Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2405486
mercredi 12 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2405486 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | SCHRYVE |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 29 mai 2024, M. A B demande au Tribunal d'annuler l'arrêté du 28 mai 2024 par lequel la préfète de l'Oise a ordonné son maintien en rétention administrative à la suite de sa demande d'asile formée en rétention administrative.
Il soutient que :
- il appartient à l'administration de justifier de la compétence du signataire de l'acte ;
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 754-2 et de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 28 septembre 2022, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Krawczyk en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Krawczyk, magistrat désigné ;
- les observations de Me Schryve, avocate, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens qu'elle développe ; elle demande le bénéfice de l'aide juridictionnelle pour son client à titre provisoire et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 au titre des frais de l'instance ;
- la préfète de l'Oise n'étant ni présente ni représentée ;
- M. B étant absent.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant algérien, demande l'annulation de l'arrêté du 28 mai 2024 par lequel la préfète de l'Oise a ordonné son maintien en rétention administrative à la suite de sa demande d'asile formée en rétention.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. Il y a lieu, en application de ces dispositions, d'admettre provisoirement M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Aux termes de l'article L. 754-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'un étranger placé ou maintenu en rétention présente une demande d'asile, l'autorité administrative peut procéder, pendant la rétention, à la détermination de l'État responsable de l'examen de cette demande conformément à l'article L. 571-1 et, le cas échéant, à l'exécution d'office du transfert dans les conditions prévues à l'article L. 751-13. ". En outre, aux termes de l'article L. 754-3 du même code : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ. ".
5. Pour estimer que la demande d'asile formée par M. B en rétention était présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement et maintenir ce dernier en rétention le temps de l'examen de cette demande par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, la préfète de l'Oise s'est fondée sur la circonstance que le requérant " s'est déjà soustrait à une précédente mesure d'éloignement prise le 7 octobre 2023 " et que l'administration lui a proposé " de le passer à la borne Eurodac afin de déterminer s'il ne serait pas identifié dans un autre pays ". La préfète en a conclu que la demande du requérant était dilatoire. Il ne ressort pas de ces constatations dont la portée est sibylline, qu'elles constitueraient des critères objectifs, permettant d'établir que la demande du requérant est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement du 7 octobre 2023 prise par le préfet des Alpes Maritimes. La décision contestée est ainsi entachée d'un défaut de motivation et doit être annulée pour ce motif sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens.
6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de rejeter ses conclusions relatives aux frais de l'instance.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale à titre provisoire.
Article 2 : L'arrêté en date du 28 mai 2024 du préfet du Nord le maintien en rétention administrative de M. B est annulé.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de l'Oise.
Prononcé en audience publique le 12 juin 2024.
Le magistrat désigné,
signé
J. KRAWCZYK
La greffière,
signé
N. BELHARRET
La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Décisions similaires
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026