mardi 3 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2406129 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 13 juin 2024, M. C B, représenté par Me Gommeaux, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 7 décembre 2023 par lequel le préfet du Nord a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " travailleur temporaire " dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet du Nord de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir et sous la même astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 contre renonciation de la part de ce conseil au bénéfice de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.
Le requérant soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est insuffisamment motivée ;
- le préfet du Nord, en prenant cette décision, a manqué à son obligation de loyauté ;
- cette décision méconnaît les dispositions de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le préfet du Nord a commis une erreur de droit dès lors que l'absence d'autorisation de travail qui motive le refus de titre de séjour lui est uniquement imputable ;
- cette décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle n'a pas été précédée d'un examen sérieux de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- il excipe, à l'encontre de cette décision, de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense enregistré le 14 août 2024, le préfet du Nord, représenté par la Selarl Centaure avocats, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
L'aide juridictionnelle totale a été accordée à M. B par une décision du 11 mars 2024.
La clôture de l'instruction a été fixée au 30 septembre 2024 par une ordonnance en date du 29 août 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code du travail ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Monteil a été entendu au cours de l'audience publique :
Considérant ce qui suit :
1. M. C B, né le 8 avril 2002 en Guinée, de nationalité guinéenne, est entré en France le 26 février 2018 en tant que mineur non accompagné. Il a été pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance après l'âge de 16 ans par une décision de placement en date du 17 mai 2018 du tribunal pour enfants de A. Il a bénéficié d'un titre de séjour " travailleur temporaire " valable du 24 juin 2020 au 23 juin 2021, qui a été régulièrement renouvelé jusqu'au 13 avril 2023. Le 28 mars 2023, il a sollicité auprès de la préfecture du Nord le renouvellement de son titre de séjour " travailleur temporaire ". Par un arrêté du 7 décembre 2023, dont M. B demande l'annulation, le préfet du Nord a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée déterminée ou qui fait l'objet d'un détachement conformément aux articles L. 1262-1, L. 1262-2 et L. 1262-2-1 du code du travail se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " travailleur temporaire " d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. " Aux termes de l'article R. 5221-3 du code du travail : " I.- L'étranger qui bénéficie de l'autorisation de travail prévue par l'article R. 5221-1 peut, dans le respect des termes de celle-ci, exercer une activité professionnelle salariée en France lorsqu'il est titulaire de l'un des documents et titres de séjour suivants : () 4° Le récépissé de renouvellement de titre de séjour portant la mention " autorise son titulaire à travailler " ; () ". Et aux termes de l'article R. 611-6 : " Le récépissé de la demande de renouvellement d'un titre de séjour permettant l'exercice d'une activité professionnelle salariée autorise son titulaire à travailler. "
3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient au seul préfet, lorsqu'il est saisi par un étranger, résidant en France sous couvert d'une carte de séjour, d'un récépissé de demande ou de renouvellement de carte de séjour ou d'une autorisation provisoire de séjour, d'une demande de délivrance d'un titre de séjour en qualité de salarié accompagnée d'une demande d'autorisation de travail dûment complétée et signée par son futur employeur, de statuer sur cette double demande. S'il lui est loisible de donner délégation de signature au directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi en matière de délivrance des autorisations de travail des ressortissants étrangers et ainsi de charger cette administration plutôt que ses propres services de l'instruction de telles demandes, il ne peut, sans méconnaître l'étendue de sa propre compétence opposer à l'intéressé un défaut d'autorisation de travail.
4. En l'espèce, M. B a bénéficié d'un titre de séjour " travailleur temporaire " valable du 24 juin 2020 au 23 juin 2021, qui a été régulièrement renouvelé jusqu'au 13 avril 2023, et a sollicité le 28 mars 2023 une demande de renouvellement de titre de séjour sur le même motif. Toutefois, aucun des récépissés successifs de M. B valables du 20 avril 2023 au 19 juillet 2023, du 21 juillet 2023 au 20 octobre 2023 et du 17 octobre 2023 au 16 janvier 2024 ne l'autorisaient à travailler, contrairement aux dispositions de l'article R. 611-6 précitées, et la demande d'autorisation de travail déposée auprès de la plateforme interrégionale de main d'œuvre étrangère de Béthune le 3 avril 2023 par la société La Grillade a été clôturée faute pour l'employeur de fournir un titre de séjour en cours de validité autorisant le requérant à travailler. Le préfet du Nord, qui en a été informé le 16 mai 2023 par la plateforme interrégionale de main d'œuvre étrangère de Béthune, et qui ne démontre pas dans la présente instance que ladite demande d'autorisation de travail ou les demandes postérieurement déposées le 22 mai 2023 par la société La Grillade et le 24 juillet 2023 par la société Allo pizza auraient été par ailleurs incomplètes, ne pouvait donc opposer à l'intéressé un défaut d'autorisation de travail qui lui était refusée en raison de son propre manquement. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que le préfet du Nord a entaché sa décision du 7 décembre 2023 d'une erreur de droit.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que le refus de titre de séjour opposé par le préfet du Nord doit être annulé, ainsi que, par voie de conséquence, l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et la décision fixant le pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
6. Le présent jugement implique nécessairement que le préfet du Nord délivre un titre de séjour " travailleur temporaire " à M. B dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et qu'il lui délivre, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir l'injonction de délivrance du titre de séjour d'une astreinte.
Sur les frais d'instance :
7. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Gommeaux, conseil de M. B, d'une somme de 1 000 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, contre renonciation de la part dudit conseil au bénéfice de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.
D E C I D E :
Article 1 : L'arrêté du préfet du Nord du 7 décembre 2023 pris à l'encontre de M. B est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Nord, d'une part, de délivrer un titre de séjour " travailleur temporaire " à M. B dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, d'autre part, de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Gommeaux, conseil de M. B, une somme de 1 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, contre renonciation de la part de ce conseil au bénéfice de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, au préfet du Nord et à Me Gommeaux.
Copie en sera transmise pour information au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 12 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Fabre, président,
Mme Monteil, première conseillère,
M. Lemée, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 décembre 2024.
La rapporteure,
Signé
A.-L. MONTEIL
Le président,
Signé
X. FABRE
Le greffier,
Signé
A. DEWIÈRE
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — N° TA95-2515745
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Tribunal Administratif de Toulon — N° TA83-2502101
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