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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2405491

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2405491

jeudi 27 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2405491
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantWILINSKI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés le 29 mai 2024 et 12 juin 2024, la société par actions simplifiée (SAS) Free Mobile, représentée par Me Martin, demande au juge des référés :

1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 11 mars 2024 par lequel le maire de la commune d'Annezin a fait opposition à la déclaration préalable déposée le 14 février 2024 par la société Free Mobile portant sur l'implantation d'un relais radio téléphonique avec édification d'une clôture ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune d'Annezin, à titre principal, de lui délivrer une décision de non-opposition dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de cinq cents euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au maire de la commune d'Annezin, à titre subsidiaire, de procéder à une nouvelle instruction de sa déclaration préalable en prenant une décision dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de la commune d'Annezin la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie ;

- elle justifie d'un moyen de nature à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée ;

- le motif, fondé sur la méconnaissance de l'article UA 10 du règlement du plan local d'urbanisme, est entaché d'erreur de droit ;

- l'article UA 2 du plan local d'urbanisme méconnaît les dispositions de l'article L. 151-9 du code de l'urbanisme ; par ailleurs, l'interdiction figurant à cet article s'inscrit en violation du pouvoir de police spécial et exclusif reconnu en la matière au ministre compétent et aux organismes en relevant ; l'interdiction n'est par ailleurs pas justifiée au regard des connaissances scientifiques actuelles et, enfin, elle porte une atteinte disproportionnée et donc illégale à la liberté du commerce et de l'industrie ; la substitution de motif ne saurait donc être accueillie.

Par un mémoire en défense et des pièces, enregistrés les 12 juin 2024 et 13 juin 2024, la commune d'Annezin, représentée par Me Wilinski, demande au tribunal :

1°) à titre principal, de rejeter la requête de la société Free Mobile ;

2°) à titre subsidiaire, et dans l'hypothèse d'une suspension de la décision contestée, de rejeter la demande d'injonction tendant à la délivrance d'un arrêté de non-opposition ;

3°) en tout état de cause, de mettre à la charge de la société requérante la somme de 3 000 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la condition d'urgence n'est pas satisfaite ;

- elle entend substituer au motif tiré de la méconnaissance de l'article UA 10 du règlement du plan local d'urbanisme celui tiré de la méconnaissance de l'article UA 2 dudit plan ; de ce fait, il n'existe aucun doute sérieux sur la légalité de la décision contestée alors que ledit arrêté a été modifié en ce sens ;

- si le juge des référés décidait de suspendre la décision contestée, il lui appartiendrait de limiter son injonction à la réalisation par la commune d'une nouvelle instruction de la demande, l'installation d'une antenne relais étant de nature à faire obstacle à l'installation, à proximité immédiate du site, d'un nouveau point d'accueil de très jeunes enfants et à la mise à disposition des infrastructures du complexe des Bas-Champs.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Fabre, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 13 juin 2024 à 09 h 00 :

- le rapport de M. Fabre, juge des référés ;

- les observations de M. A, représentant la société Free Mobile ;

- et celles de Me Wilinski, représentant la commune d'Annezin.

A l'audience publique, les parties concluent aux mêmes fins que dans leurs écritures et selon, en substance, la même argumentation.

Considérant ce qui suit :

1. La société Free Mobile a déposé, le 14 février 2024, auprès de la commune d'Annezin, un dossier de demande de déclaration préalable pour l'implantation d'un relais radio téléphonique avec édification d'une clôture. Par un arrêté du 11 mars 2024, le maire de la commune d'Annezin a fait opposition à cette déclaration préalable. Par la requête dont le juge des référés est saisi, la société Free Mobile demande au tribunal la suspension de l'exécution de cet arrêté.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 512-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. / () ".

En ce qui concerne la condition d'urgence :

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. Il ressort des pièces du dossier et particulièrement des cartes de couverture réseau produites par la société requérante, dont la sincérité ne peut être utilement contestée du seul fait des contradictions relevées avec les cartes de couverture réseau mises en ligne sur le site internet de l'Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (ARCEP), qui n'ont pas la même précision ni la même portée, que la société Free Mobile ne dispose pas en propre de couvertures des réseaux téléphoniques sur la totalité du territoire proche de la station relais en litige. Il s'ensuit que, eu égard à l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire national par les réseaux de téléphonie mobile et aux intérêts propres de la société requérante, qui a pris des engagements vis-à-vis de l'Etat quant à la couverture du territoire par son réseau, la condition d'urgence exigée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être, en l'espèce, regardée comme remplie.

En ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un moyen sérieux :

5. Aux termes de l'article UA 10 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune d'Annezin : " () Hauteur absolue : / La hauteur d'une construction mesurée au sol naturel avant aménagement ne peut dépasser onze mètres de faîtage. / () ".

6. L'arrêté contesté a été pris au motif que le projet de la société Free Mobile ne respectait pas les dispositions de l'article UA 10 du règlement du plan local d'urbanisme dès lors que le projet consistait en l'implantation d'une antenne relais composée d'un pylône d'une hauteur de 18 mètres surmonté d'antennes, totalisant une hauteur totale de 20, 50 mètres. Le moyen tiré de ce que cette décision est entachée d'une erreur de droit dès lors que les dispositions de l'article UA 10 du PLU de la commune ne peuvent être valablement appliquées au projet d'installation d'une antenne radio téléphonique qui ne dispose pas de faîtage, tel que déposé par la société requérante est, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée.

7. Par ailleurs, si la commune défenderesse entend proposer une substitution de motif en faisant valoir que la décision contestée, qui a été modifiée en ce sens le 12 juin 2024, méconnaît également les dispositions de l'article UA 2 du même règlement selon lesquelles : " Sont admises sous réserve des conditions ci-après : / () L'implantation d'antennes-relais, sauf dans un rayon de cent mètres autour des écoles, collèges et lycées, crèches, établissements de santé et autres structures d'accueil de la petite enfance. / () ", la société requérante apparaît, en l'état de l'instruction, également fondée à soutenir que ces dispositions méconnaissent l'article L. 151-9 du code de l'urbanisme et ne peuvent donc être substituées comme fondement juridique de l'arrêté contesté à l'article UA 10 dudit règlement.

8. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen de la requête n'est, en l'état de l'instruction, susceptible de créer un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté attaqué.

9. Il résulte de ce qui précède que les conditions d'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative sont remplies. La société requérante est par suite fondée à demander la suspension de l'exécution de l'arrêté contesté.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Lorsque le juge suspend un refus d'autorisation ou une opposition à une déclaration après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation ou de prendre une décision de non-opposition. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction que les dispositions en vigueur à la date de la décision ainsi suspendue interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date de l'ordonnance y fait obstacle. La décision de l'administration prise en exécution de cette injonction ne revêt toutefois qu'un caractère provisoire dans l'attente du jugement à intervenir sur la requête tendant à l'annulation de l'autorisation d'urbanisme ou de la déclaration préalable en cause.

11. En l'espèce, il ne résulte pas de l'instruction que les dispositions en vigueur à la date de la décision suspendue interdiraient que la demande puisse être accueillie pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date de la présente ordonnance y ferait obstacle. Par suite, il doit être enjoint au maire de la commune d'Annezin, par une décision qui revêtira un caractère provisoire jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la requête en annulation de la décision attaquée, de prendre une décision de non-opposition à la déclaration préalable déposée par la société Free Mobile, dans un délai d'un mois suivant la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société Free Mobile, qui n'est pas partie perdante, une somme au titre des frais exposés par la commune d'Annezin et non compris dans les dépens.

13. Il y a par ailleurs lieu, sur le fondement des mêmes dispositions, de mettre à la charge de la commune d'Annezin la somme de 1 500 euros à verser à la société requérante au titre des frais exposés par cette dernière et non compris dans les dépens.

ORDONNE :

Article 1er : L'exécution de l'arrêté du 11 mars 2024, modifié le 12 juin 2024, par lequel le maire de la commune d'Annezin a fait opposition à la déclaration préalable déposée le 14 février 2024 par la société Free Mobile portant sur l'implantation d'un relais radio téléphonique avec édification d'une clôture est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune d'Annezin de délivrer, à titre provisoire, une décision de non-opposition à la déclaration préalable déposée par la société Free Mobile dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : La commune d'Annezin versera à la société Free Mobile la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions présentées par la commune d'Annezin au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Free Mobile et à la commune d'Annezin.

Fait à Lille le 27 juin 2024.

Le juge des référés,

Signé

X. FABRE

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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