vendredi 7 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2405202 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | LESCENE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 22 mai 2024, Mme A B, représentée par Me Lescene, demande au juge des référés :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision de rejet née le 17 mars 2024 du silence gardé par le préfet du Nord sur sa demande tendant au renouvellement de son titre de séjour en qualité de membre de famille d'un citoyen de l'Union européenne ;
3°) d'enjoindre au préfet du Nord de réexaminer sa demande, en lui délivrant un récépissé l'autorisant à travailler, dans le délai de 48 heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État le versement à Me Lescene de la somme de 2 000 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient :
Sur l'urgence, que :
- cette condition est réputée satisfaite s'agissant d'un refus de renouvellement d'un titre de séjour ;
- en outre, son contrat de travail, conclu le 1er février 2023, a été rompu à compter du 12 avril 2024, du fait de sa situation administrative, à savoir l'absence de récépissé ; elle ne peut pas davantage prétendre aux prestations sociales et à une inscription comme demandeur d'emploi ;
Sur le doute sérieux, que :
- la décision en litige est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle a été édictée au terme d'une procédure irrégulière, dès lors qu'elle n'a pas été précédée de la saisine pour avis de la commission du titre de séjour ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article 7 de la directive communautaire 2004/28/CE et celles de l'article L. 233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sa fille aînée, de nationalité italienne, ayant la qualité de travailleur au sens de ces dispositions et sa fille cadette, également de nationalité italienne, ayant le droit de séjourner en France au titre de son éducation (elle est en terminale) ;
- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire, enregistré le 6 juin 2024, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.
Il soutient que l'urgence n'est pas caractérisée, Mme B bénéficiant d'une attestation de prolongation d'instruction, valable jusqu'au 29 août 2024, l'autorisant à travailler ; en outre, la demande a été présentée tardivement le dernier jour du créneau prévu par l'article R. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; le référé a été engagé tardivement, deux mois et demi après la décision implicite de rejet et un mois et demi après la rupture du contrat de travail ; son dossier de demande était incomplet ;
Vu :
- la copie de la requête à fin d'annulation de la décision attaquée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Riou, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 7 juin 2024 à 11 h 15 en présence de Mme Debuissy, greffière, M. Riou, juge des référés, a lu son rapport et entendu les observations de :
- Me Lescene, représentant Mme B, qui reprend les conclusions et moyens de la requête, à l'exception des conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, du fait que l'aide juridictionnelle a été obtenue, et des conclusions à fin d'injonction de délivrance d'un récépissé, du fait de l'obtention d'une attestation de prolongation d'instruction ; s'agissant des conclusions à fin d'injonction de réexamen, le délai sollicité est porté à 15 jours ; il est en outre précisé, s'agissant de l'urgence, que l'incomplétude du dossier ne saurait renverser la présomption d'urgence, les pièces censées être manquantes ayant été déjà produites à l'appui de la première demande de titre de séjour et ayant été de nouveau produites dès qu'elles ont été demandées, quelques jours seulement avant l'audience ; la délivrance d'une attestation de prolongation d'instruction ne peut davantage renverser la présomption d'urgence ;
- Me Kerriche, représentant le préfet du Nord, qui reprend ses conclusions et moyens de défense en soulignant que l'attestation de prolongation d'instruction renverse la présomption d'urgence.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante marocaine née le 31 janvier 1980, déclare être entrée en France en 2010 accompagnée de son époux et de leurs deux filles, de nationalité italienne. Elle a divorcé en 2013, s'est remariée avec un ressortissant français dont elle a divorcé en 2018. Elle a été munie d'une carte de séjour portant la mention " membre de famille d'un citoyen de l'Union européenne ", valable du 17 janvier 2022 au 16 janvier 2024, et dont elle a demandé le renouvellement par un dossier enregistré en préfecture le 16 novembre 2023. Elle demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet du Nord sur cette demande.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, dans sa rédaction issue de la loi du 29 décembre 2020 visée ci-dessus : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. L'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut également être accordée lorsque la procédure met en péril les conditions essentielles de vie de l'intéressé, notamment en cas d'exécution forcée emportant saisie de biens ou expulsion. L'aide juridictionnelle est attribuée de plein droit à titre provisoire dans le cadre des procédures présentant un caractère d'urgence dont la liste est fixée par décret en Conseil d'Etat. () ".
3. Contrairement à ce que le conseil de la requérante a indiqué à l'audience, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que Mme B ait obtenu, que ce soit dans la présente instance de référé ou dans l'instance au fond, le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Dès lors, il ne peut être donné acte de son désistement de ces conclusions, subordonné à une condition qui n'est pas satisfaite. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en raison de l'urgence qui s'attache au règlement du présent litige, d'admettre Mme B, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
En ce qui concerne l'urgence :
5. Pour l'application des dispositions ci-dessus reproduites de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci.
6. En premier lieu, le préfet du Nord se prévaut de ce que l'intéressée est titulaire d'une attestation de prolongation d'instruction, délivrée le 30 mai 2024, soit postérieurement à l'introduction de la requête, valable du 30 mai au 29 août 2024. Cette circonstance n'est cependant pas de nature à faire échec à la présomption mentionnée au point précédent.
7. En second lieu, le préfet se prévaut du manque de moyens dont dispose son administration, sans autre précision. Cette circonstance, si elle fait partie des critères d'appréciation d'une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale pour le juge saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, ne fait pas partie des critères, énoncés au point 5, de nature à caractériser une urgence, au sens de l'article L. 521-1 du même code, à ne pas suspendre une décision refusant de renouveler un titre de séjour. Elle n'est notamment pas assimilable à un intérêt public qui s'attacherait à l'exécution de la décision attaquée. Elle n'est donc pas davantage de nature à faire échec à la présomption déjà mentionnée, de sorte que la condition d'urgence est remplie.
En ce qui concerne le doute sérieux sur la légalité de la décision en litige :
8. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.
9. Les deux conditions auxquelles l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonne la suspension de l'exécution d'une décision administrative étant satisfaites, il y a lieu de prononcer la suspension de l'exécution de la décision de refus en litige jusqu'à ce que le tribunal ait statué sur la requête tendant à son annulation.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
10. Il résulte des dispositions combinées des articles L. 521-1, L. 911-1 et L. 911-2 du code de justice administrative que le juge des référés peut, y compris de sa propre initiative lorsque la décision contestée est une décision administrative de rejet, assortir la mesure de suspension qu'il ordonne de l'indication des obligations provisoires qui en découleront pour l'administration et qui pourront consister à réexaminer la demande dans un délai déterminé ou, le cas échéant, à prendre toute mesure conservatoire utile compte tenu de l'objet du litige, du moyen retenu et de l'urgence. Toutefois, ces mesures doivent être celles qui sont impliquées nécessairement par la décision de suspension.
11. La suspension prononcée par la présente ordonnance implique seulement mais nécessairement que le préfet du Nord procède au réexamen de la situation de Mme B. Il y a par suite lieu d'enjoindre au préfet du Nord de procéder à ce réexamen dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, en tenant compte du motif de celle-ci. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte et il est donné acte du désistement des conclusions à fin d'injonction de délivrance d'un récépissé, une attestation de prolongation d'instruction, valable jusqu'au 29 août 2024 ayant été obtenue, ainsi qu'il a été dit.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
12. Il résulte de ce qui a été dit au point 3 que la requérante est provisoirement admise à l'aide juridictionnelle. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Lescene, conseil de la requérante, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État et sous réserve de l'admission définitive de la requérante à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État le versement à ce conseil d'une somme de 800 euros.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Il est donné acte du désistement de Mme B de ses conclusions à fin d'injonction de délivrance d'un récépissé.
Article 3 : L'exécution de la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet du Nord sur la demande de Mme B tendant au renouvellement de sa carte de séjour temporaire est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.
Article 4 : Il est enjoint au préfet du Nord de procéder au réexamen de la situation de Mme B dans un délai d'un mois à compter la notification de la présente ordonnance.
Article 5 : Sous réserve de l'admission définitive de la requérante à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Lescene renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, celui-ci versera à Me Lescene une somme de 800 (huit cents) euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 6 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 7 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B, à Me Lescene et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Une copie en sera adressée pour information au préfet du Nord.
Fait à Lille, le 7 juin 2024.
Le juge des référés,
Signé
J.M. RIOU
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026