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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2405275

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2405275

mercredi 12 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2405275
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantLUTRAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 mai 2024, M. Prince A B, représenté par Me Lutran, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de l'arrêté en date du 26 décembre 2023 du préfet du Nord portant rejet de sa demande de délivrance d'un titre de séjour et saisine de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides sur le fondement de l'article L. 511-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que la décision en date du 29 janvier 2024 par laquelle le préfet du Nord a rejeté son recours gracieux ;

3°) d'enjoindre au préfet du Nord de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et de lui remettre dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai d'une semaine à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous la même astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient :

Sur l'urgence, que :

- le refus en litige a pour conséquence de le priver de tous ses droits afin d'accéder notamment à un logement thérapeutique et de bénéficier de soins ;

Sur le doute sérieux, que :

- à défaut de justifier de la régularité de la convocation à la réunion de la commission du titre de séjour ainsi que de la régularité de la composition de ladite commission, l'avis du 12 septembre est irrégulier ce qui prive le requérant d'une garantie substantielle et entache l'arrêté du 26 décembre 2023 d'un vice de légalité externe ;

- cette décision méconnaît les dispositions des articles L. 412-5 et L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'arrêté du 26 décembre 2023 étant entaché d'illégalité, la décision portant rejet du recours gracieux doit être suspendue par voie de conséquence ;

- cette décision est entachée d'incompétence de son signataire ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet du Nord qui a produit des pièces enregistrées le 10 juin 2024.

Vu :

- la copie de la requête à fin d'annulation de la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Féménia, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 11 juin 2024 à 10h00, en présence de M. Deraoui, greffier, Mme Féménia, juge des référés, a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Lutran, représentant M. B qui, renonce à ses conclusions tendant à la suspension de l'exécution de la décision en date du 29 janvier 2024 par laquelle le préfet du Nord a rejeté le recours gracieux formé par le requérant à l'encontre de l'arrêté du 26 décembre 2023 par lequel le préfet du Nord a rejeté sa demande de délivrance d'un titre de séjour, renonce au moyen de légalité externe soulevé contre l'arrêté du 29 janvier 2024 tiré de l'irrégularité de la procédure de consultation de la commission du titre de séjour, et invoque en outre la méconnaissance des dispositions de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale dans le cadre de la consultation des données personnelles figurant dans le traitement des antécédents judiciaires, et enfin reprend son argumentaire s'agissant de la méconnaissance des dispositions des articles L. 412-5 et L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- les observations de Me Hacher, représentant le préfet du Nord, qui conclut au rejet de la requête en faisant valoir que l'urgence n'est pas caractérisée, l'intéressé n'ayant accompli que très récemment des démarches auprès d'organismes sociaux en vue de sortir de sa situation d'extrême précarité et que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant rwandais né le 17 juillet 2002, s'est vu reconnaître la qualité de réfugié par une décision du directeur général de l'office français de protection des réfugiés et des apatrides du 25 octobre 2011. Il a sollicité, le 7 juillet 2022, la délivrance de la carte de résident en qualité de réfugié. M. B demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de l'arrêté en date du 26 décembre 2023 du préfet du Nord portant rejet de sa demande de délivrance d'un titre de séjour et saisine de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides sur le fondement de l'article L. 511-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".

3. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en raison de l'urgence qui s'attache au règlement du présent litige, d'admettre M. B, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

En ce qui concerne l'urgence :

5. Pour l'application des dispositions ci-dessus reproduites de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

6. Ainsi qu'il a été indiqué au point 1, la qualité de réfugié a été reconnue à M. B. Dès lors que le refus de lui attribuer un titre de séjour fait obstacle à ce qu'il puisse séjourner en France en dépit de cette qualité, alors qu'il n'a présenté sa demande de délivrance d'une première carte de résident que près de deux ans après sa majorité, l'intéressé, qui ne dispose d'aucun document provisoire de séjour et qui n'est pas en mesure de travailler ni de faire valoir ses droits à diverses prestations sociales, doit être regardé comme justifiant de l'existence d'une situation d'urgence.

En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige :

7. Aux termes de l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel la qualité de réfugié a été reconnue en application du livre V se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans ". Aux termes de l'article L. 424-4 de ce code : " Le délai pour la délivrance de la carte de résident prévue à l'article L. 424-1 après la décision de reconnaissance de la qualité de réfugié par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile est fixé par décret en Conseil d'État. " Aux termes de l'article R. 424-1 : " Le préfet procède à la délivrance de la carte de résident prévue aux articles L. 424-1 ou L. 424-3 dans un délai de trois mois à compter de la décision de reconnaissance de la qualité de réfugié par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile. Ce délai n'est pas applicable aux membres de famille visés à l'article L. 561-2 ".

8. En l'état de l'instruction aucun des moyens invoqués et tels qu'ils sont mentionnés dans les visas de la présente ordonnance n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision portant refus de titre de séjour attaquée.

9. Il résulte de ce qui précède, que les conclusions de M. B tendant à la suspension de l'exécution de l'arrêté en date du 26 décembre 2023 du préfet du Nord en tant qu'il rejette sa demande de renouvellement de titre de séjour doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais liés aux litiges.

O R D O N N E :

Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. Prince A B, à Me Lutran et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet du Nord.

Fait à Lille, le 12 juin 2024.

La juge des référés,

Signé

J. FEMENIA

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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