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 551-1 du code de justice administrative : " Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il délègue, peut être saisi en cas de manquement aux obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles est soumise la passation par les pouvoirs adjudicateurs de contrats administratifs ayant pour objet l'exécution de travaux, la livraison de fournitures ou la prestation de services, avec une contrepartie économique constituée par un prix ou un droit d'exploitation (). / () / Le juge est saisi avant la conclusion du contrat ". Aux termes de l'article L. 551-2 du même code : " I. - Le juge peut ordonner à l'auteur du manquement de se conformer à ses obligations et suspendre l'exécution de toute décision qui se rapporte à la passation du contrat (). / Il peut, en outre, annuler les décisions qui se rapportent à la passation du contrat et supprimer les clauses ou prescriptions destinées à figurer dans le contrat et qui méconnaissent lesdites obligations. / () ". Aux termes de l'article L. 551-4 de ce code : " Le contrat ne peut être signé à compter de la saisine du tribunal administratif et jusqu'à la notification au pouvoir adjudicateur de la décision juridictionnelle ".
4. Il appartient au juge administratif, saisi en application de l'article L. 551-1 du code de justice administrative, de se prononcer sur le respect des obligations de publicité et de mise en concurrence incombant à l'administration. Il lui appartient de rechercher si l'entreprise qui le saisit se prévaut de manquements qui, eu égard à leur portée et au stade de la procédure auquel ils se rapportent, sont susceptibles de l'avoir lésée ou risquent de la léser, fût-ce de façon indirecte, en avantageant une entreprise concurrente.
5. En premier lieu, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'analyse des offres et du courrier du 22 avril 2024 adressé à la société requérante par l'office public de l'habitat du Nord, et il n'est d'ailleurs pas sérieusement contesté que le nombre de points attribués à l'offre de la société Bary Bâtiment est inférieur au nombre de points attribués à celle de la société SJD Bâtiment, le classement de ces deux offres ayant été réalisé selon les deux critères prévus par le règlement particulier de la consultation, à savoir le prix et le mémoire technique, conformément à l'article 5.2 de ce règlement. Si les notes obtenues par la société requérante et par la société attributaire du marché ont été inversées dans le courrier de rejet de son offre adressé à la société Bary Bâtiment le 12 avril 2024, cette erreur matérielle n'est pas constitutive d'une méconnaissance par l'office public de l'habitat du Nord des obligations de publicité et de mise en concurrence lui incombant.
6. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que, par des lettres en date des 12 et 22 avril 2024, l'office public de l'habitat du Nord a communiqué à la société Bary Bâtiment son classement, ses notes, ainsi que le nom de la société attributaire et ses notes. En cours d'instance, par son mémoire enregistré au greffe le 29 avril 2024, l'office a communiqué l'extrait du rapport d'analyse des offres indiquant précisément les notes obtenues par la société requérante et la société SJD Bâtiment aux trois sous-critères du mémoire technique. Dans ces conditions, la société Bary Bâtiment n'est pas fondée à soutenir qu'en l'absence de motivation du rejet de son offre, elle n'a pas été mise en mesure de contester utilement ce rejet et que l'office public de l'habitat du Nord a dès lors, pour ce motif, méconnu les obligations de publicité lui incombant.
7. En dernier lieu, les circonstances que le rapport d'analyse des offres, lequel, contrairement à ce qu'elle soutient, mentionne le prix de la société attributaire, ait été communiqué à la société Bary Bâtiment en cours d'instance et que l'office public de l'habitat du Nord ne lui ait pas communiqué le document justifiant de la compétence de l'autorité appelée à signer le marché sont par elles-mêmes sans incidence.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par la société Bary Bâtiment sur le fondement de l'article L. 551-1 du code de justice administrative doivent en tout état de cause être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. La société Bary Bâtiment demande au juge des référés d'enjoindre à l'office public de l'habitat du Nord de lui communiquer les documents demandés par courrier du 18 avril 2024, soit le document de la consultation des entreprises, l'avis d'appel public à la concurrence, l'avis d'attribution, les pièces établies par la commission d'appel d'offres, et notamment le rapport de présentation du marché, le procès-verbal et le rapport d'analyse des candidatures et des offres, le classement complet des offres et les éléments de notation, le nom et les offres de prix globales des autres candidats, les correspondances échangées avec les candidats, la décision autorisant le pouvoir exécutif à signer le marché, l'offre de prix détaillée de l'attributaire et l'offre de prix globale des autres candidats, la lettre de notification du marché et les éléments relatifs à la candidature et à l'offre de l'attributaire.
10. En premier lieu, il résulte de l'instruction que, par un courrier du 25 avril 2024, postérieur à l'introduction de la requête, l'office public de l'habitat du Nord a communiqué à la société Bary Bâtiment la délibération décidant de lancer la consultation, l'avis de publicité et le règlement particulier de la consultation. Par ailleurs, en cours d'instance, il lui a communiqué le procès-verbal de la commission d'appel d'offres et un extrait du rapport d'analyse des offres avec la mention du prix. Dans cette mesure, il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'injonction.
11. En second lieu, s'agissant des autres documents demandés, il n'entre pas dans l'office du juge du référé précontractuel, tel que défini par l'article L. 551-1 du code de justice administrative, d'ordonner la communication de documents. Il y a lieu, dès lors, de rejeter le surplus des conclusions correspondantes.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'office public de l'habitat du Nord, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement de la somme que la société Bary Bâtiment demande au titre des frais qu'elle a exposés. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la société requérante le versement à l'office public de l'habitat du Nord de la somme qu'il demande au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la société Bary Bâtiment tendant à ce qu'il soit enjoint à l'office public de l'habitat du Nord de lui communiquer la délibération décidant de lancer la consultation, l'avis de publicité, le règlement particulier de la consultation, le procès-verbal de la commission d'appel d'offres et un extrait du rapport d'analyse des offres avec la mention du prix.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de la société Bary Bâtiment est rejeté.
Article 3 : Les conclusions présentées par l'office public de l'habitat du Nord au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à la société par actions simplifiée Bary Bâtiment, à l'office public de l'habitat du Nord et à la société par actions simplifiée SJD Bâtiment.
Fait à Lille, le 2 mai 2024.
Le juge des référés,
Signé
O. LEMAIRE
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026