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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2406198

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2406198

lundi 19 mai 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2406198
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantDEWAELE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lille a rejeté la requête de Mme B, ressortissante marocaine, qui contestait l'arrêté du préfet du Nord du 15 mars 2024 lui refusant un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire. Le tribunal a écarté le moyen d'insuffisance de motivation et a jugé que les erreurs de fait relevées dans la décision étaient sans incidence sur sa légalité. Il a estimé que la décision ne portait pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme B au sens de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. La requête a donc été rejetée dans son ensemble.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 juin 2024, Mme A B, représentée par Me Dewaele, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 15 mars 2024 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une carte de séjour temporaire l'autorisant à travailler sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de l'expiration d'un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) d'enjoindre au préfet du Nord de procéder au réexamen de sa situation sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de l'expiration d'un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et dans cette attente, de lui délivrer un récépissé provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement à Me Dewaele, avocate de Mme B, de la somme de 2 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions attaquées :

- elles sont insuffisamment motivées.

En ce qui concerne le refus de séjour :

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle et d'erreurs de fait ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

En ce qui concerne la décision accordant un délai de départ volontaire de trente jours :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 juin 2024, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Jaur a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante marocaine, née le 16 mai 1993, déclare être entrée en France le 1er janvier 2017 munie d'un visa de court séjour. Le 30 mai 2023, elle a sollicité la délivrance d'un premier titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le cadre de l'admission exceptionnelle au séjour en sa qualité de conjoint de résident. Par arrêté du 15 mars 2024, dont Mme B demande l'annulation, le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions attaquées :

2. Les décisions attaquées mentionnent les circonstances de fait et de droit sur lesquelles elles se fondent. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de ces décisions doit être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens soulevés à l'encontre de la décision portant refus de séjour :

3. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Nord n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de Mme B avant de prendre la décision attaquée. Les erreurs de fait, commises par le préfet du Nord, portant sur le titre de séjour dont était titulaire le conjoint de la requérante et sur le pays de naissance de leur enfant, sont sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. "

5. Il ressort des pièces du dossier que, d'une part, Mme B est mariée, depuis le 6 octobre 2021, avec un compatriote en situation régulière et qu'ils sont parents d'un enfant né le 3 juillet 2020 en Belgique, scolarisé et souffrant de troubles autistiques, que, d'autre part, le mari de l'intéressée est gérant d'un restaurant à Tourcoing depuis 13 octobre 2022 et qu'elle travaille au sein du restaurant de son conjoint dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée depuis le 9 décembre 2022. Cependant, Mme B, qui allègue, mais sans l'établir, résider en France depuis le 1er janvier 2017 n'a déposé une première demande de titre de séjour que le 30 mai 2023, ne fait état d'aucune attache privée ou familiale autre que celle de son conjoint, et de son fils. En outre elle n'établit pas être dépourvue de liens privés et familiaux dans son pays d'origine où résident notamment ses parents et où elle a vécu jusqu'à l'âge de vingt-trois ans. Par ailleurs, elle ne démontre pas que son fils serait dans l'impossibilité de poursuivre sa scolarité et d'être pris en charge pour son autisme au Maroc et que la cellule familiale ne pourrait s'y reconstituer. Enfin, les circonstances que la requérante s'est vue attribuer l'allocation d'enfant handicapé pour son fils et qu'elle est enceinte, postérieures à la date de la décision attaquée, sont sans incidence sur sa légalité. Il s'ensuit que les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de celles de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, doivent être écartés.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du même code : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention () " vie privée et familiale " (). Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () ".

7. Compte-tenu de ce qui vient d'être dit et alors que l'intéressée ne fait valoir aucune circonstance humanitaire ou exceptionnelle au sens des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet du Nord n'en pas méconnu les dispositions en refusant l'admission exceptionnelle au séjour de

Mme B, ni commis d'erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation.

En ce qui concerne les autres moyens soulevés à l'encontre de la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, Il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 7 que le moyen tiré de l'illégalité de la décision refusant un titre de séjour à Mme B, doit être écarté.

9. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 5, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, doivent être écartés.

En ce qui concerne l'autre moyen soulevé à l'encontre des décisions accordant un délai de départ volontaire de trente jours et fixant le pays de renvoi :

10. Il résulte de ce qui a été dit aux points 8 et 9 que le moyen tiré de l'illégalité de la décision faisant obligation à Mme B de quitter le territoire français doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles qu'elle a présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée, relative à l'aide juridique.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet du Nord.

Copie en sera adressée pour information au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 28 avril 2025, à laquelle siégeaient :

- M. Babski, premier conseiller faisant fonction de président,

- Mme Bergerat, première conseillère,

- Mme Jaur, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 mai 2025.

La rapporteure,

Signé

A. JaurLe premier conseiller faisant fonction de président,

Signé

D. BabskiLe président,

La greffière,

Signé

R. Pakula

La greffière,

S. RANWEZ

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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