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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2405459

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2405459

vendredi 7 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2405459
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSCP ROBIQUET DELEVACQUE VERAGUE YAHIAOUI PASSE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 mai 2024, la société par actions simplifiée Le Pacha, représentée par Me Dangleterre, demande au juge des référés :

1°) de suspendre, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision en date du 22 avril 2024 par laquelle le maire de Bapaume a fixé à 23h00 l'heure de fermeture maximale de l'établissement " Le Pacha " sis 9, rue de Péronne à Bapaume ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Bapaume la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'urgence est caractérisée, eu égard à la baisse importante de son chiffre d'affaires, qui est dorénavant très inférieur à ses charges fixes ; la décision attaquée l'expose à un risque de défaut de paiement et de fermeture définitive, son gérant et sa compagne ne disposant d'aucune autre source de revenus ;

- la décision attaquée est illégale, en l'absence de risques avérés d'atteinte à l'ordre public ;

- en tout état de cause, la mesure est manifestement disproportionnée, d'autres mesures moins attentatoires à la liberté de commerce et d'industrie pouvant être prises, telles que la limitation du volume sonore ou la résolution amiable des prétendus conflits de voisinage ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée, en méconnaissance de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle n'a pas été prise à l'issue d'une procédure contradictoire, en méconnaissance de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 5 et 6 juin 2024, la commune de Bapaume, représentée par Me Delevacque, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société Le Pacha la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'urgence n'est pas caractérisée ;

- en tout état de cause, les moyens soulevés par la société Le Pacha ne sont pas fondés.

Vu :

- la requête de la société Le Pacha tendant à l'annulation de la décision en date du 22 avril 2024 par laquelle le maire de Bapaume a fixé à 23h00 l'heure de fermeture maximale de l'établissement " Le Pacha " sis 9, rue de Péronne à Bapaume ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Lemaire, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 6 juin 2024 à 13 heures 30.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Blanc, greffier d'audience :

- le rapport de M. Lemaire, juge des référés,

- les observations de Me Dangleterre, avocat de la société Le Pacha, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens,

- et les observations de Me Delevacque, avocat de la commune de Bapaume, qui conclut aux mêmes fins que le mémoire en défense par les mêmes moyens.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. La société Le Pacha, qui exploite un débit de boissons à Bapaume, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision en date du 22 avril 2024 par laquelle le maire de cette commune a fixé à 23h00 l'heure de fermeture quotidienne maximale de son établissement, sis 9, rue de Péronne à Bapaume.

Sur les conclusions à fin de suspension :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. / () ".

3. En premier lieu, pour l'application des dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte contesté sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

4. Pour justifier l'urgence d'une suspension de l'exécution de la décision du maire de Bapaume en date du 22 avril 2024, la société Le Pacha verse au dossier ses tickets Z mensuels depuis l'ouverture de son établissement au mois de décembre 2023 et les relevés de son compte bancaire, qui établissent la baisse substantielle de son chiffre d'affaires postérieurement à cette décision, ainsi que le montant des charges fixes de cet établissement. Elle verse également au dossier des pièces établissant la situation financière particulièrement précaire de son gérant et de sa compagne, dont il est constant qu'ils ne disposent pas d'une autre source de revenus. Dans ces circonstances, la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.

5. En second lieu, et alors que la commune de Bapaume se borne à verser au dossier une unique attestation ne mentionnant aucun fait précis et établie pour les besoins de la cause par une conseillère municipale, ainsi qu'un rapport établi le 15 février 2024 par la brigade de gendarmerie de Bapaume faisant état de quatre incidents, le premier n'ayant pas été constaté par la brigade, le deuxième s'étant déroulé à une heure non précisée et le dernier ayant eu lieu peu après 23 heures le 14 février 2024, soit plus de deux mois avant la décision attaquée, les moyens tirés de l'absence de risques avérés d'atteinte à l'ordre public, du caractère disproportionné de la mesure et de la méconnaissance de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration sont de nature, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité de cette décision.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la société Le Pacha est fondée à demander la suspension de l'exécution de la décision en date du 22 avril 2024 par laquelle le maire de Bapaume a fixé à 23h00 l'heure de fermeture quotidienne maximale de son établissement sis 9, rue de Péronne à Bapaume.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Bapaume le versement à la société Le Pacha d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Les dispositions de cet article font obstacle à ce que soit mis à la charge de la société requérante, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement à cette commune de la somme qu'elle demande au titre des frais qu'elle a exposés.

ORDONNE :

Article 1er : L'exécution de la décision en date du 22 avril 2024 par laquelle le maire de Bapaume a fixé à 23h00 l'heure de fermeture quotidienne maximale de l'établissement de la société Le Pacha sis 9, rue de Péronne à Bapaume, est suspendue.

Article 2 : La commune de Bapaume versera à la société Le Pacha une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de Bapaume au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à la société par actions simplifiée Le Pacha et à la commune de Bapaume.

Copie en sera adressée pour information au préfet du Pas-de-Calais.

Fait à Lille, le 7 juin 2024.

Le juge des référés,

Signé,

O. LEMAIRE

La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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