Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2406110

vendredi 14 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2406110
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantEKWALLA-MATHIEU

Texte intégral

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Féménia, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Par un jugement du 25 novembre 2021, le tribunal judiciaire de Lille a condamné

M. B à rembourser le montant des loyers et charges impayés à Partenord Habitat, Office d'aménagement et de construction du Nord, s'élevant à la somme de 3 659,59 euros, en lui accordant la possibilité de régler sa dette par mensualités de 50 euros, à défaut de quoi il pourrait faire l'objet d'une mesure d'expulsion. Par une décision du 24 mai 2024, le préfet du Nord a octroyé le concours de la force publique pour l'exécution de ce jugement. M. B demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette décision.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une

décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". L'article L. 522-3 du même code dispose que : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ". Aux termes de l'article R. 522-1 du code de justice administrative : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire () ".

3. Pour l'application des dispositions ci-dessus reproduites de l'article L. 521-1 du code

de justice administrative, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte contesté sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

4. Par ailleurs, il incombe à l'autorité administrative d'assurer, en accordant au besoin

le concours de la force publique, l'exécution des décisions de justice. Le droit de propriété, qui constitue une liberté fondamentale, a pour corollaire la liberté de disposer d'un bien et le droit d'obtenir le concours de la force publique pour assurer l'exécution d'une décision de justice ordonnant l'expulsion d'un locataire d'un immeuble.

5. Pour établir l'urgence de sa demande, M. B fait principalement état de ce que la

décision dont il demande, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la suspension, prendra effet le 17 juin 2024 et qu'il est dans l'impossibilité de se reloger par ses propres moyens dès lors qu'il ne perçoit que le RSA et alors qu'il accueille son fils mineur en garde alternée et qu'il justifie avoir entrepris des démarches pour se reloger dans le cadre du dispositif DALO et DAHO. Toutefois, le requérant n'établit pas avoir été dans l'impossibilité de régulariser sa situation qui perdure depuis le jugement du tribunal d'instance de Lille rendu le 25 novembre 2021. Il n'établit pas plus être le père d'un jeune enfant dont il aurait en partie la garde. Enfin, ce n'est que le 27 mai 2024 qu'il a saisi la commission départementale de médiation en vue de l'accueil dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale. De la même manière, ce n'est que le 5 juin 2024, qu'il a engagé une démarche auprès de France travail en vue d'un accompagnement à la réalisation d'un projet personnalisé d'accès à l'emploi. Il suit de là que la situation d'urgence invoquée par M. B au soutien de sa requête lui est totalement imputable.

6. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il y ait lieu d'admettre M. B au

bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, que la condition d'urgence exigée par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie et qu'il y a lieu de rejeter la requête dans toutes ses conclusions selon la procédure prévue à l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et à Me Ekwalla-Mathieu.

Copie en sera adressée, pour information, au préfet du Nord.

Fait à Lille, le 14 juin 2024

La juge des référés,

Signé

J. FEMENIA

La République mande et ordonne à la ministre des solidarités et des familles en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°2406110