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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2404691

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2404691

mardi 11 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2404691
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantLAAZAOUI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 mai 2024, Mme A B, représentée par Me Laazaoui demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de la convoquer en vue de l'enregistrement de sa demande de titre de séjour et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que l'impossibilité d'enregistrer sa demande a pour effet de faire obstacle à la régularisation de son séjour sur le territoire français et la soumet à un risque d'être exposée à une mesure d'éloignement, alors même que son état de santé s'est récemment aggravé ;

- la mesure sollicitée est utile eu égard au droit de voir sa situation examinée et aux conséquences de la possession d'un récépissé, dès lors qu'elle a sollicité en vain la convocation à un rendez-vous et que la mesure constitue pour elle le seul moyen d'obtenir l'enregistrement et l'examen de sa demande de titre de séjour ;

- la mesure ne fera obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative car aucune décision n'a été prise à son égard.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mai 2024, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C, premier vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence, et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ". Saisi sur le fondement de ces dispositions d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. En raison du caractère subsidiaire du référé régi par l'article L. 521-3, le juge saisi sur ce fondement ne peut prescrire les mesures qui lui sont demandées lorsque leurs effets pourraient être obtenus par les procédures de référés régies par les articles L. 521-1 et L. 521-2. Enfin, il ne saurait faire obstacle à l'exécution d'une décision administrative, même celles refusant la mesure demandée, à moins qu'il ne s'agisse de prévenir un péril grave.

2. Mme B, ressortissante algérienne née le 22 mars 1943, est entrée en France le 15 août 2019, munie de son passeport revêtu d'un visa en cours de validité. Elle a obtenu la délivrance d'un certificat de résidence pour raisons de santé valable du 10 février 2021 au 26 avril 2021. Le 25 février 2021, elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 19 mai 2022, le préfet du Nord a refusé le renouvellement de son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. Mme B a contesté cette décision devant le tribunal administratif de Lille qui, par un jugement n°2204760 du 13 juillet 2023, a rejeté sa requête. Par courriel du 4 décembre 2023, Mme B a envoyé un formulaire de demande de rendez-vous, accompagné de pièces justificatives, pour déposer une demande de certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale ", sur le fondement des stipulations du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par courriels du 12 février 2024 et du 28 mars 2024, Mme B a réitéré sa demande auprès des services de la préfecture du Nord. Mme B demande au juge des référés d'enjoindre au préfet du Nord de la convoquer en vue de l'enregistrement de sa demande de titre de séjour et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour.

3. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France, et dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable. Il appartient au juge des référés d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du dysfonctionnement sur la situation concrète de l'intéressé. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir la mesure sollicitée.

4. D'une part, le présent litige concernant une première demande tendant à la délivrance d'un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale ", sur le fondement des stipulations du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, présentée par Mme B, la présomption d'urgence mentionnée au point précédent ne trouve pas à s'appliquer.

5. D'autre part, pour justifier l'urgence qui s'attacherait à ce que soit prononcée l'injonction sollicitée, Mme B se prévaut du risque d'être exposée, en raison de la situation irrégulière dans laquelle la maintient l'inertie de l'administration, à une mesure d'éloignement. Toutefois, il ressort de l'instruction que Mme B s'est maintenue irrégulièrement sur le territoire français après avoir fait l'objet d'un arrêté du préfet du Nord du 19 mai 2022 lui faisant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal administratif de Lille n°2204760 du 13 juillet 2023, et n'a pas tenté de régulariser sa situation avant le 4 décembre 2023, date à laquelle elle a formulé par courriel une demande de rendez-vous auprès des services préfectoraux. Par ailleurs, si la requérante, qui a levé le secret médical dans le cadre de la procédure, soutient que son état de santé justifierait l'urgence à ce que soit prononcée l'injonction sollicitée, il résulte des documents produits que les pathologies de l'intéressée font actuellement l'objet d'un suivi médical en France et qu'il n'est pas établi que le défaut de certificat de résidence dont elle fait état entraînerait l'interruption à bref délai de ce traitement. De plus, il ne résulte pas de l'instruction qu'en dépit de son hospitalisation, les différentes pathologies dont elle fait état auraient significativement évoluées depuis le dernier avis rendu sur sa situation personnelle par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, sur lequel s'est notamment fondé le préfet du Nord pour rejeter sa demande de renouvellement du certificat de résidence, dont la légalité a été confirmée par ce tribunal ainsi qu'il a été dit précédemment. En l'absence de circonstances particulières propres à l'intéressée, cette dernière ne peut donc être regardée comme caractérisant l'urgence justifiant l'usage des pouvoirs que le juge des référés tient de l'article L. 521-3 du code de justice administrative.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il y ait lieu d'admettre Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, que sa requête ne peut qu'être rejetée, y compris ses conclusions tendant au versement d'une somme au titre du procès.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2: La présente ordonnance sera notifiée à Mme B, à Me Laazaoui et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet du Nord.

Fait à Lille, le 11 juin 2024.

Le juge des référés,

Signé

Y. C

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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