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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2405160

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2405160

mercredi 5 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2405160
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantLAAZAOUI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 21 et 22 mai 2024, M. A G E demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 21 mai 2024 par lequel le préfet du Pas-de-Calais a décidé de le maintenir en rétention le temps de l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA).

Il soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que sa demande d'asile ne revêt pas un caractère dilatoire ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

La requête a été communiquée au préfet du Pas-de-Calais qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Varenne en application des articles L. 614-9 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Varenne, magistrate désignée,

- les observations de Me Laazaoui, représentant M. G E, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ; il soutient, en outre, que la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le préfet du Pas-de-Calais ne fait état d'aucun critère objectif permettant d'établir le caractère dilatoire de sa demande d'asile ;

- les observations de Me Hacker, représentant le préfet du Pas-de-Calais, qui conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés ne sont pas fondés ;

- les observations de M. G E, assisté de Mme D, interprète assermentée en langue arabe, qui répond aux questions posées par le tribunal.

Considérant ce qui suit :

1. M. G E, ressortissant jordanien né le 2 août 1991 à Waqqas (Jordanie), a fait l'objet, le 16 mai 2024, d'un arrêté du préfet du Pas-de-Calais l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant son pays de destination, lui interdisant le retour sur le territoire français et ordonnant son placement en centre de rétention administrative. Il a sollicité, en rétention, l'octroi d'une protection internationale. Par l'arrêté attaqué, le préfet du Pas-de-Calais a décidé de maintenir M. G E en rétention le temps de l'examen de sa demande de protection internationale par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA).

2. En premier lieu, par un arrêté du 30 octobre 2023, publié le lendemain au recueil spécial n° 140 des actes administratifs des services de l'Etat dans le département, le préfet du Pas-de-Calais a donné délégation à Mme B F, adjointe au chef du bureau de l'éloignement, cheffe de la section gestion ESI et statistiques, signataire de l'acte attaqué, à effet de signer notamment, en cas d'absence ou d'empêchement de M. C, la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision en litige manque en fait et doit donc être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ. / Cette décision de maintien en rétention n'affecte ni le contrôle ni la compétence du juge des libertés et de la détention exercé sur le placement et le maintien en rétention en application du chapitre III du titre IV. La décision de maintien en rétention est écrite et motivée. () ".

4. En l'espèce, la décision attaquée mentionne avec suffisamment de précisions les circonstances de fait et de droit sur lesquelles elle se fonde. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait insuffisamment motivée doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que, pour maintenir M. G E en rétention, le préfet du Pas-de-Calais s'est fondé sur la circonstance que ce dernier a été interpellé en gare de Calais dépourvu de documents l'autorisant à séjourner en France, qu'il a déclaré au cours de son audition ainsi qu'à l'occasion de l'audience qui s'est tenue devant le juge des libertés et de la détention le 18 mai 2024 que son seul but était de rejoindre l'Allemagne où réside l'un de ses frères et qu'il a indiqué ne pas vouloir solliciter l'asile en France ni y rester. Si le fait que le requérant soit dépourvu de document lui permettant de séjourner en France ne constitue pas un critère objectif, au sens et pour l'application des dispositions précitées de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, permettant d'établir que la demande d'asile formée par ce dernier en rétention présenterait un caractère dilatoire, il en va autrement, en revanche, de la circonstance que l'intéressé a déclaré lors de son audition par les services de police le 15 mai 2024 avoir pour seul objectif de rejoindre son frère en Allemagne, ne pas vouloir demander l'asile en France et souhaiter quitter le territoire français par ses propres moyens. Il résulte de l'instruction que le préfet du Pas-de-Calais aurait pris la même décision s'il n'avait retenu que ces derniers motifs pour maintenir l'intéressé en rétention. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet aurait méconnu les dispositions de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile faute d'avoir retenu des critères objectifs pour justifier le maintien de M. G E en rétention doit être écarté.

6. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier, en particulier des déclarations du requérant lors de son audition par les services de police le 15 mai 2024 consignées dans un procès-verbal versé aux débats, que M. G E, interrogé sur les raisons du départ de son pays d'origine, a déclaré avoir quitté la Jordanie en raison de la pauvreté et de " problèmes familiaux avec son ex-femme " et vouloir rejoindre l'un de ses frères en Allemagne. Il a également déclaré ne pas vouloir demander l'asile en France et vouloir quitter le sol national par ses propres moyens. S'il soutient, pour la première fois dans ses écritures, éprouver des craintes en cas de retour en Jordanie en lien avec les menaces qu'il subirait de la part de l'amant de son ex-épouse et fait valoir qu'il a été torturé lors de son parcours migratoire, au cours duquel il aurait notamment été contraint de donner l'un de ses reins aux membres d'un réseau de trafic d'organes, il n'apporte aucun élément probant pour étayer ses allégations et, en tout état de cause, ne justifie pas des raisons pour lesquelles il n'aurait pas porté ces éléments à la connaissance du préfet avant l'édiction de la décision attaquée. Par suite, l'autorité préfectorale n'a commis aucune erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en estimant que la demande d'asile formulée par M. G E en rétention avait pour seul but de faire échec à la mesure d'éloignement prise à son encontre.

7. En dernier lieu, si M. G E soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle, il n'assortit son moyen d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. G E n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 21 mai 2024 par laquelle le préfet du Pas-de-Calais l'a maintenu en rétention le temps de l'examen de sa demande d'asile.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. G E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A G E et au préfet du Pas-de-Calais.

Lu en audience publique le 5 juin 2024.

La magistrate désignée

signé

M. VARENNE

La greffière,

signé

L. CAMAU

La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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