jeudi 23 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2404756 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | MEMETI-KAMBERI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, un mémoire complémentaire et des pièces complémentaires enregistrés les 7, 14 et 16 mai 2024, M. A D, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler les décisions du 2 mai 2024 par lesquelles la préfète de l'Oise l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé l'Egypte comme pays de destination de la mesure d'éloignement et a interdit son retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;
2°) d'enjoindre à la préfète de procéder à un nouvel examen de sa situation et de lui délivrer, sans délai, une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- elle a été édictée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle a méconnu son droit d'être entendu ;
- elle est entachée d'une erreur de droit puisque, en sa qualité de demandeur d'asile en Belgique, il aurait dû faire l'objet d'une décision de transfert auprès des autorités belges en application des dispositions de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étranger et du droit d'asile ;
- elle viole les stipulations de l'article 33 de la convention de Genève et les dispositions des articles L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il a fait part de sa volonté de repartir en Belgique pour y poursuivre sa demande d'asile ;
- et elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :
- elle a été édictée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est fondée sur une décision d'obligation de quitter le territoire français qui est elle-même irrégulière ;
- et elle est entachée d'erreurs manifestes dans l'appréciation, d'une part, de ses risques de fuite et, d'autre part, de ses conséquences sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle a été édictée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est fondée sur une décision d'obligation de quitter le territoire français qui est elle-même irrégulière ;
- elle méconnaît tant les stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales que les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- et elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle a été édictée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est fondée sur une décision d'obligation de quitter le territoire français qui est elle-même irrégulière ;
- et elle est entachée d'erreurs manifestes dans l'appréciation, d'une part, de l'intensité et de la nature des liens qu'il a noué avec la France où il a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance et a été scolarisé et, d'autre part, de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 mai 2024, la préfète de l'Oise a conclu à l'irrecevabilité de la requête, laquelle serait tardive, ainsi qu'à son rejet en faisant valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales amendée, signée à Rome le 4 novembre 1950 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Larue en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Larue, magistrat désigné
- les observations de Me Memeti-Kamberi, représentant M. D, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;
- et les observations de M. D, assisté de Mme C B, interprète assermentée en langue arabe, qui a répondu aux questions qui lui ont été posées ;
- la préfète de l'Oise n'étant ni présente, ni représentée.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant égyptien né le 11 novembre 1997, déclare être entré irrégulièrement en France en 2012. Il a fait l'objet entre fin 2017 et le 5 avril 2023 de cinq obligations de quitter le territoire français. Incarcéré, pour la dernière fois, au centre pénitentiaire de Beauvais du 9 décembre 2023 au 7 mai 2024 suite au prononcé d'une peine de 8 mois d'emprisonnement pour des faits de vols avec dégradations, il a fait l'objet, le 2 mai 2024, d'une nouvelle obligation de quitter, sans délai, le territoire français à destination de l'Egypte assortie d'une interdiction de retour sur le sol français d'une durée de trois ans. Par la présente requête, M. D demande au Tribunal d'annuler ces décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :
2. En premier lieu, par un arrêté du 30 octobre 2023, publié le jour même au recueil spécial des actes administratifs des services de l'Etat dans le département, la préfète de l'Oise a donné délégation à M. Frédéric Bovet, secrétaire général de la préfecture, sous-préfet de de Beauvais, signataire de l'arrêté en litige, à effet de signer notamment les décisions attaquées. Par suite, les moyens tirés de l'incompétence de la signataire des décisions querellées manquent en fait et doivent donc être écartés.
3. En deuxième lieu, la préfète de l'Oise énonce avec suffisamment de précisions les considérations de fait et de droit sur lesquelles elle fonde ses décisions. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisante motivation des décisions attaquées ne peuvent être accueillis.
4. En dernier lieu, si M. D déclare être entré irrégulièrement en France en 2012 ou en 2013, comme il l'a fait lors de 5 des 6 obligations de quitter le territoire français prises à son encontre, à l'âge de 16 ans, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il ait été présent en France avant le 16 mars 2016, date de la première de ses inscriptions au fichier automatisé des empreintes digitales. Il y résidait donc irrégulièrement depuis un peu moins de 7 ans et deux mois à la date d'adoption des décisions attaquées. Toutefois, nonobstant cette durée significative de séjour, de laquelle il convient de retrancher ses 20 mois et 13 jours d'incarcérations cumulées, il est célibataire et sans enfant et ne dispose d'aucune attache familiale en France, sa mère et ses deux frères résidant en Egypte, alors que sa sœur séjourne à Dubaï. En outre, M. D, qui ne travaille pas, ne se prévaut d'aucun élément de nature à établir qu'il disposerait désormais en France, où il a fait l'objet de 19 mentions au fichier automatisé des empreintes digitales et de 13 inscriptions au traitement des antécédents judiciaires et où son comportement constitue donc une menace grave et actuelle pour l'ordre public, du centre de ses intérêts privés. Il n'est donc pas fondé à soutenir qu'en adoptant les décisions attaquées, la préfète de l'Oise aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de ces décisions sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre l'obligation de quitter le territoire français :
5. En premier lieu, si M. D soutient que son droit d'être entendu aurait été méconnu, il ne se prévaut à l'audience ou dans son recours, d'aucun élément qu'il n'aurait pas pu faire valoir lors de son audition par les services de police, le 5 avril 2024, au cours de laquelle il a été informé de la possibilité qu'il fasse l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, et qui aurait été de nature à modifier le sens de la décision attaquée. Ce moyen doit donc être écarté.
6. En deuxième lieu, M. D, qui a indiqué lors de son audition par les services de police être venu en France car il rêvait d'y vivre, s'il a certes mentionné avoir effectué une demande d'asile en Belgique n'a jamais fait part, contrairement à ce qu'il soutient, de sa volonté de poursuivre cette démarche qu'il a admis avoir, de lui-même, abandonnée en ne se rendant pas au rendez-vous qui lui avait été fixé après sa prise d'empreintes. Il n'est donc pas fondé à soutenir que la préfète de l'Oise, en l'obligeant à quitter le territoire français, aurait méconnu les stipulations de l'article 33 de la convention de Genève ou les dispositions des articles L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / ()4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger () ". L'article L. 571-1 du même code dispose que : " Lorsque l'autorité administrative estime que l'examen d'une demande d'asile relève de la compétence d'un autre Etat qu'elle entend requérir, en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, il est procédé à l'enregistrement de la demande selon les modalités prévues au chapitre I du titre II. / Une attestation de demande d'asile est délivrée au demandeur selon les modalités prévues à l'article L. 521-7. Elle mentionne la procédure dont il fait l'objet. Elle est renouvelable durant la procédure de détermination de l'Etat responsable et, le cas échéant, jusqu'à son transfert effectif à destination de cet Etat () ". En outre, aux termes de l'article L. 572-1 du même code : " Sous réserve du troisième alinéa de l'article L. 571-1, l'étranger dont l'examen de la demande d'asile relève de la responsabilité d'un autre Etat peut faire l'objet d'un transfert vers l'Etat responsable de cet examen "..Enfin, l'article L. 573-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger pour lequel l'autorité administrative estime que l'examen de la demande d'asile relève de la compétence d'un autre Etat bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français jusqu'à la fin de la procédure de détermination de l'Etat responsable de l'examen de sa demande et, le cas échéant, jusqu'à son transfert effectif à destination de cet Etat ".
8. Il résulte de ces dispositions que, lorsqu'en application des dispositions du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, l'État français estime que l'examen de la demande d'asile d'un étranger relève de la compétence des autorités d'un autre État membre de l'Union européenne, la situation du demandeur d'asile, qui dispose du droit de se maintenir sur le territoire français jusqu'à la fin de la procédure de détermination de l'État responsable de sa demande d'asile, n'entre, en tout état de cause, pas dans le champ d'application des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mais dans celui des dispositions de l'article L. 572-1 du même code. En vertu de ces dispositions, la mesure d'éloignement en vue de remettre l'intéressé aux autorités étrangères compétentes pour l'examen de sa demande d'asile ne peut être qu'une décision de transfert prise sur le fondement de cet article.
9. Pour autant, il appartient au juge administratif de vérifier si la demande d'asile formulée par un étranger n'a pas pour seul but de faire obstacle à la mesure d'éloignement prise à son encontre par les autorités françaises et ne constituerait donc pas un recours abusif aux procédures d'asile. Pour qualifier cet abus de droit, il incombe au juge administratif de tenir compte, à titre principal, de la qualité intrinsèque de la demande d'asile présentée ainsi que du sérieux dont a fait preuve l'étranger dans le suivi de ses démarches d'asile effectuées hors de France et, à titre subsidiaire, du comportement de l'étranger préalablement à la manifestation de sa qualité de demandeur d'asile.
10. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. D a formulé une demande d'asile en Belgique, le 20 novembre 2023. Il doit donc être considéré comme disposant de la qualité de demandeur d'asile en Belgique. Pour autant M. D n'a fourni aucun élément permettant de démontrer le sérieux de sa demande d'asile, se bornant à souligner, à l'audience, interrogé sur ses craintes, qu'il ne connaissait plus son pays d'origine et qu'il ne pouvait y retourner, étant en France depuis 2012. En outre, il a spontanément indiqué ne pas s'être rendu au rendez-vous qui lui avait été fixé pour l'examen de sa demande d'asile et a précisé, à l'audience, n'être demeuré que deux jours en Belgique car il travaillait à Lille sur les marchés. M. D doit donc être considéré comme n'ayant pas suivi avec sérieux la demande d'asile qu'il a introduite en Belgique. Enfin, M. D n'a jamais sollicité l'asile en France, pays où il allègue pourtant demeurer depuis 2012. Il n'a, de plus, fait aucune mention de craintes à l'origine de son départ d'Egypte lors de son audition par les services de police. Il suit de là que la demande d'asile, formulée en Belgique par M. D, a pour seul but de faire obstacle aux mesures d'éloignements qui pourraient être prises à son encontre et constitue donc un recours abusif aux procédures d'asile. Ainsi, M. D entrait bien dans le champ des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'erreur de droit alléguée ne pouvant qu'être écartée.
11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. D, à fin d'annulation de l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre, ne peuvent qu'être rejetées.
En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
12. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point précédent, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
13. En second lieu, l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".
14. En l'espèce, le comportement de M. D, qui a fait l'objet de 19 mentions au fichier automatisé des empreintes digitales et de 13 inscriptions au traitement des antécédents judiciaires, constitue une menace grave et actuelle pour l'ordre public. En outre, il ressort des pièces du dossier que M. D est entré irrégulièrement en France, où il n'a jamais formulé de demande de titre de séjour. Il a fait part de sa volonté de ne pas quitter la France et a déjà fait l'objet, sous son nom et sous 4 autres alias, de 6 précédentes obligations de quitter le territoire français. Enfin, il, ne justifie disposer ni de documents d'identité ou de voyage en cours de validité, ni d'une résidence effective et permanente affectée à son habitation puisqu'il n'a pas respecté l'assignation à résidence qui lui avait été notifiée à l'adresse qu'il a fournie à Creil. Ainsi M. D n'est pas fondé à soutenir qu'en se fondant sur les dispositions précitées du 1° et du 3° de l'article L. 612-2 et des 1°, 4°, 5° et 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour établir le risque qu'il se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre, la préfète de l'Oise aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation de ses risques de fuite.
15. M. D n'est donc pas fondé à solliciter l'annulation de la décision par laquelle la préfète de l'Oise a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire.
En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision fixant le pays de destination :
16. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 11 du présent jugement, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
17. En second lieu, ainsi qu'il a été dit au point 10 du présent jugement, M. D n'a fait état, dans son recours ou à l'audience, d'aucune crainte personnelle en cas de retour en Egypte, se bornant à souligner l'ancienneté de son séjour en France et sa volonté de ne pas rentrer dans son pays. Il suit de là qu'il n'est pas fondé à soutenir qu'en fixant l'Egypte comme pays de renvoi, la préfète de l'Oise aurait méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
18. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. D, à fin d'annulation de la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement prise à son encontre, ne peuvent qu'être rejetées.
En ce qui concerne l'autre moyen dirigé contre l'interdiction de retour sur le territoire français :
19. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 11 du présent jugement, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
20. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ". Il résulte de ces dispositions combinées que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux.
21. En l'espèce, le comportement de M. D, ainsi que cela a déjà été mentionné, notamment au point 14 du présent jugement, constitue une menace pour l'ordre public et il a fait l'objet de 6 précédentes obligations de quitter le territoire français les 11 février 2017, 9 avril et 10 septembre 2018, 16 juin 2019, 3 mars 2022 et 5 avril 2023. En outre, s'il ressort des pièces du dossier qu'il séjournait en France depuis un peu moins de 7 ans et 2 mois, M. D, qui se distingue par les multiples infractions qu'il y a commis et qui n'y dispose d'aucune attache familiale, n'établit pas avoir des liens stables et intenses sur le territoire français. Ainsi, M. D qui ne se prévaut d'aucune circonstance humanitaire, n'est pas fondé à soutenir qu'en interdisant son retour sur le territoire français pour une durée de trois ans, la préfète de l'Oise aurait commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions précitées des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
22. Il suit de là que M. D n'est pas fondé à solliciter l'annulation de la décision par laquelle la préfète de l'Oise a interdit son retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
23. Le présent jugement n'impliquant aucune mesure d'exécution, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte de M. D doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et à la préfète de l'Oise.
Lu en audience publique le 23 mai 2024.
Le magistrat désigné,
X. LARUE
La greffière,
N. CARPENTIER
La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2404756
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026