jeudi 27 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2405934 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | GUILLAUD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 8 et 10 juin 2024, M. C B demande au tribunal d'annuler la décision du 8 juin 2024 par laquelle le préfet du Nord a ordonné son maintien en rétention administrative à la suite du dépôt, au centre de rétention administratif, de sa demande d'asile.
Il soutient que la décision attaquée :
- a été édictée par une autorité incompétente ;
- est insuffisamment motivée ;
- a méconnu son droit d'être entendu ;
- contrevient aux dispositions des articles L. 754-2 et L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en l'absence de critère objectif de nature à justifier que sa demande d'asile aurait pour seul but de faire obstacle à son éloignement ;
- et est empreinte d'une erreur manifeste d'appréciation, d'une part, de sa situation et, d'autre part, de ses conséquences sur sa situation personnelle.
La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas produit de mémoire.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales amendée, signée à Rome le 4 novembre 1950 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Larue en application de l'article L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Larue, magistrat désigné ;
- les observations de Me Guillaud, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;
- les observations de Me Kerriche, représentant le préfet du Nord, qui a conclu au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé ;
- et les observations de M. B, assisté de M. A, interprète assermenté en langue vietnamienne, qui a répondu aux questions qui lui ont été posées.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant vietnamien né le 26 juillet 1980, déclare être entré irrégulièrement en France en mai 2024, muni d'un visa, qui lui avait été délivré par l'ambassade d'Espagne d'Hanoi le 9 octobre 2023, qui était valable du 20 octobre au 11 novembre 2023 et qui autorisait son séjour en Espagne pour une durée de 8 jours. Il a été interpellé par les services de la police aux frontières de Dunkerque à l'occasion d'un contrôle d'identité opéré, le 2 juin 2024, alors qu'il marchait sur la route départementale 601 dans la commune de Grande Synthe à 10h00. N'étant pas à même de justifier de son droit à circuler ou séjourner en France, M. B a fait l'objet d'une mesure de retenue administrative aux fins de vérification de ce droit. Après qu'il est apparu qu'il était entré irrégulièrement en France où il n'a jamais formulé de demande visant à être autorisé à séjourner, il a fait l'objet, le jour même de son interpellation, d'une obligation de quitter, sans délai, le territoire français à destination du Vietnam ainsi que d'une interdiction de retour sur le sol français d'une durée d'un an. Par ailleurs, M. B a, par le même arrêté, fait l'objet d'un placement au centre de rétention administrative de Coquelles, où il a formulé, le 3 juin 2024, une demande d'asile. Si cette dernière a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides le 14 juin 2024, M. B a fait l'objet, le 8 juin 2024, d'une décision par laquelle le préfet du Nord a ordonné son maintien en rétention administrative. Par la présente requête, M. B demande au Tribunal l'annulation de cette dernière décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes des dispositions de l'article L. 754-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'un étranger placé ou maintenu en rétention présente une demande d'asile, l'autorité administrative peut procéder, pendant la rétention, à la détermination de l'État responsable de l'examen de cette demande conformément à l'article L. 571-1 et, le cas échéant, à l'exécution d'office du transfert dans les conditions prévues à l'article L. 751-13 ". L'article L. 754-3 du même code dispose que : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ ".
3. En l'espèce, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que le préfet du Nord se fonde, pour considérer que la demande d'asile de M. B présentait un caractère dilatoire, sur la circonstance, tout d'abord, que l'intéressé n'établirait pas être personnellement exposé à des peines ou traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ensuite, qu'il serait entré en France le 20 mai 2024 mais n'y aurait jamais sollicité l'asile et enfin, qu'il n'a présenté sa demande d'asile qu'après son interpellation le 7 juin 2024. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, notamment du registre du centre de rétention administrative, que M. B, dont il apparaît ainsi qu'il a été arbitrairement détenu durant 5 jours, a présenté sa demande d'asile le 3 juin 2024 à 12h01, soit le lendemain de son interpellation et moins de deux semaines après son entrée en France. En outre, si M. B n'a pas fait état de craintes actuelles et personnelles de persécutions en cas de retour au Vietnam lors de son audition par les services de police le 2 juin 2024, élément qui n'est pas même mentionné par la décision attaquée, il a déclaré, le 5 juin 2024, lors de son audition par le juge de la liberté et de la détention, ne pas vouloir retourner au Vietnam car sa famille, qui a dû quitter le domicile familial, et lui-même y seraient en danger au motif qu'il doit une grosse somme d'argent à la mafia. Certes la circonstance qu'un étranger, qui formule une demande d'asile en rétention, n'ait jusqu'alors pas fait valoir de menaces actuelles et personnelles en cas de retour dans son pays d'origine constitue un élément objectif de nature à justifier du caractère dilatoire de sa demande d'asile. Mais, il n'en va pas de même de la circonstance que cet étranger, dont l'examen de la demande de protection internationale relève, au premier chef, de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides, n'établirait pas, devant des services préfectoraux qui n'ont procédé, depuis leurs invocations, à aucune audition de l'intéressé, être personnellement exposé à des peines ou traitements contraires à l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ainsi, en l'état, outre que la décision attaquée souffre d'un défaut d'examen sérieux du dossier de M. B, la décision attaquée ne comporte aucun élément objectif de nature à établir que sa demande d'asile n'aurait pas d'autre but que de faire obstacle à son éloignement. Et M. B est donc fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaît les dispositions précitées des articles L. 754-2 et L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
4. Il résulte donc de ce qui précède que les conclusions de M. B aux fins d'annulation de la décision du 8 juin 2024, par laquelle le préfet du Nord a ordonné son maintien en rétention administrative, doivent être accueillies.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 8 juin 2024, par laquelle le préfet du Nord a ordonné le maintien en rétention administrative de M. B, à la suite de l'enregistrement de sa demande d'asile au centre de rétention administrative, est annulée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet du Nord.
Lu en audience publique le 27 juin 2024.
Le magistrat désigné,
Signé :
X. LARUE
La greffière,
Signé :
L. CAMAU
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2405934
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026